Le 12 juillet 2024 | Mis à jour le 4 septembre 2024

Albert Clouard, le nabi clandestin aux enchères à Brest

par Magazine des enchères

A l’occasion de sa vente annuelle dédiée aux écoles bretonnes et à l’art moderne, la maison Thierry-Lannon & Associés dévoilera aux enchères le 20 juillet à Brest une toile réalisée autour de 1905 par Albert Clouard. Surnommé le nabi clandestin par Maurice Denis, cet artiste méconnu a laissé une œuvre remarquable, le situant entre les symbolistes et les Nabis.  

 

[Mise à jour, 4 septembre] Les sirènes d’Albert Clouard ont trouvé preneur à 38 750 euros (frais inclus).

 

En 1990 à Rennes, une vente d’atelier révélait aux fidèles des salles des ventes l’existence d’Albert Clouard (1866-1952), un peintre tombé dans l’oubli, justement surnommé « le nabi clandestin » par Maurice Denis, dont l’œuvre « remarquable par ses sources d’inspiration bretonnes et sa technique, souligne l’historien d’art André Cariou, le situait entre les symbolistes et les Nabis ». De cet artiste encore méconnu, la maison Thierry – Lannon & Associés dévoilera aux enchères le 20 juillet l’un de ses chefs-d’œuvre dont l’estimation, fixée entre 30 000 et 50 000 euros, laisse présager un record de vente, celui-ci étant détenu depuis 1992 par les Bineuses sous les arbres, une huile sur carton adjugée 30 000 euros à Rennes.

 

Le nabi clandestin, peintre et poète

Passionné par le dessin dès son plus jeune âge, Albert Clouard se lance dans la peinture en autodidacte, exerçant en parallèle une activité de juriste. A Paris, le jeune rennais fréquente les milieux symbolistes et côtoient les artistes qui bientôt répondront à l’appel de la Bretagne. « À Perros-Guirec où il a ses habitudes, il rencontre en 1897 Maurice Denis qui devient son plus grand ami. Par son intermédiaire il fait la connaissance de Paul Sérusier dont il devient proche. Tous deux ne cesseront de l’encourager à peindre et à faire connaitre ses œuvres, bien que sans ambition et une tendance à vivre en reclus », explique André Cariou. Maurice Denis s’efforce de l’associer au groupe des Nabis, bien qu’il n’en devienne jamais membre officiel, tandis que Sérusier le tient en très haute estime, le considérant comme le plus grand poète de son époque. En effet, Clouard oscillera toute sa vie entre ses activités de peintre et de poète.

 

Albert Clouard (1866-1952), Les sirènes. Circa 1905-1906, huile sur toile, signée en bas à droite, 81 x 65 cm. Estimation : 30 000 – 50 000 euros.

 

Perros-Guirec, un paradis perdu

A Perros-Guirec et ses alentours, l’artiste trouve le cadre idéal pour façonner ses toiles, s’adonnant aussi bien aux paysages et aux scènes de la vie quotidienne, qu’aux sujets mythologiques et légendaires – ici, une scène de baignade animée de sirènes tentant d’attirer des marins, sur fond de granit rose. L’artiste loue en 1903 une maisonnette sur le port de Ploumanach, où le rocher du Squevel, l’un des fleurons de la côte de granit rose, devient en peinture l’un de ses cadres de prédilection.

Notre tableau réalisé autour de 1905-1906 est à rapprocher d’une autre œuvre intitulée Les baigneuses, encore en mains privées. Ici, l’artiste reprend le même site, mais en modifie le point de vue pour se concentrer sur la crique, qu’il représente en plongée, en se plaçant au-dessus des rochers et des flots.  » Ce parti-pris lui permet d’éliminer l’horizon et le ciel et d’utiliser les masses rocheuses en haut et en bas comme un décor », décrit André Cariou. Au loin, un bateau sous voile contourne la pointe rocheuse, répondant aux appels d’une naïade évoluant dans les flots.

Le sujet est aussi un prétexte pour décliner des nus, l’artiste réinterprétant ce thème traditionnel à l’aune de la modernité. « Les masses rocheuses aux formes simplifiées sont peintes suivant un jeu presque uniforme de petites taches, sans effets de volume ou d’ombre, détaille André Cariou. Le rendu de l’eau au premier plan fait penser à l’art des graveurs sur bois japonais par la juxtaposition de taches colorées cerclées du blanc de l’écume. Avec subtilité, Clouard utilise les reflets roses des rochers dans la mer pour relier les différentes parties de sa composition ».

Une étude préparatoire à cette toile est connue des historiens.  » La comparaison montre combien Clouard a travaillé sur la mise au point de sa composition, en particulier sur la disposition de la grande diagonale qui plastiquement correspond au thème symbolique de l’appel et de l’attirance, souligne André Cariou. De part et d’autre de la crique, deux groupes de deux femmes nues, des baigneuses, observent la scène et conversent. Ces présences peuvent faire penser que Clouard a voulu inverser le mythe traditionnel. La sirène n’attire pas les marins pour les conduire à leur perte, mais au contraire pour les sauver des méfaits de la civilisation. Cette crique et ces femmes symbolisent ainsi un paradis sur terre ».

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