Un cabinet de curiosité oublié aux enchères à Rennes
par Clémentine Pomeau-Peyre
La commissaire-priseur Carole Jezequel a récemment découvert le cabinet de curiosité abandonné d’un couple, Yvette et François Gurbert. A côté de l’atelier de François, ils avaient rassemblé des collections hétéroclites de toutes provenances.
Des ouchebtis égyptiens, des intailles romaines, un Hercule italien du XVIe siècle, des sculptures africaines… Le couple Gurbert aimait des objets très différents ! « Ils étaient collectionneurs, et achetaient beaucoup, y compris en salle des ventes, se souvient Caroline Guizard du département mobilier objets d’art de la maison Rennes Enchères Bretagne, principalement de l’archéologie, des arts étrangers et de la Haute époque ». Après la disparition des deux époux, l’ensemble a dormi quelques années dans les combles d’une habitation du XVIIIe siècle dans le centre de Rennes.
Un ensemble hétéroclite
Sans chercher à catégoriser ces collections, la maison de vente rennaise a cherché à recréer cet univers dans son catalogue. Au titre de leur goût prononcé pour l’étrange, a été retenu le tableau attribué à Gillis van Coninxloo (1544-1607), une huile sur cuivre représentant le prophète Jérémie au désert entouré d’animaux sauvages (8 000 à 12 000 euros). Et comme les époux Gurbert étaient également amateurs de meubles anciens classiques, a été mis en avant le bureau plat en placage de palissandre d’après le modèle de Charles Cressent (6 000 à 8 000 euros), ou le cabinet en marqueterie d’écaille de tortue, à gravure dorée sur fond d’ivoire gravé noir, d’origine italienne du XVIIe siècle (4 000 à 7 000 euros).
Voyages réels ou imaginaires
Les arts étrangers occupaient une large place de l’appartement : citons pêle-mêle un bol ornemental Thabeik en argent probablement birman, décoré de scènes de chasse (1 500 à 2 000 euros), ou un bas-relief en grès rose indien du XIe siècle, représentant un vyala cabré surmontant une leva (1 000 à 1 500 euros). Et si un certain nombre de ces objets ont été achetés en France, c’est d’un voyage en Egypte que Yvette et François Gurbert avaient rapporté un masque anthropomorphe provenant d’un couvercle de sarcophage, Basse Epoque (800 à 1 200 euros) ou des ouchebtis momiformes d’époque ptolémaïque (600 à 800 euros les deux).
Ce cabinet de curiosité ne serait pas complet sans les œuvres de François Gurbert, disparu en 2014. La maison de vente Jezequel en a sélectionné une dizaine dans son atelier : des paysages et des ruines fantastiques et imaginaires (entre 200 et 1 500 euros). Pour le catalogue de la vente, son fils Lucien Gurbert a tenté de définir les inspirations de son père : « Dans le sillage des peintres surréalistes contemporains, il s’est plu à réinterpréter des compositions inspirées de l’art religieux et ancrées dans l’imaginaire collectif, avec des thèmes prépondérants : la cosmogonie, la gestation, le créé et l’incréé, l’humain, la mort, la résurrection… ». Et concernant la série de tableaux circulaires figurant dans la vente, il ajoute que « cette forme affirme que ces paysages fictifs sont des mondes à part entière ayant leurs propres lois, invitant le spectateur à y pénétrer ».
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