Les paysages rêvés de Paolo Salvati aux enchères à Paris
Le 29 novembre à Paris, la maison Gros & Delettrez organisera une vente consacrée aux peintures, aquarelles et sérigraphies de l’Italien Paolo Salvati. Caractérisée par une palette de couleurs radieuse, sublimant les paysages méditerranéens, l’œuvre de ce Chevalier de l’ordre du Mérite de la République italienne sera particulièrement mise en lumière à cette occasion, où pas moins de 36 lots seront présentés.
Julien Rémaut, commissaire-priseur chez Gros & Delettrez, introduit par un fidèle client italien à une collection dans laquelle figuraient quelques-unes des œuvres de Paolo Salvati (1939-2014), n’est pas resté indifférent face aux toiles de l’artiste italien, disparu il y a un peu plus de 10 ans. « À mi-chemin entre l’expressionnisme poétique et une forme de romantisme moderne, ses œuvres sont à mes yeux porteuses d’une vibration singulière. » Alors que la maison Gros & Delettrez a déjà présenté certaines de ses toiles en 2023 et 2024, la vente du 29 novembre, totalement consacrée à l’artiste, marque une nouvelle étape dans la découverte de son œuvre.
Rencontre décisive avec Pierre Bonnard
Ce géomètre de formation est né à Rome en 1939. Il apprend la peinture en autodidacte, et c’est lorsqu’il est affecté à un poste en Sardaigne, à la fin des années 1960, que s’affine son style. Néanmoins, c’est bien la découverte des éclatants tableaux de Pierre Bonnard lors d’une exposition à la Villa Médicis qui est décisive. « L’intensité chromatique et le dynamisme de la touche » s’imposent alors dans ses créations des années 1970, avec Rêve d’amour (1972) ou Champ de blé (1978), pour ne plus jamais le quitter. « Sous son pinceau, les paysages deviennent le miroir de l’âme humaine et de ses passions », précise Julien Rémaut, avant d’ajouter : « et c’est en cela, sans doute, qu’il est aisé d’entrer en résonance avec sa peinture. »
Un artiste estimé en Italie
De retour dans sa ville natale en 1972, Paolo Salvati abandonne son métier pour se consacrer à la peinture. Il participe alors à de nombreux événements, notamment à la Biennale de Peinture d’Alatri ou au Salon des Arts Plastiques et Figuratifs à Trinità dei Monti, puis il présente ses œuvres dans plusieurs galeries romaines dans les années 1980 et 1990, notamment la galerie Apollodoro dans le cadre de l’exposition « Le temps des architectes », aux côtés de Michael Graves, Hans Hollein, Arata Isozaki, Paolo Portoghesi et Ettore Sottsass. Cette visibilité grandissante s’accompagne de prix (Peinture en plein air, Alatri, 1963 ; Trastevere, 1999 ; Art Gallery Meeting, Rome) et lui permet de bénéficier du soutien d’acquéreurs prestigieux comme Maria Cristina Vettore Austin, épouse d’Henry Ford II, ou encore le prince Agostino Chigi Albani della Rovere.
Sur les traces de Cézanne et Van Gogh
Il s’installe en France dans les années 2000 pour y passer les dernières années de sa vie, l’occasion pour lui de se rendre sur les lieux qui ont inspiré ses maîtres spirituels, Van Gogh, Monet ou Cézanne, en Provence notamment, comme en témoignent Rêve, Sainte-Victoire (2008) et Paysage, Sainte-Victoire (2010). Nul doute que les collectionneurs auront en tête ces références lors de la vente.
Au fil des décennies, son Å“uvre s’imprègne peu à peu d’une atmosphère onirique diffuse, avec des paysages qui revêtent une dimension métaphorique – une façon « d’entrer dans les profondeurs de l’âme humaine », pour reprendre les mots de Paolo Salvati. Par ailleurs, cela explique l’abondante présence du bleu, couleur qui à ses yeux « incarne l’attente, la magie, le mystère de la vie ». Ces choix sont particulièrement patents dans des huiles sur toile comme Paysage magique, inspiré de mes voyages en France (2006-2008) ou encore Tempête, vision intérieure (2010).
Un tableau clé de son œuvre estimé à plus de 60 000 euros
Les lots mis à l’encan le 29 novembre proviennent de différentes collections privées françaises et italiennes. « Plusieurs collectionneurs nous ont contactés suite aux résultats que nous avons obtenus lors des ventes organisées en 2023 et 2024″, ajoute Julien Rémaut.
Si pour l’heure l’œuvre de Paolo Salvati la plus chère vendue aux enchères est une huile sur toile adjugée 40 000 euros (hors frais) – Bosco, 1997 – en 2024 à l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo, les estimations annoncées pour plusieurs toiles de la vente Gros & Delettrez laissent présager de nouveaux records, à commencer par Paysages, La montagne bleue dans le rêve (2008), une toile estimée entre 60 000 et 70 000 euros. « Le comité en charge des archives Paolo Salvati consulté pour la validation de cette Å“uvre, explique Julien Rémaut, a attiré notre attention sur son importance dans le corpus de l’artiste à un moment de transition dans son travail, ce qui justifie, à ses yeux, cette estimation. »