Deux livres d’or d’une éminente membre de la Café society bientôt aux enchères à Lyon
Deux livres pour un bout d’histoire de la haute société occidentale. Non, nous ne faisons pas allusion À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, mais à une paire de livres d’or, noircis par les invités de la princesse Chavchavadze dans son château de Vincigliata. Une éminente représentante du milieu mondain et cosmopolite de la Café society, ancêtre de la jet set. Clément Schintgen, commissaire-priseur de la maison Médicis Enchères, les présentera lors d’une vente qui se tiendra le 25 mars à Lyon.
En 2024, Clément Schintgen, de la maison Médicis Enchères, s’est vu confier un livre d’or rempli de dédicaces des personnalités françaises les plus en vue du XXᵉ siècle, celui du Café Neuf, restaurant deux étoiles Michelin de Lyon, aujourd’hui disparu. Estimé entre 2 500 et 5 000 euros, ce précieux souvenir avait trouvé preneur pour 25 600 euros (frais inclus). Le commissaire-priseur répétera l’exercice le 25 mars prochain à Lyon, mais cette fois avec une paire de livres d’or remplis des dédicaces, petits mots et dessins des prestigieux invités de la princesse Chavchavadze, née Elizabeth Ridgway (1903-1962) au sein de sa noble demeure toscane, puis par les convives de sa fille Hélène, et finalement ceux de son petit-fils Jacques Peltzer. La réunion de ces deux livres d’or, couvrant une période allant de 1929 à 1986, est estimée entre 800 et 1 500 euros.
Le tragique jeunesse d’Elizabeth Ridgway
Née en France en 1903, Elizabeth Ridgway est issue d’une famille d’entrepreneurs basée à Philadelphie qui, après avoir fait fortune dans la marine marchande, s’installe sur le Vieux Continent.La jeune Elizabeth se marie très vite avec le comte Jacques de Breteuil, qui meurt prématurément d’une septicémie en 1934, laissant la comtesse, à peine trentenaire, veuve. Cette disparition est malheureusement la quatrième d’une funeste série.

Réunion de deux livres d’or accueillant les signatures, dédicaces, caricature et croquis des convives de 1929 à 1986 reçus successivement par Elizabeth Ridgway, comtesse de Breteuil puis princesse Chavchavadze, sa fille Hélène, puis son petit-fils Jacques Peltzer à Vincigliata et vraisemblablement une propriété à Gambais. Le premier relié en plein, plat frappé à l’or du titre Vincigliata, le second à l’imitation d’un maroquin avec ferrure et clef à riche décor doré au petit fer et portant l’inscription Livre d’Or. 28,5 x 20,5 cm et 28 x 22 cm. Pour les deux, état d’usage, accidents, pages vierges. Provenance : Conservé dans la famille depuis l’origine puis succession de Jacques Peltzer. Estimation : 800 euros – 1 500 euros.
En effet, son père est déjà mort, tout comme ses deux frères : l’un tué pendant la Première Guerre mondiale, le second en 1925. De surcroît, sa mère décède également en 1934. Elizabeth devient alors l’unique héritière de la fortune familiale, et notamment du château de Vincigliata, dans la commune de Fiesole, en Toscane.
Les soirées incontournables de la princesse Chavchavadze
Loin de sombrer dans la sinistrose, la comtesse de Breteuil rencontre un Russe blanc, prince désargenté venu de Géorgie. Il s’appelle Georges Chavchavadze, aime les belles choses, s’habille chez les meilleurs tailleurs et joue de la musique. Relevant davantage d’un heureux compagnonnage que d’un amour passionnel, ce couple formé à la fin des années 1940 s’installe dans la foulée à Manhattan, fuyant la Seconde Guerre mondiale, avant de reprendre très vite ses quartiers dans les demeures européennes d’Élisabeth Ridgway.

Réunion de deux livres d’or accueillant les signatures, dédicaces, caricature et croquis des convives de 1929 à 1986 reçus successivement par Elizabeth Ridgway, comtesse de Breteuil puis princesse Chavchavadze, sa fille Hélène, puis son petit-fils Jacques Peltzer à Vincigliata et vraisemblablement une propriété à Gambais. Le premier relié en plein, plat frappé à l’or du titre Vincigliata, le second à l’imitation d’un maroquin avec ferrure et clef à riche décor doré au petit fer et portant l’inscription Livre d’Or. 28,5 x 20,5 cm et 28 x 22 cm. Pour les deux, état d’usage, accidents, pages vierges. Provenance : Conservé dans la famille depuis l’origine puis succession de Jacques Peltzer. Estimation : 800 euros – 1 500 euros.
Une fois la paix revenue, les événements de Vincigliata deviennent alors incontournables pour les mondains de la Café Society, charmés par ce château néo-médiéval restauré au XIXᵉ siècle et par le panorama qu’il offre sur Florence. « Il faut imaginer des Européens, mais aussi des Américains, qui un jour étaient à New York, le suivant sur la Côte d’Azur, et qui finissaient leur week-end en assistant aux réjouissances de la princesse », nous informe Clément Schintgen.
Panorama de la haute société européenne du XXe siècle
Les livres d’or présentés à la vente constituent de précieuses archives, éclairant l’histoire d’un milieu cosmopolite aussi élitiste que mystérieux. Sarah Spencer Churchill, La Rochefoucauld, Agnelli, Visconti, Aymon de Savoie-Aoste ou encore Marguerite de Grèce…

Réunion de deux livres d’or accueillant les signatures, dédicaces, caricature et croquis des convives de 1929 à 1986 reçus successivement par Elizabeth Ridgway, comtesse de Breteuil puis princesse Chavchavadze, sa fille Hélène, puis son petit-fils Jacques Peltzer à Vincigliata et vraisemblablement une propriété à Gambais. Le premier relié en plein, plat frappé à l’or du titre Vincigliata, le second à l’imitation d’un maroquin avec ferrure et clef à riche décor doré au petit fer et portant l’inscription Livre d’Or. 28,5 x 20,5 cm et 28 x 22 cm. Pour les deux, état d’usage, accidents, pages vierges. Provenance : Conservé dans la famille depuis l’origine puis succession de Jacques Peltzer. Estimation : 800 euros – 1 500 euros.
Ils furent nombreux à répondre aux invitations d’Élisabeth Ridgway et à laisser, par un mot, une signature ou un dessin, une trace de leur passage. Preuve de l’importance qu’elle eut dans la Café society, en 1951, l’organisateur du « Bal du siècle » au Palazzo Labia, Charles de Beistegui, lui demande de composer le dernier tableau de sa fête. « Elle arriva à bord d’une gondole, habillée en Catherine II de Russie, accompagnée de deux levrettes portant un collier de strass », nous raconte Clément Schintgen.
Des livres d’or restés dans la même famille pendant près d’un siècle
« Ces livres d’or étaient restés dans la famille d’Élisabeth Ridgway après sa disparition dans un accident de voiture en 1962, et sa fille Hélène, ainsi que son petit-fils Jacques, ne manquèrent pas de les faire compléter », poursuit le commissaire-priseur. Les deux livres sont dans un bon état de conservation au regard de leur ancienneté et intéresseront « tout autant les collectionneurs d’autographes que les personnes fascinées par l’aristocratie. Ils prendront plaisir à découvrir, de page en page, de nouveaux noms, se constituant progressivement un panorama de la noblesse européenne au XXᵉ siècle ». Ce lot est estimé entre 800 et 1 500 euros, des estimations raisonnables qui permettront tant aux curieux qu’aux connaisseurs de tenter leur chance.