En ce début du mois de juin, le Printemps asiatique revient pour une nouvelle édition. L’événement, qui rassemble chaque année des galeries spécialisées, quitte cette année La Pagode pour s’installer dans la Galerie Charpentier. En parallèle, les maisons de ventes profitent de ce coup de projecteur pour organiser leurs ventes d’art asiatique. Le Magazine des Enchères a sélectionné plusieurs lots phares qui seront présentés aux enchérisseurs lors de ces différentes vacations.
Un Bouddha en bronze de la dynastie Ming estimé à plus de 40 000 euros
Rapportée en France par un expatrié ayant vécu au Vietnam des années 1930 aux années 1950, cette sculpture est restée jusqu’à aujourd’hui dans la même famille. Elle représente le Bouddha Bhaisajyaguru, le Bouddha de la médecine, vêtu de l’habit monastique, la poitrine découverte ornée d’une svastika. Il tient dans sa main droite le fruit myrobolan en geste d’offrande, tandis que la main gauche esquisse le geste de méditation. Un lot pour lequel les enchères pourraient bien s’envoler : en juin 2024, une statue similaire rattachée à la même dynastie avait été adjugée 106 272 euros (frais inclus) chez Artcurial. Le commissaire-priseur Guillaume Mermoz de la maison Metayer-Mermoz ne cache pas son enthousiasme : « Ce bouddha se distingue par son importante dimension, et il présente toutes les caractéristiques attendues d’une pièce authentique. »

Une paire de brûle-parfums monumentaux de la dynastie Qing estimée entre 35 000 et 40 000 euros
Qu’il s’agisse de rituels religieux, de purification des intérieurs ou du parfumage des vêtements, le brûle-parfum était un objet incontournable dans la panoplie du lettré chinois. Ces deux pièces se distinguent par la richesse de leurs détails iconographiques, à l’image de la diversité des fleurs représentées, la qualité de leur réalisation, illustrée par d’impressionnants nœuds flottants se prolongeant en anses, ainsi que par leurs quatre pieds en forme d’enfants grimaçants. Leur « monumentalité », pour reprendre le mot de Clémentine Guyot, directrice du département Art d’Asie chez Aguttes, achève d’en faire des objets d’exception.

Une sculpture tibétaine du XVe siècle estimée entre 30 000 et 40 000 euros
Divinité majeure du bouddhisme tibétain, Chakrasamvara est un dieu à douze mains et quatre têtes d’une grande véhémence, il suffit d’observer l’intensité avec laquelle il enlace sa consœur Vajravarahi sur cette sculpture pour s’en convaincre. L’œuvre s’inscrit dans le mouvement réformateur de l’esthétique tibétaine qui prend forme dans les années 1430, reconnaissable notamment au raffinement des bijoux et à la forme des visages. « Un style que l’on associe depuis peu à l’école de Sonam Gyaltsen, nom retrouvé sur plusieurs objets présentant ces mêmes caractéristiques », explique l’expert Jean-Luc Estournel pour Digard Auction, qui ajoute que « ces artefacts, conservés dans des monastères en altitude, étaient moins exposés à l’oxydation, ce qui explique en partie l’éclat remarquable de la dorure ».

Une rarissime paire de vases en porcelaine bleue et blanche de l’époque Qianlong estimée plus de 20 000 euros
Appelé bangchui ping, littéralement « vase battoir », ce type de vase doit son nom à sa forme évoquant le pilon en bois utilisé pour battre le linge. Ces deux exemplaires en bleu et blanc, présentés en paire, « chose très rare pour ce type de vase, que l’on retrouve généralement seul », précise Qinghua Yin, experte au cabinet Philippe Delalande pour Artcurial, portent au revers la marque Qianlong à six caractères. Cette période est marquée par un très haut degré de perfectionnement dans la création de porcelaine et par la maîtrise de l’imitation des styles antiques, dont témoigne l’intensité du bleu de ces exemplaires. Ayant appartenu à une famille aristocratique belge, les vases furent ensuite acquis par le diplomate Paul May, ministre plénipotentiaire à Pékin de 1917 à 1920, avant d’être transmis par héritage à leur propriétaire actuel. Un exemplaire identique est conservé dans les collections du musée de Nankin, l’un des plus importants de Chine.

Une grande broderie en kesi de la fin de la dynastie Ming estimée près de 10 000 euros
Réalisée en kesi, technique de tapisserie de soie hypothétiquement introduite dans l’Empire du Milieu par les Sogdiens d’Asie centrale et popularisée sous la période Ming (1368-1644), cette grande broderie représente de majestueuses grues en plein vol, symboles de longévité en Asie. « Le kesi est un procédé complexe, exigeant et chronophage, qui consiste à assembler les broderies à la manière d’un puzzle. Pratiqué jusqu’à la fin du XIXe siècle, il fut rendu caduc par l’invention de nouvelles techniques. Ces broderies sont aujourd’hui très recherchées », nous informe Pierre Ansas, expert associé au cabinet Ansas-Papillon-de Lery pour Tajan.

Un paravent en six feuilles du peintre japonais Komai Genki estimé entre 4 000 et 6 000 euros
Ce paravent vendu par Millon est l’œuvre de Komai Genki, peintre japonais de la fin de la période Edo et élève de Maruyama Ōkyo, fondateur de l’école Maruyama-Shijō, dont les œuvres se distinguent par la pureté du trait et un naturalisme affirmé. Composé de six feuilles, il représente plusieurs enfants profitant du beau temps lors du Hanami, la célèbre période de floraison des cerisiers. L’œuvre a été acquise par les parents de l’actuel propriétaire à Tokyo en 1995.
