Le 27 juin 2022 | Mis à jour le 1 juillet 2022

Gaston Chaissac, peintre et conteur du « Beau du monde »

par Diane Zorzi

Une gouache sur carton peinte en 1947 par Gaston Chaissac a été adjugée près de 90 000 euros par Matthieu Semont le 30 juin à Saint-Jean-de-la-Ruelle, dans le Loiret. Elle donne à voir un portrait aux empreintes d’épluchures de courge caractéristique de l’œuvre de cet artiste conteur inclassable, peintre du « rustique moderne ».

 

Si le commissaire-priseur Matthieu Semont baptise régulièrement ses plus belles ventes « Le Beau du monde », ce titre évocateur se prêtait délicieusement au nouvel opus du 30 juin qui comptait parmi ses pièces maîtresses une œuvre du peintre, artisan-bricoleur autant que conteur, Gaston Chaissac (1910-1964). Les « bonhommes », aux allures de masques ou totems, de cet artiste autodidacte sont le fruit d’un émerveillement sans cesse renouvelé devant les objets les plus humbles qui peuplent notre quotidien – autant de beautés qu’« il n’y a qu’à ramasser », écrit Gaston Chaissac, avant de sublimer, en peinture, une assiette brisée, une serpillère, une coquille d’huître ou des épluchures. Pour l’artiste, « les ordures sont des éléments picturaux de premier ordre ».

 

Gaston Chaissac (1910-1964). « Portrait aux empreintes d’épluchures de courge », 1947, recto ; « Bouquet », 1944-1945, verso. Deux gouaches adossées. 63 x 49 cm. Adjugées 89 793 euros (frais inclus). 

 

Une gouache recto verso sur carton adjugée 89 793 euros

Dans les années 1940, Chaissac utilise des épluchures en guise d’empreintes pour façonner des portraits à l’instar de ce visage exécuté en 1947 à la gouache sur carton, dont la forme épouse les contours des pelures d’une courge. « J’ai mis à cuire une courge après l’avoir épluchée et en allant jeter les épluchures l’idée m’est venue de m’en servir pour construire un bonhomme », explique-t-il dans une correspondance adressée à Jean Dubuffet. Si ce dernier le classe d’emblée parmi les artistes d’Art brut, Chaissac revendique sa singularité et préfère se définir en peintre « rustique moderne ».

A cette époque, ce fils de cordonnier, initié à la peinture à Paris auprès d’Otto Freundlich et Albert Gleizes, s’est retiré à Boulogne, en Vendée. Loin de l’agitation de la capitale, il y mène une vie modeste avec son épouse qui, institutrice, subvient seule aux besoins du foyer et lui permet de se consacrer pleinement à son activité artistique. En dépit de cet isolement, Chaissac expose en 1947 à la galerie Arc-en-ciel à Paris et il est invité, l’année suivante, par Jean Dubuffet à présenter ses œuvres lors d’un événement rassemblant à la galerie Drouin les chantres de l’Art brut. A sa mort, le monde de l’art célèbre un inventeur inclassable, peintre, épistolier et poète, et ses œuvres rejoignent les collections de musées prestigieux, à l’instar du musée d’Art moderne de la ville de Paris. Notre composition, quant à elle, acquise à Nantes auprès de la galerie Michel Columb en décembre 1964, a été prêtée à plusieurs reprises à l’occasion d’expositions organisées au musée des Beaux-Arts de Nantes (1998), au pavillon du musée Fabre à Montpellier (1998-1999) ou encore au palais des Beaux-Arts de Charleroi (1999). Estimée entre 30 000 et 40 000 euros, cette gouache recto verso a été disputée jusqu’à 89 793 euros (frais inclus) par quatre enchérisseurs, confirmant l’engouement ces dernières années pour l’Art brut et ses émules. 

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