Le 5 juin 2024 | Mis à jour le 5 juin 2024

De l’Antiquité à l’art moderne, une collection constituée depuis les années 1940 dispersée aux enchères

par Diane Zorzi

A l’ombre de l’une des nombreuses villas que compte la Côte d’Émeraude sommeille une collection constituée depuis les années 1940, invitant à parcourir l’histoire de l’art, de l’Antiquité au XXe siècle, de l’Occident à l’Orient. Un ensemble, comptant de grandes signatures de Fernand Léger à Bernard Buffet, qui sera dispersé aux enchères le 14 juin à Paris par le commissaire-priseur Tugdual Borel. Visite.

 

La collection de Madame T. pourrait aisément, par sa diversité, remplir la fonction universaliste qui incombe aux musées. Elle invite en effet à parcourir l’histoire de l’art, de l’Antiquité au XXe siècle, de l’Occident à l’Orient. Son fil conducteur ? « La passion des objets et de l’Histoire », répond le commissaire-priseur Tugdual Borel d’Armor Enchères, sollicité dès 2012 pour expertiser cet ensemble exceptionnel. « J’étais tout jeune commissaire-priseur puisque je n’étais installé que depuis un an. Je me suis retrouvé devant cette collection incroyable, cachée derrière la porte d’une villa à Dinard. J’étais stupéfait et découvrais cette collection avec les yeux émerveillés d’un enfant ».

 

Vlaminck, Léger, Buffet : de grandes signatures du XXe siècle

C’est dans les années 1940 que Madame T. débute sa collection. « Sa famille côtoyait déjà des intellectuels et artistes. Sa grand-mère soignait d’ailleurs la mère de Bernard Buffet », détaille le commissaire-priseur. A son tour, Madame T. rencontre les peintres, arpente les galeries et salles des ventes, en quête de ses prochaines acquisitions. Une toile que Maurice de Vlaminck (1876-1958) lui dédicace – « à Mr et Madame Préau et Brigitte [Madame T.] – inaugure le pan dédié à l’art moderne. « L’ensemble est d’une fraîcheur remarquable, les œuvres ont été acquises parfois directement auprès des artistes ou auprès de galeries renommées comme la galerie Charpentier », poursuit Tugdual Borel.

 

 

Une esquisse préparatoire de Fernand Léger pour un décor de 1937

Acquise auprès de la galerie Charpentier, une gouache de Fernand Léger (1881-1955) compte parmi les pièces maîtresses de la collection d’art moderne de Madame T. « Comme l’indique la mise au carreau, cette œuvre est une esquisse préparatoire pour le décor magistral que Fernand Léger réalise pour la « Naissance d’une cité », une œuvre de l’écrivain engagé Jean-Richard Bloch, mise en scène dans le cadre de l’Exposition internationale de Paris de 1937 », détaille l’experte Pauline Chanoit, enthousiasmée de voir apparaître sur le marché une œuvre authentique de Fernand Léger, avec une provenance parfaitement établie, tant les faux prolifèrent. L’artiste réalise dans les années 1930 de nombreux décors, alors que dans le contexte du Front populaire, le gouvernement, avec l’arrivée de Jean Zay au ministère de l’Education nationale, encourage la commande publique, soucieux de voir l’art réinvestir l’espace public. « Bénéficiant déjà d’une célèbre renommée, Léger définit ces années-là un nouvel Art mural, né de la fusion entre la peinture et l’architecture. Cet art mural, propriété de tous, incarne l’essence même de l’art social qui convertit l’artiste en ouvrier et fait de l’œuvre un travail artisanal et collectif », détaille l’experte. Notre esquisse fut exécutée pour le grand rideau de scène de la pièce de Jean-Richard Bloch. Avec la précision d’un dessinateur industriel, Léger déjoue les règles de la perspective, dynamisant sa composition au gré d’aplats de couleur pure. « L’affranchissement de l’artiste de ces contraintes traditionnelles confère à l’œuvre une légèreté et une gaité soulignée par une mise en couleur franche et joyeuse, souligne Pauline Chanoit. Ainsi, malgré l’austérité et l’immobilité de l’ordre imposé, transparaît dans cette gouache la force vive et l’enthousiasme des œuvres de Léger. »

Paul Sérusier, avec Le Pont Tadik (1903-1905), Hans Hartung, Georges Mathieu ou encore Bernard Buffet, avec un grand Turbot sur une table (1948), sont autant de signatures qui complètent le pan dédié à l’art du XXe siècle. « Les galeries ont orienté Madame T. vers de grandes références, mais lui ont également conseillé d’acquérir des œuvres d’artistes qui n’étaient pas encore établis à l’époque, comme Mathieu et Hartung, un choix qui s’est avéré gagnant par la suite », précise Tugdual Borel.

La Haute Epoque, avec une trentaine de lots, des pièces de mobilier Art déco et des objets d’art asiatiques composent encore cette riche collection. « On traverse véritablement les siècles avec cette collection pleine de charme », conclut le commissaire-priseur qui animera les enchères le 14 juin à partir de 14h à Paris.

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