Le 14 octobre 2022 | Mis à jour le 18 octobre 2022

Deux encres sur soie de Mai-Thu peintes à 22 ans d’intervalle aux enchères à Caen

par Diane Zorzi

Provenant de collections normandes, deux encres sur soie de Mai-Thu estimées de 30 000 à 100 000 euros seront vendues aux enchères le 15 octobre à Caen. Peintes à vingt-deux ans d’intervalle, elles témoignent de l’évolution artistique d’un des artistes vietnamiens les plus cotés sur le marché.

 

[Mis à jour, 18 octobre] Les deux encres sur soie ont trouvé respectivement preneur à 347 200 euros (frais inclus).

 

L’une donne à voir une famille sur Cinq générations, l’autre, plus dépouillée, un Couple avec éventail sous un cerisier en fleurs. Ces deux œuvres, peintes à vingt-deux ans d’intervalle, témoignent de l’évolution artistique de Mai Trung Thu (1906-1980), dit Mai-Thu. La peinture la plus précoce, datée de 1952, s’inscrit encore dans la tradition des estampes et scènes animées du XVIIIe siècle, réunissant en un format restreint (50,5 x 27 cm) une vingtaine de personnages, quand dans l’œuvre de 1974, l’artiste vietnamien entre pleinement dans la modernité, livrant ici l’une de ses compositions les plus poétiques. « Ces deux œuvres sont totalement différentes, confirme le commissaire-priseur Jean Rivola. Elles permettent de comprendre le cheminement intellectuel et artistique de Mai-Thu ».

 

Mai-Thu (1906-1980). Couple avec éventail sous un cerisier en fleurs, 1974. Encre et couleur sur soie. Signée et datée en bas à droite. 57 x 51, 5 cm. Estimée entre 80 000 et 100 000 euros.

 

Deux encres sur soie de Mai-Thu provenant de collections normandes

Si les deux œuvres ne proviennent pas de la même collection, elles furent toutes deux acquises auprès de la galerie Apesteguy qui œuvra à la reconnaissance du peintre vietnamien. « Ce marchand d’art avait une galerie à Deauville, derrière le casino, où de nombreux Normands se laissaient séduire par l’acquisition d’une œuvre de Mai-Thu. C’est la raison pour laquelle on trouve régulièrement dans les collections normandes des œuvres de cet artiste. »

Issu d’une famille aisée et érudite, originaire du petit village de Ro-Nha, au nord du Vietnam, Mai-Thu vécut près de quarante années en France. Après une formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Hanoï fondée par Victor Tardieu, il visite Paris en 1937, à l’occasion de l’Exposition universelle. Il demeure en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il s’engage dans l’armée. Il livre tout au long de sa carrière des compositions délicates et poétiques, privilégiant la peinture sur soie, support idéal pour créer de subtiles tonalités de couleurs. « On remarque une évolution dans l’utilisation des couleurs ainsi qu’en témoignent nos deux encres sur soie, ajoute la commissaire-priseur Solène Lainé. Elles sont presque délavées dans l’œuvre précoce pour devenir ensuite plus opaques et soutenues. En outre, ce qui est particulièrement émouvant dans l’œuvre de 1972 c’est le jeu délicat de transparence de l’éventail qui laisse deviner le bas du visage ».

 

Mai-Thu (1906-1980). Cinq générations, 1952. Encre et couleur sur soie. Signée et datée en bas à droite. 50,5 x 27 cm. Estimée entre 30 000 et 50 000 euros. En vente à Caen le 15 octobre. 

 

Des œuvres estimées de 30 000 à 100 000 euros

Le Couple avec éventail affiche l’estimation la plus élevée : 80 000 à 100 000 euros. « Sur le marché, ce n’est pas tant la période de production que le sujet qui influe sur le prix de vente », explique Jean Rivola. Les portraits et scènes intimistes sont ainsi particulièrement plébiscités, le record de vente étant détenu depuis 2021 par une huile sur toile figurant le Portrait de Mademoiselle Phuong (2,6 millions d’euros). Pour les encres, c’est une scène de couple adjugée 886 601 euros en 2021 à Hong Kong qui occupe le premier rang. De quoi laisser présager de belles enchères ce samedi à l’hôtel des ventes de Caen.

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