L’atelier d’Anaël Topenot, une gardienne du patrimoine industriel
Fondatrice du mouvement Art-industrie, Anaël Topenot a livré une œuvre, à mi-chemin entre la Figuration et l’Abstraction, célébrant la beauté du patrimoine industriel. Une partie de son atelier sera dispersée aux enchères par Antoine Petit le 14 octobre à Epernay, dans la Marne, où l’artiste décédée en 2018 avait son atelier.
L’on songe d’abord aux Constructeurs de Fernand Léger, avant d’évoquer les hyperréalistes américains d’après-guerre, après un passage des Dadaïstes aux Nouveaux Réalistes, pour se perdre, en définitive, dans quelques labyrinthes optiques façon Vasarely… « Anaël Topenot est inclassable », tranche le commissaire-priseur Antoine Petit qui s’apprête à disperser aux enchères l’atelier de cette artiste sézannaise décédée à 76 ans le 7 octobre 2018. « Son fils, photographe, m’a contacté pour vendre une première partie de son atelier, détaille Antoine Petit. Il a proposé une sélection qui permet d’appréhender l’ensemble de la carrière d’Anaël Topenot, avec quelques œuvres de jeunesse, des créations plus classiques d’intérieurs de maisons de Champagne, des tableaux à mi-chemin entre le cubisme et le structuralisme… La majorité des œuvres est néanmoins datée des années 1980, 1990 et 2000, trois décennies durant lesquelles elle a été particulièrement prolifique. » Lavis, encres, aquarelles ou huiles, formats intimistes ou monumentaux : les 173 œuvres présentées aux enchères révèlent une artiste complète qui n’eut de cesse de réenchanter le monde, à l’épreuve de l’hyper-industrialisation…
Anaël Topenot, fondatrice du mouvement Art-industrie
Anaël Topenot suit des cours de dessin dès 1956, avant de rentrer à l’Académie Julian à Paris, deux ans plus tard. C’est en 1979 qu’elle s’établit à Sézanne, dans la Marne, où elle installe son atelier de dessin, peinture et sculpture qui, en une trentaine d’années, accueillera plus de 260 élèves. « Elle a perdu, dans sa jeunesse, son père dans un accident de la route, raconte Antoine Petit. Suite à ce choc psychologique, elle a commencé à dessiner et peindre de moteurs de voiture pour exorciser, en quelque sorte, sa peine. Puis elle a continué… »
En 1988, elle fonde, avec les membres de son atelier, le mouvement Art-Industrie, dont le critique d’art Bernard Leroux signe le manifeste :
« Il est un sujet pratiquement pas abordé de nos jours : l’industrialisation, la mécanisation, le génie industriel, couronnement du second millénaire et clé du troisième en son début. L’effort animal ou humain est remplacé par une multitude de domaines par des machines de plus en plus sophistiquées, puissantes et efficaces. Leur domination du monde matériel, leur autorité sur nos vies est vertigineuse, source à la fois d’espoir et d’épouvante. Il était ingrat d’aborder et de célébrer picturalement cette évolution et cette métamorphose. Garnir de tuyaux, de cylindres, de roues, de pistons, de bielles, de cheminées, de laminoirs, livrer une usine, pinceaux en mains et réaliser une œuvre conforme aux critères esthétiques et industriels était une gageure. En France, une femme a réalisé cette performance. »
La beauté du patrimoine industriel
Dans une œuvre à mi-chemin entre la figuration et l’abstraction, Anaël Topenot dépeint l’harmonie graphique d’un pont, d’une machine de fonderie, d’un moteur de moto, d’un TGV ou d’un immeuble futuriste, autant de motif tirés du monde moderne dont elle entend révéler la beauté sous-jacente. « Son but était de mettre en valeur l’industrie qui, à partir des années 1970, était décriée par les hommes politiques. Elle voulait montrer qu’il existe un patrimoine industriel, une maîtrise des objets par l’homme. Elle jouait sur les formes, les perspectives, mais aussi les couleurs. Elle a ainsi eu une période marquée par l’usage de bleus et de gris, suivie d’un moment rythmé de bruns, et enfin une période très flashy », décrit le commissaire-priseur qui confie avoir eu un coup de cœur pour Pipe-Line (lot 120), une huile sur toile de 1984. « Il y a un mouvement extraordinaire dans ce pipe-line qui entre, frontalement, pour ressortir dans le coin supérieur droit ». Antoine Petit a rencontré Anaël Topenot lorsque son atelier était actif à Sézanne. « Elle est très connue dans la Marne, où elle a travaillé pour des usines ou entreprises viticoles à des projets de fresques murales. Mais elle a également exposé dans des galeries parisiennes et été jusqu’au Japon et aux Etats-Unis. » L’œuvre d’Anaël Topenot ne s’est toutefois pas encore confrontée au second marché – l’on ne compte que deux œuvres vendues aux enchères sur les vingt dernières années. La vente de l’atelier sera dès lors l’occasion de donner une cote à cette artiste, gardienne – et poétesse – du patrimoine industriel…
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