Le 17 décembre 2020 | Mis à jour le 23 décembre 2020

Le fonds d’atelier de Jacqueline Suzor de Panafieu aux enchères à Senlis

par Diane Zorzi

Dispersé aux enchères le 19 décembre par Actéon Senlis, le fonds d’atelier de Jacqueline Suzor de Panafieu retrace les cinquante années de carrière d’une femme libre, auteur d’une œuvre originale, évoluant de la peinture animalière à l’Abstraction lyrique.

 

De Kiki à J.S. de Pana-Fieu, en passant par Suzor, JSP ou Pana, les multiples signatures qu’emploie Jacqueline Suzor de Panafieu (1903-1981) au cours de sa carrière sont à l’image de son œuvre, protéiforme et en perpétuelle métamorphose. A travers plus de 450 œuvres, réunies en 180 lots, la vente du fonds d’atelier de Jacqueline Suzor de Panafieu, organisée par Dominique Le Coënt-de Beaulieu le 19 décembre à Senlis et en live sur Interencheres, dévoile pour la première fois aux enchères le parcours riche et complexe de cette artiste méconnue sur le marché et qui pourtant reçut de nombreux prix et distinctions pour son travail, présenté à l’occasion de plus d’une soixantaine d’expositions à travers le monde. Un musée, fondé en 2010 par sa fille Annabel Auboyneau et situé dans le Potager des Princes de Chantilly, servait jusqu’alors d’écrin à ces œuvres qui, évoquant tour à tour les peintures animalières de Paul Jouve, les compostions cubistes d’André Lhote, le style graphique de Bernard Buffet ou la gestuelle du père de l’Abstraction lyrique, Georges Mathieu, content l’histoire d’une femme artiste émancipée, avide d’expérimentations et d’innovations artistiques.

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Du Cubisme à la peinture animalière

Passionnée par le dessin dès sa plus tendre enfance, Jacqueline Suzor de Panafieu s’inscrit au début des années 1920 à l’Académie d’André Lhote à Paris. Apprenant que son parrain, l’ambassadeur André de Panafieu, n’est autre que son vrai père, la jeune femme refuse la vie bien rangée à laquelle un milieu familial aisé la promettait et profite de sa nouvelle liberté pour s’adonner pleinement à ses études artistiques. Au contact de son maître, elle acquiert les bases du dessin académique, mais alors qu’elle livre des premières œuvres d’inspiration cubiste, découpant les formes en de multiples facettes et usant d’une palette restreinte, dominée par des gris et des ocres, elle s’affranchit de cet héritage dès les années 1930 à travers des dessins animaliers, dans la lignée de Paul Jouve. Au fusain, elle croque pékinois, tigres, éléphants, panthères, déployant tous ses talents de dessinatrice au gré d’un coup d’un crayon assuré et de lignes franches – un bestiaire qu’elle expose au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1933.

 

 

Des abstractions lyriques et matiéristes

Après une interruption d’une vingtaine d’années qu’elle consacre à son mariage et l’éducation de ses deux enfants, Jacqueline de Panafieu reprend la peinture en 1957. De nouvelles recherches formelles la conduisent à doter ses fusains animaliers de stries noires, à la manière de Bernard Buffet, et à adopter bientôt une expression plus gestuelle, héritière des abstractions lyriques de Georges Mathieu. Fascinée par les arts d’Extrême-Orient, elle troque la toile pour le papier et l’huile pour l’encre de Chine, qu’elle agrémente de couleurs. Mais aux délicates compositions calligraphiées, Jacqueline de Panafieu substitue une série d’encres matiéristes, faites de couches de peinture jetées sur le papier qu’elle gratte, froisse ou déchire.

 

 

Une œuvre poétique et ésotérique

Au cours des années 1970, Jacqueline de Panafieu renoue finalement avec la Figuration, introduisant au sein d’arabesques tournoyantes un visage, une main, un crâne. Ces œuvres, teintées d’onirisme, annoncent les dernières toiles spirituelles de l’artiste, dans lesquelles s’imbriquent des formes géométriques primitives – le triangle et le cercle, symboles de l’humanité et du cosmos. Jusqu’à son décès en 1981, Jacqueline de Panafieu livre ainsi une œuvre ésotérique et poétique, imprégnée des religions catholique ou bouddhiste et évoquant à bien des égards les compositions théogoniques des pionniers de l’Abstraction autant que les toiles colorées des chefs de file de la Colorfield Painting, un héritage qu’elle modèle, une nouvelle fois, au gré d’expérimentations techniques innovantes – ici des lignes grattées, là des « zips » aux contours incertains à la Barnett Newman – pour inventer un univers original, semblable à aucun autre.

Enchérir | Suivez la vente du fonds d’atelier de Jacqueline Suzor de Panafieu le 19 décembre en live sur interencheres.com

 

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