Le 18 janvier 2021 | Mis à jour le 28 janvier 2021

Le fonds d’atelier de la danseuse Loïs Hutton aux enchères à Deuil-la-Barre

par Diane Zorzi

Le 19 janvier à Deuil-la-Barre, Valérie Régis dispersait plus de 90 œuvres provenant du fonds d’atelier de Loïs Hutton. Installée à Saint-Paul-de-Vence autour de 1920, cette danseuse emblématique de l’entre-deux-guerres réalisa une série de croquis, gouaches et huiles, à mi-chemin entre le Cubisme, l’Abstraction et le Fauvisme.

 

Le 9 novembre dernier, à l’occasion d’une vente de fonds d’atelier, Valérie Régis révélait l’œuvre picturale de l’artiste anglaise Loïs Hutton (1893-1972), attirant nombre d’enchérisseurs, originaires notamment d’Angleterre et du Sud de la France. Le 19 janvier, la commissaire-priseur dispersait la seconde partie de l’atelier de cette artiste avant-gardiste aux multiples talents, à la fois danseuse, chorégraphe, costumière et peintre. « Les 92 croquis, gouaches et huiles, réalisés vers 1920 dans la région de Saint-Paul-de-Vence, ont trouvé preneur, s’enthousiasme Jules Régis, collaborateur au sein de la maison de ventes de Deuil-la-Barre. Beaucoup d’acheteurs, qui ont découvert l’artiste à l’occasion de cette vente, ont enchéri au coup de cœur et certaines estimations ont été pulvérisées, notamment pour les gouaches et aquarelles relatives au domaine de la danse, de même que pour les paysages qui s’inscrivaient dans la lignée des coloristes écossais. » Ainsi La route des champs de 1920 a décuplé son estimation, trouvant preneur à 4 216 euros (frais compris) et enregistrant la plus haute enchère de la vente. 

 

Loïs Hutton (1893-1972), « La route des champs », c.1920, Huile sur carton. H : 28 L : 35 cm. Adjugé à 4 216 euros.

 

Une artiste aux multiples talents

Danseuse emblématique de l’entre-deux-guerres, Loïs Hutton débuta aux Vendredis de la Danse à Paris, avant de rejoindre Saint-Paul-de-Vence où elle ouvre L’Autre Théâtre, un lieu incontournable de la French Riviera, fréquenté par les plus grands artistes et écrivains, de Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway ou James Joyce à Pablo Picasso et Salvador Dali. « Loïs Hutton ne désirait pas être peintre, mais danseuse, explique Jules Régis. C’est avec la création de son propre cabaret qu’elle glisse vers l’art pictural et ses origines anglo-saxonnes lui permettent de se rapprocher rapidement de deux peintres anglais travaillant à Saint-Paul-de-Vence : John Duncan Fergusson et Leslie Hunter, dont les influences se retrouvent largement dans son travail pictural. »

 

Loïs Hutton (1893-1972), « Les Ballets Rythme et Couleur, projet d’affiche », 1926, Gouache aquarellée sur papier. Signée et datée. H : 30,5 L : 20 cm. Adjugé à 3 100 euros.

 

Une œuvre avant-gardiste

En peinture, Loïs Hutton fait de la danse son sujet de prédilection. Ainsi une gouache de 1919, adjugée à 3 224 euros [photo en Une], dévoilait les corps de trois jeunes femmes, réduits à l’essentiel et s’élançant au sein de compositions circulaires, rythmées par une association de couleurs vives, tandis qu’une seconde gouache de 1926, adjugée à 3 100 euros, donnait à voir la contorsion audacieuse d’une danseuse. « Loïs Hutton a réalisé des œuvres très modernes, à mi-chemin entre le Cubisme, l’Abstraction et le Fauvisme, mais aussi des illustrations très amusantes. » En témoignent les scènes urbaines, empreintes d’une certaine naïveté, que l’artiste peint autour de 1919.

 

Loïs Hutton (1893-1972), « Dans la ville … », c.1919, Deux gouaches sur papier. Datées du 1er et 11 juin. Quelques trous, manques, petites déchirures. H : 21 L : 16,5 cm. Adjugé à 1 144 euros. 

 

Le paysage provençal lui inspire également des gouaches et croquis, dans la lignée du maître de la montagne Sainte Victoire, Paul Cézanne, ainsi que des huiles, telles que L’ombre du palmier (adjugée à 2 232 euros) dont les couleurs se libèrent du ton local, évoquant les scènes exotiques de Paul Gauguin. Autant de tableaux et dessins audacieux qui ont séduit les enchérisseurs, connectés en nombre sur le live d’Interencheres, et originaires aussi bien de France que d’Angleterre, de Belgique ou de Hollande. 

 

Loïs Hutton (1893-1972), « L’ombre du palmier », c.1920, Huile sur carton. H : 39 L : 27 cm. Adjugé à 2 232 euros.

Haut de page

Vous aimerez aussi

Expertise : un fauteuil Louis XV estampillé de Père Gourdin

Le 24 février 2021 | Mis à jour le 24 février 2021

L’estampille de Jean Gourdin, dit Père Gourdin, est le signe d’un art menuisier français d’excellence. Jacques Dubarry de Lassale décrypte les particularités de ces sièges remarquables à travers l’expertise d’un […]