La 36e édition de la très attendue Garden Party des Rouillac se tiendra les 26 et 27 mai au Château d’Artigny à Montbazon, près de Tours. Après la trousse du barbier de Louis XI, mise en lumière dans un précédent article, zoom sur un précieux coffret en pagode du Japon, un portrait du marquis Boniface de Castellane par Rembrandt Bugatti et l’ultime portrait de Pierre-Auguste Renoir.
[Mise à jour, 12 juin] La paire de cuivres par Jan Brueghel l’Ancien a trouvé preneur à 508 400 euros (frais inclus) tandis que les Naufragés sur une côte rocheuse de Claude Joseph Vernet changeait de main pour 421 600 euros.
Chaque année, à l’occasion de leur vente Garden Party annuelle, les Rouillac nous rappellent que les collections privées regorgent de trésors rivalisant avec celles des institutions muséales. La 36e édition en est un exemple brillant, tant son catalogue regorge de pièces prestigieuses. Des pièces historiques, à commencer par la trousse du barbier de Louis XI, côtoient de précieux témoins du savoir-faire des artisans d’Extrême-Orient, avec un somptueux coffret en pagode du Japon, tandis qu’en peinture et sculpture, une paire de paysages signés Jan Brueghel l’Ancien et Jan II Brueghel précède un ensemble d’œuvres de grands maîtres de l’art moderne, à l’instar d’un Bouquet de fleurs au bleu cobalt magnétique d’Odilon Redon, de l’avant dernier tableau de Pierre-Auguste Renoir et d’un portrait magistral du marquis Boniface de Castellane modelé par Rembrandt Bugatti.
Un précieux coffret en pagode du Japon
Ce coffret a été réalisé au Japon autour de 1640-1650, alors qu’émergent les premiers échanges commerciaux avec l’Orient, par l’entremise des Compagnies des Indes. Il témoigne du nouveau style dit « Pictorialiste », ou « pittoresque », mis en place par la Compagnie des Indes Orientales Néerlandaise.
Pour ces pièces, fabriquées spécialement à des fins d’exportation, les artisans alliaient aux formes et usages occidentaux, une esthétique japonaise, proposant en guise de décors des paysages du Japon. Ici, les paysages sont, chose rare, animés de personnages – une scène de chasse en hiver côtoie des joueurs de go, un artiste peignant et un combat de coq et d’oiseaux. Outre ces détails virtuoses, le décor se distingue par son relief, preuve du haut savoir-faire de l’atelier dont il émane. « Il faut appliquer la sève de l’arbre urushi en d’innombrables couches successives, en la laissant sécher et en la ponçant à chaque passage, pour arriver à une telle épaisseur de décor, contrairement à la plupart des autres laques arrivés à la même époque du Japon qui restent plates », explique Aymeric Rouillac.
A l’intérieur de ces coffrets, les artisans aménageaient des compartiments secrets pour accueillir divers accessoires adaptés aux usages européens. « Notre coffret a probablement été agrémenté en Europe au XVIIIe siècle d’accessoires en cristal, argent ou or pour en faire un nécessaire à écrire, de toilette ou un coffre à bijoux », note le commissaire-priseur. Ouvert, le coffre révèle un décor d’enfants aux lanternes. « Il était anciennement foncé d’un miroir, il s’agit ainsi en quelque sorte d’un vanity case de luxe fabriqué au Japon pour les Européens ». Sous l’Ancien Régime, ces coffrets en laque de petite taille étaient principalement destinés à une clientèle féminine. Madame de Pompadour possédait au moins trois coffrets similaires en laque noir et or, pour conserver ses bijoux, écrire ou dissimuler ses pièces d’or. « On trouve également au château de Versailles la collection de boîtes en laque du Japon de la reine Marie-Antoinette, mais aucune n’est aussi luxueuse que notre exemplaire », précise Aymeric Rouillac.
Les coffrets arborant de tels décors sont les exemples les plus luxueux qui nous soient parvenus. Ils étaient réservés à une élite fortunée et ne furent produits qu’à de rares exemplaires, qui font aujourd’hui la fierté des plus grandes collections d’Europe et du Japon. Dans leur ouvrage Japanese Export Lacquer 1580-1850, les historiens d’art Olivier Impey et Christiaan Jörg répertorient ainsi onze coffres à pagode à travers le monde. Si l’un des exemples les plus remarquables est le « Chiddingston casket » conservé à l’Amolean Museum d’Oxford, notre coffre est le seul dont les paysages soient agrémentés de personnages. « Comme sur les quatre grands coffres de Mazarin, à Londres, Amsterdam, Berlin et Moscou, de truculentes scènes de la vie du Japon ornent les panneaux de notre boîte », détaille Aymeric Rouillac pour qui la collection du Cardinal Mazarin n’a plus de secret depuis l’adjudication en 2013 d’un coffre spectaculaire en laque réalisé au début de l’ère d’Edo et acquis par le Rikjmuseum d’Amsterdam. « A l’inventaire de la collection de Mazarin, on trouve deux coffrets en vernis de la Chine, également en forme de pagode, dont l’un présente les mêmes colonnes aux encoignures », précise le commissaire-priseur. Notre coffret aurait ainsi pu faire partie de cette illustre collection. Il est estimé de 50 000 à 70 000 euros. A noter qu’un second coffre du Japon, en laque à fond rouge, s’invitera à la vente. Daté du milieu du XVIIe siècle, cette pièce de style Transition fait partie d’une commande prestigieuse passée par la V.O.C. et son représentant François Caron. Un coffre similaire, provenant de la collection de Frederik III de Danemark, est aujourd’hui conservé au National Museum de Copenhague.
Japon, époque Edo, style Pictorialiste. Coffret à bijoux en pagode, vers 1640-1650, en laque toute face maki-e or et argent sur fond noir, à décor en relief, flanqué de piliers aux quatre angles. Riche ornementation en métal ciselé et doré. Haut. 33,5 Long. 37,5 Larg. 28,5 cm.
Le marquis Boniface de Castellane par Rembrandt Bugatti
Si Rembrandt Bugatti (1884-1916) s’est davantage illustré par ses talents de sculpteur animalier, il saisit avec la même puissance et vivacité les traits de ses contemporains. En témoigne ce portrait du marquis Boniface de Castellane que l’artiste milanais exécute autour de 1912, parvenant avec justesse à traduire la force de caractère de son modèle qui, même dans l’adversité, chercha à se montrer digne de son plus illustre ancêtre, Talleyrand.
L’artiste, plus familier du Jardin des plantes, des zoos de Vincennes et d’Anvers, pénètre le temps d’un bref séjour les salons parisiens, guidé par le prince Paolo Troubetzkoy, un intime de la famille Bugatti qui l’initia plus tôt à la sculpture. C’est au détour de ces réceptions fastueuses qui animent la Belle Epoque qu’il rencontre Boni le marquis de Castellane, un collectionneur et esthète – de ces dandys excentriques que Marcel Proust décrit comme des « professeurs de beauté ». Lors d’une visite privée, il modèle ce portrait magistral du marquis en tenue de chasse à courre, dont il saisit les traits en un geste spontané et rapide – un dessin réduit à l’essentiel, pour mieux saisir l’âme et la prestance de ce grand seigneur.
La version en plâtre de ce portrait fut exposée à Paris en 1912 au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts. Bugatti n’a livré au cours de sa carrière que de rares portraits, « tous fondus en bronze, en tirage unique par le maître incontesté de la fonte à cire perdue Adrien-Aurélien Hébrard », note Véronique Fromanger qui a établi le Répertoire Rembrandt Bugatti, dans lequel le bronze sera prochainement inclus. Une estimation de 150 000 à 200 000 euros est annoncée pour ce tirage unique – pour rappel, moins de 10 portraits en bronze de Rembrandt Bugatti se sont frottés au marteau d’un commissaire-priseur.
Rembrandt Bugatti (Milan, 1884 – Paris, 1916), Boniface Marquis de Castellane, c. 1912. Bronze à patine nuancée de bruns. Signé sur la terrasse « R. BUGATTI ». Edition originale AA Hébrard (c. 1904-1934) ; cachet : « CIRE PERDUE AA HEBRARD ». Haut.totale 76 cm. Bronze : 73 cm. Terrasse en marbre vert : Haut. 3 cm.
Le dernier portrait peint par Renoir
C’est avec le doux visage d’Andrée-Madeleine Heuschling que se referme le riche corpus de portraits de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). La jeune femme, surnommée « Dédée », sera le dernier modèle du maître, figurant sur plusieurs toiles, à l’instar des Baigneuses du musée d’Orsay. « Elle a illuminé les dernières années d’un homme perclus par l’arthrite, immobilisé dans sa chaise roulante et aux doigts duquel il fallait attacher un pinceau pour qu’il puisse peindre », détaille Aymeric Rouillac.
Andrée a 19 ans lorsque Renoir immortalise pour la dernière fois sa beauté singulière. Cet ultime portrait, qui compte parmi les chefs-d’œuvre de la Garden Party, ne sera suivi que d’une seule œuvre, les Pommes, que l’artiste réalise deux jours avant de mourir chez lui, au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, le 3 décembre 1919. « Dans ce portrait d’Andrée au chignon, Renoir soigne particulièrement le visage, laissant le fond de la toile par endroits nu ou esquissé à larges coups de brosse, comme un testament intime à l’intention de son dernier modèle », décrit Aymeric Rouillac.
Andrée-Madeleine Heuschling (1900-1979) rencontre Renoir en 1915, par l’entremise d’Henri Matisse qui décèle dans ce visage sensuel une ressemblance étonnante avec « un Renoir ». La jeune femme devient dès lors la nouvelle muse du peintre, après Gabrielle. « Avec Dédée, Renoir poursuit sa quête inlassable de la sensualité féminine, détaille le commissaire-priseur. La moindre rose dans ses cheveux devient une allégorie de la beauté, et la nature au milieu de laquelle elle pose nue, une évocation de l’Antiquité rêvée. » « Qu’elle est belle ! J’ai usé mes vieux yeux sur sa jeune peau et j’ai vu que je n’étais pas un maître mais un enfant », déclare l’artiste.
Moins de deux mois après l’exécution du portrait, la jeune niçoise devient la muse du réalisateur Jean Renoir, qui l’épouse en janvier 1920 et entend l’ériger en vedette du cinéma français. Cet ultime portrait, publié dans le catalogue rétrospectif « L’atelier de Renoir » en 1931 par Bernheim-Jeune, est estimé de 300 000 à 400 000 euros, et côtoiera lors de la vente l’une des premières baigneuses de l’artiste, une toile datée de 1882 provenant de l’ancienne collection d’Ambroise Vollard.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Andrée au chignon, 1919. Huile sur toile. Cachet d’atelier en bas à gauche. Haut. 30,4 Larg. 28 cm.
Aux côtés de ces pièces d’exception, la Garden Party dévoilera également une sélection d’œuvres plus accessibles, d’une céramique émaillée d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse à un flacon centenaire de Romanée Conti. Florilège en images.
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Marie Laurencin (Française, 1883-1956)
Diane à la biche, 1907
Crayon et aquarelle sur papier.
Signé et daté.
Haut. 18,3 Larg. 26,5 cm.
(feuille tirée d’un cahier, scotchée dans les coins sur une feuille [Haut. 24,4 Larg. 31,4 cm])
Marie Laurencin, 1907. A pencil and watercolor drawing of Diana and a doe.
Bibliographie : D. Marchesseau, « Marie Laurencin, Catalogue raisonné de l’œuvre peint », éditions du Musée Marie Laurencin du Japon, 1986, huile sur bois « Diane à la chasse » datant de 1908, reproduite p. 68, n°46.
Intimement lié à son auteur, ce dessin annonce la toile de « Diane à la chasse », réalisée en 1908, qui appartiendra à Guillaume Apollinaire et se trouve aujourd’hui en mains privées. Compagnon de l’artiste, le poète la présente comme « la peintre du mystère féminin » à la touche « féminine et serpentine », se situant à la confluence entre Pablo Picasso et le Douanier Rousseau. Si Marie Laurencin aime dans ces années 1905-1909 se représenter sous les traits de Diane, c’est aussi bien comme déesse antique que comme princesse de la Renaissance. En se représentant accompagnée d’une biche, son animal attribut, l’artiste interroge sa propre existence, elle qu’André Breton décrivait comme « une biche parmi les fauves ». Si la biche renvoie au désir amoureux, Diane incarne pour le XVIe siècle une image de pureté et d’indépendance. Marie se représente ainsi en icône diaphane au regard félin, s’inspirant notamment de la « Diane au Cerf » du château d’Anet, où vécu son héroïne, Diane de Poitiers. Marie Laurencin, qui n’a pas encore fait la connaissance de Guillaume Apollinaire, fréquente alors Pierre Henri Roché. Ce dernier lui fait découvrir les collections du Musée de Cluny, l’art de la tapisserie des mille fleurs, les portraits de François Clouet et l’emmène visiter l’exposition sur l’Art décoratif oriental. Ces découvertes inhibent son style, qui puise dans l’art oriental des miniatures perses. Elle donne à ses dames des airs de sultanes, au nez long et droit, aux cheveux noirs et aux yeux en bandeau. La stylisation du dessin, avec les arabesques qu’esquissent les fleurs luxuriantes et la ligne serpentine embrassant les courbes de son corps sont caractéristiques de la première période très symboliste de l’artiste. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Alphonse Mucha (Prague, 1860-1939)
Les Saisons, 1896
Quatre lithographies originales en premier état (sur cinq au total).
Signées dans la planche.
Haut. 107 Larg. 56 cm.
Le printemps (froissée en bas à gauche)
L’été (petite rousseurs en bas à droite)
L’automne (un pli en bas à droite)
L’hiver (déchirures en bas à droite)
Provenance : propriété du Gers depuis l’origine.
Alphonse Mucha, 1896. A set of four original lithographs of the first edition of the Four Seasons.
Bibliographie :
– Marina Henderson, Anna Dvorak, « Alphonse Mucha l’œuvre graphique complète », Paris, Academy Editions, 1980, une suite reproduite sous les références P3-6, p. 20-21 et 146 ;
– Jack Rennert, Alain Weill, « Alphonse Mucha. Toutes les affiches & panneaux », Paris, Henri Veyrier, 1984, une suite reproduite p. 92-95.
Texte de présentation à consulter sur rouillac.com
https://www.rouillac.com/fr/news-3749-les_saisons_mucha?p=655 Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 27/05/2024 : Ecole française du XVIIIe siècle
Minerve et Mars
Toile.
Haut. 92 Larg. 115,5 cm.
(restaurations anciennes)
Cadre en bois et stuc dorés (Haut. 97 Larg. 120 cm).
French School, 18th C. A painting of gods Minerva and Mars. In gilded wood and stucco frames. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Auguste Raffet (Français, 1804-1860)
Bonaparte arrivant en Italie harangue l’armée
Toile d’origine.
Signée en bas à gauche.
Haut. 82 Larg. 116,5 cm.
(restaurations et accidents)
Cadre en bois doré à palmettes (Haut. 99 Larg. 134 cm).
Provenance : collection bordelaise.
Auguste Raffet. A painting depicting Bonaparte haranguing the army. In a giltwood frame.
« Soldats, vous êtes nus, mal nourris ; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces roches sont admirables ; mais il ne vous procure aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir ; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d’Italie manqueriez-vous de courage ou de constance ? »
Proclamation de Bonaparte au début de la 1ère campagne d’Italie, Nice le 27 mars 1796.
Neveu d’un général d’Empire, Raffet est l’un des principaux illustrateurs de la légende napoléonnienne. Le thème de notre toile est celui de la première campagne d’Italie, qui vit un général de 25 ans à la tête d’une armée de composition battre successivement sept armées et apporter la victoire à la République, mettant ainsi fin à la première coalition. La toile est à rapprocher des planches 215 et 215 bis de l’oeuvre lithographique du peintre, représentant Bonaparte arrivant en Italie, sur un plateau des Alpes, une main sur son sabre et montrant de l’autre les plaines de Lombardie à son armée. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Jean Chevalier (Français, vers 1725-c. 1790)
Portrait de Louis-François-Anne de Neufville, duc de Villeroy et pair de France, 1745
Toile.
Signé en bas à gauche et daté 1745. En bas à droite, une étiquette numérotée 63.
Noté au dos sur le châssis « gravé par Wille ».
Haut. 55,5 Larg. 45,5 cm.
Cadre en bois sculpté et doré (Haut. 68 Larg. 57 cm).
Jean Chevalier, 1745. A portrait of Louis-François-Anne de Neufville, duke of Villeroy and peer of France. In a carved giltwood frame. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Romanée Conti, 1924
Un flacon centenaire
Etat d’origine, dans un panier d’osier d’époque.
Provenance : descendance de Charles Brault (1897-1959), amateur, dont une partie de la cave a été rachetée par La Tour d’argent après son décès.
A 1924 bottle of Romanée Conti red wine. In a contemporaneous wicker basket.
Cette bouteille rappelle la grande histoire du Domaine de La Romanée Conti, dont le nom vient du cousin du roi, Louis François de Bourbon, prince de Conti, qui en devient propriétaire en 1760. Sur l’étiquette de ce flacon de 1924 trône le nom de Jacques Duvault-Blochet, qui rachète le domaine à l’aube de ses 80 ans en 1869, en compagnie de deux de ses petits-enfants représentant les familles de Villaine & Chambon, sous le patronyme desquels est précisé « seuls propriétaires ».
Le millésime 1924 en Bourgogne voit le début des mises en bouteilles au château, sous l’impulsion de Philippe de Rothschild. Le printemps et le début de l’été sont très favorables à la vigne, la floraison se fait par un temps superbe et l’avance de la végétation permet aux raisins de supporter sans dommage les périodes atmosphériques moins propices et d’atteindre une maturité satisfaisante. Une vendange tardive donne des vins d’une bonne richesse alcoolique, fins et corsés, mais peu tanniques. « Une bonne année », indique Idealwine.
De par le monde, l’an 1924 est celui de la réflexion du Guide Michelin quant à l’attribution des étoiles culinaires, qui débutera deux ans plus tard ; des premiers Jeux Olympiques d’Hiver à Chamonix ; de la mort de Lénine et de la naissance d’Aznavour. A titre anecdotique, c’est également l’année où le record du monde de looping féminin est battu par Adrienne Bolland, qui enchaîne 212 boucles en 72 minutes à Orly. Il y a fort à parier que cet exploit fut célébré avec une bouteille de la Romanée Conti ! Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Jacques Bircklé (Français, 1734-1803)
Commode d’époque Louis XVI
en placage d’acajou et acajou moucheté ouvrant par trois tiroirs en facade. Les montants cannelés se terminent par des pieds fuselés.
Riche ornementation en bronze doré aux encadrements de tiroirs, prises mobiles, entrées de serrures, chutes d’angles, lingotière, bagues et sabots.
Estampillée : « J. BICKLE » et « JME ».Birkle reçu maitre le 30 juillet 1764.
Dessus de marbre rouge des Pyrénées.
Numéro d’inventaire du XIXe siècle « R315 » au dos.
Haut. 86,5 Larg. 118 Prof. 60 cm.
Jacques Bircklé. A Louis XVI ormolu-mounted mahogany and speckled mahogany veneer chest of drawers. Red marble top.
Bibliographie : à rapprocher d’un exemplaire reproduit dans Pierre Kjellberg, « Mobilier français du XVIIIe siècle », Editions de l’Amateur, Paris, 1989, page 75.
« Ancien ouvrier libre, Bircklé accède à la maitrise le 30 juillet 1764. Il exerce rue de Charenton puis rue Saint-Nicolas. Il travaille notamment pour Marie-Antoinette au château de Saint-Cloud, pour Madame Elisabeth à Montreuil ou pour le Duc d’Orléans. Il apparaît comme un ébéniste consciencieux recherchant davantage l’effet décoratif plutôt que le luxe et la préciosité. Il produit aussi des meubles plus simples et sans recherche particulière mais toujours d’une bonne qualité. »
in Pierre Kjellberg, Mobilier français du XVIIIe siècle. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Maison Christofle, sous la direction de Paul Christofle (Français, 1838-1907)
Important trophée de prix décerné à Monsieur Louradour à Mirandol, 1873
en argent, décerné par le Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics. Il est coiffé d’une ronde-bosse de la déesse Cérès reposant sur un socle avec l’inscription « CONCOURS GENERAL AGRICOLE DE CAHORS / DECERNEE A Mr LOURADOUR A MIRANDOL ». La coupe présente un décor estampé de quatre scènes des travaux des champs légendées « PATURAGE, MOISSON, VENDANGE, LABOURAGE ». Le bord est souligné de l’inscription « MINISTERE DE L’AGRICULTURE DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS MDCCCLXXIII ». Le fût fuselé et cannelé dans un entourage de pampres de vigne est terminé par des gerbes de blé. La base circulaire est composée d’un bœuf, un bélier, une brebis et une faucille en ronde-bosse. Repose sur quatre pieds à enroulements feuillagés ajourés, richement décorés et ciselés de bouquets de feuilles.
Poinçon Minerve 1er titre.
Poinçon d’orfèvre « CC » avec une abeille surmontée de trois étoiles pour Christofle et Cie, insculpté en 1853.
Signé « CHRISTOFLE Ft (fecit) 1873 ».
D’après un modèle des sculpteurs Eugène Capy (Français, 1829-1894) et Pierre-Louis Rouillard (Français, 1820-1881).
Haut. 65 Diam. du plateau 41,5 cm.
Poids 9.050 g.
Christofle, under the direction of Paul Christofle, 1873. An impressive silver trophy awarded by the French Ministry of agriculture to the winner of the 1873 Cahors Concours Général Agricole. After a model by Eugène Capy and Pierre-Louis Rouillard.
Bibliographie : Yves Badetz in Daniel Alcouffe (dir.), « L’Art en France sous le Second Empire », cat. exp. Paris, Grand Palais, 11 mai – 13 août 1979, Paris, Ed. RMN, Notice 79.
LA COUPE DU CONCOURS AGRICOLE DE 1873, par Philippe Rouillac avec Brice Langlois
Le symbole de la renaissance française
Décerné en 1873 à l’occasion du concours agricole de Cahors, ce trophée, qui est l’un des premiers remis en France après la défaite de 1870, devient le symbole de la renaissance française. Ce concours s’inscrit dans une volonté de valorisation des produits de l’agriculture, à la suite de celui organisé depuis 1843 à Poissy, puis sous le Second Empire, et qui se prolonge aujourd’hui porte de Versailles. Remettant cette « coupe d’argent d’une valeur de 3.500 francs à Monsieur Louradour du domaine de Mirandol pour les magnifiques résultats obtenus […], par la mise en pratique, depuis plus de vingt ans, des principes de la science agricole enseignée à Grignon », le Préfet du Lot souligne « qu’au sortir des épreuves qui ont si douloureusement assombri les années précédentes, au milieu des circonstances graves du temps présent, n’est-ce-pas un consolant et fortifiant spectacle que celui du fécond travail des agriculteurs de France ? ». L’exploitant de la commune de Martel est récompensé de la Prime d’honneur du Prix cultural de Première catégorie.
La Maison Christofle sur le devant de la scène
Le modèle de notre trophée est présenté pour la première fois à l’Exposition Universelle de Londres de 1862. Outre Charles Christofle, qui obtient à l’occasion de cette manifestation une nouvelle distinction, les sculpteurs Eugène Capy et Pierre-Louis Rouillard collaborent à la réalisation de cette importante pièce d’orfèvrerie. Le premier livre le modèle de Cérès tandis que le second s’investit dans la réalisation des animaux et, vraisemblablement, des bas-reliefs. Il semble cependant que le prototype de cette pièce ait été conçu au moins un an auparavant, comme le laissent suggérer les recueils photographiques des pièces d’orfèvrerie de la maison Christofle (archives Christofle). Au Salon de 1861, Charles Christofle expose effectivement une « coupe or et argent » donnée par le Ministère de l’Agriculture aux concours régionaux de la même année. Comme pour notre trophée, Eugène Capy participe à ce projet et collabore à celui du surtout de l’hôtel de ville ainsi qu’à celui, en bronze doré, de Napoléon III. En revanche, le sculpteur Auguste Madroux, qui prête son concours au prototype, est remplacé par Pierre-Louis Rouillard, qui contribua notamment au décor sculpté du Louvre.
Une inspiration néoclassique
La figure de Cérès est ici traitée dans le style néo-classique, les drapés aux plis tombants ou la couronne de laurier, rappelant entre autres l’art de l’antiquité. Cette coupe offre ainsi un répertoire stylistique composite : les bas-reliefs apposés sur son pourtour sont traités avec réalisme, tandis que le bœuf et les moutons sont représentés avec naturalisme. Quoi qu’il en soit, comme le souligne Yves Badetz, conservateur en chef du patrimoine, les motifs figuratifs de ce trophée se retrouvent dans d’autres pièces destinées à être offertes à l’occasion de concours agricoles, telle la Cérès, éditée seule pour être placée sur un marbre, ou la scène de labour, qui orne le socle d’un prix coiffé d’une figure de laboureur. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Albert-Ernest Carrier-Belleuse (Français, 1824-1887) à Minton
Nymphe portant une amphore, 1878
en céramique émaillée polychrome.
La nymphe vêtue d’un voile pudique tenant dans ses mains une amphore turquoise à frise de grecques. Elle est assise sur un panier en osier duquel tombent des grappes de raisin.
Signée « A.Carrier » sur la terrasse.
Cachet en creux au revers « Minton » et numérotée « 1760 », « A0 ».
Haut. 69 cm.
(éclat au col)
Albert-Ernest Carrier-Belleuse for Minton, 1878. A polychrome glazed majolica vase figuring a scantily clad nymph seated on a wicker basket overflowing with grapes while supporting an amphora.
Après un début de carrière modeste mais prometteur au Salon de 1850, Albert Carrier-Belleuse traverse la Manche pour collaborer au sein de la Manufacture de Minton à l’invitation de son directeur artistique, Léon Arnoux. Son recrutement s’inscrit dans la volonté politique du gouvernement britannique de promouvoir l’industrie nationale, quand bien même les artistes sont issus de pays voisins. La première pièce de Carrier-Belleuse, « La Fontaine de Galathée », est présentée au Crystal Palace en 1851 et profite d’une reconnaissance publique. Grâce aux recherches d’Arnoux qui « mit au point une majolique moderne lancée par Herbert Minton en 1851 » (Gilles Grandjean, « Carrier-Belleuse. Le maître de Rodin », 2014, p. 21-22), Carrier-Belleuse modernise la sculpture ornementale. Son travail à Minton se prolonge jusque dans les années 1880. Il travaille ensuite pour la Manufacture de Sèvres, qui se réjouit d’accueillir un talent capable d’organiser un si grand atelier. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Vuidepot, fin du XVIIIe siècle
Sculpture pendule « Vénus, l’Amour et l’oiseau envolé »
en marbre blanc et bronze doré ciselé figurant l’amour remettant une colombe dans sa cage dorée devant Vénus alanguie. Le groupe entourant le cadran décoré par deux branches de rosier est bordé d’une frise d’oves et de dards, installé sur une terrasse en marbre blanc oblongue et rudentée, à décor de frise d’acanthe et de roses. Il repose sur huit pieds toupie.
Le cadran émaillé blanc signé « Vuidepot à Paris » figure les heures en chiffres romains, les minutes en chemin de fer, les minutes décimales en chiffres arabes, avec deux aiguilles en bronze ajouré. Une aiguille en acier noir indique le jour.
Suspension à fil.
Maximin Vuidepot (1752-1793), maître à Paris en 1782.
Haut. 51 Long. 61,5 Prof. 19,5 cm.
(usure et manques ; une colombe ainsi qu’une partie du pied de Vénus manquants)
Provenance : collection particulière, Loches.
Maximin Vuidepot. A late 18th C. ormolu and white marble clock depicting Venus, Cupid and a runaway bird.
Oeuvre en rapport : une pendule « Nymphe et amour devant une cage » par Furet, horloger du Roi, vers 1775-1800, conservée au Musée du Louvre, OA 5286.
Cette pendule borne à quantièmes traite le bronze de manière accessoire, afin d’offrir au groupe sculpté dans le marbre blanc une place prépondérante, qui lui vaut l’appellation de « sculpture pendule ». Le thème de Vénus et l’Amour apparaît sous le règne de Louis XV avec des sculpteurs tels que Clodion, Jean-Baptiste Pigalle et Falconnet, et connaît son apogée sous le règne de Louis XVI. Ce thème est à la croisée du retour en grâce de l’antiquité et des scènes galantes de la première moitié du XVIIIe siècle. Une attention toute particulière est accordée au traitement du drapé de Vénus. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : David Teniers II le Jeune (Flamand, 1610-1690)
Intérieur de ferme
Toile.
Signé en bas à droite « D. Teniers ».
Haut. 42 Larg. 58 cm.
Cadre en bois sculpté redoré d’époque Louis XIV (Haut. 66,5 Larg. 81 cm).
Provenance :
– collection de Mme X ;
– collection Roger Aubert, restaurateur de peintures (expert Robert Lebel à Paris), Besançon, 1952 ;
– collection Louis Henri Girard (1881-1973), industriel à Champagnole, Jura ;
– par descendance, collection particulière, Tours.
David Teniers the Younger. A painting depicting the interior of a farm. Signed. Louis XIV carved and regilted wooden frame. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Marie-Geneviève Bouliard (Française, 1763-1825)
Portrait d’homme en buste portant une redingote bleue
Toile.
Signée en bas à droite.
Haut. 55 Larg. 46 cm.
(petit accident)
Cadre en bois et stuc dorés à décor de frises de perles et de feuilles d’eau (Haut. 61,5 Larg. 52,5 cm).
Provenance : collection parisienne.
Marie-Geneviève Bouliard. A portrait of a man in a blue frock coat. Signed. In a gilded wood and stucco frame.
Marie-Geneviève Bouliard naît en 1763 à Paris. Fille unique et évoluant dans un milieu aisé, elle se forme à la peinture dans l’atelier de Joseph Siffred Duplessis. Madame Bouliard fait partie des rares femmes admises à l’Académie royale de peinture et est donc autorisée à présenter ses oeuvres aux Salons. Elle est très prolifique durant la période révolutionnaire et se fait une place parmi les portraitistes de son temps. On peut inscrire Marie Geneviève Bouliard dans la continuité de la voie ouverte par la célèbre portraitiste Elisabeth Vigée Le Brun aux femmes artistes de cette fin de XVIIIe siècle. Bien que sa vie ait été peu documentée, on sait que son travail plaît aux critiques ; elle reçoit notamment le prix d’encouragement du Salon de 1791. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Attribué à Jeanne-Elisabeth Chaudet (Française, 1767-1832)
Une petite fille voulant apprendre à lire à son chien
Toile.
Haut. 91 Larg. 72,5 cm.
Attributed to Jeanne-Elisabeth Chaudet. A painting entitled « Une petite fille voulant apprendre à lire à son chien » (« A little girl teaching her dog how to read »).
Jeanne-Elisabeth Chaudet connaît un franc succès de son vivant grâce à ses représentations de l’enfance particulièrement touchantes. Elle expose régulièrement au Salon de 1798 à 1817. Ses toiles mettent en scène de jeunes enfants dans des occupations familières, prenant aussi bien comme modèle de jeunes anonymes que la petite Marie-Laetitia Murat (Versailles, château de Versailles) ou d’autres enfants des grandes familles de l’Empire.
Dès son deuxième Salon, en 1799, elle rencontre un grand succès tant auprès du public que de la critique, avec « Une petite fille voulant apprendre à lire à un chien », dont notre toile est une autre version. La charmante enfant est présentée au petit matin, encore en chemise de nuit et pieds nus, dans toute la fraîcheur et la naïveté de son âge. Tenant fermement son petit chien sur les genoux, elle lui apprend, le plus sérieusement du monde, à déchiffrer l’alphabet, avec la candide certitude que cette leçon portera ses fruits. L’image est animée dans un discret rayon lumineux qui sépare l’extérieur et la pièce, caresse le livre et la corbeille de fruits, et équilibre l’ensemble.
D’autres versions de cette composition sont connues, de dimensions similaires, une signée (Hôtel Drouot, vente collégiale, 12 novembre 2015, n°35), une autre non signée (Paris, étude Audap et Mirabaud, vente le 28 mars 2012, lot 81), une version en petit (panneau, Haut. 37 Larg. 26,8 cm, vente Me Lombrail et Teucquam, 18 juin 2008, lot 6). Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 27/05/2024 : Ecole française du XIXe siècle
Portrait de George Sand, 1841
Crayon noir.
Monogrammé indistinctement et daté de « 1841 » en bas à gauche. Titré dans le bas.
Haut. 40 Larg. 27,5 cm.
French School, 19th C. A black pencil portrait of French novelist George Sand. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Maximilien Luce (Français, 1858-1941)
« Le jardin ensoleillé », c. 1902-03
Toile cartonnée signée.
Réalisée probablement chez Alexandre Charpentier, hameau Boileau à Auteuil.
Haut. 46 Larg. 55 cm.
Provenance : collection d’un château du Gard.
Bibliographie : Denise Bazetoux, « Maximilien Luce catalogue raisonné », vol. III, Le Puits aux livres, 2005, reproduit sous le n°53.
Maximilien Luce, ca. 1902-03. A painting entitled « Le jardin ensoleillé » (« The Sunny Garden »). Canvas on cardboard.
Avis d’inclusion au supplément du catalogue raisonné de l’oeuvre de Maximilien Luce par Madame Denise Bazetoux, en date du 3 juillet 2000.
Maximilien Luce traduit ici l’atmosphère de la fin d’un après-midi d’été passé dans le jardin d’un ami vers 1902-1903. Si l’œuvre invite à la contemplation, elle offre aussi le témoignage des liens unissant le peintre à Alexandre Charpentier. Sculpteur, peintre, ébéniste et graveur, Charpentier lui ouvre au moins à deux reprises les portes de son jardin du hameau Boileau (Denise Bazetoux, op.cit., p. 63, n°52). Installant en 1900 son atelier à Auteuil, au 102 de la rue Boileau, Luce peint donc ici en voisin le jardin de son ami. Voir le lot
Par ROUILLAC à Montbazon le 26/05/2024 : Jean-Baptiste Mallet (Français, 1759-1835)
Scène galante avec Henri IV et Gabrielle d’Estrées
Gouache.
Signée en bas à gauche.
Haut. 17 Larg. 13,5 cm.
Cadre en bois sculpté et doré (Haut. 42,5 Larg. 39 cm).
Provenance : château du Lochois.
Jean-Baptiste Mallet. A painting of a romantic scene between French King Henri IV and his confidante Gabrielle d’Estrées. Signed. In a carved giltwood frame. Voir le lot