Le 10 avril, la maison de vente Tajan mettra en avant les inclassables de l’histoire de l’art, des artistes du XXe siècle n’ayant jamais appartenu à un courant, mais qui ont su créer un univers singulier. Tour d’horizon de ce marché émergent avec quelques portraits de francs-tireurs…
[Mise à jour, 30 avril 2024] L’acrylique sur isorel (1988) de Michel Macréau a été adjugée 36 736 euros (frais inclus) et la technique mixte d’Alfred Corinne Marié, estimée entre 5 000 et 7 000 euros, a trouvé preneur à 22 960 euros.
Dans une tentative de définir des parcours, des œuvres et des artistes difficiles à cerner et tous différents, l’expert Bruno Montpied a choisi d’intituler la prochaine vente de la maison Tajan : « Les francs-tireurs de l’art, bruts, naïfs, singuliers et autres outsiders ». Il s’explique : « Beaucoup sont aussi de grands isolés, qui n’ont pas fait d’études d’art, ou même des ermites, et souvent des marginaux, il a fallu attendre les avant-gardes du début du XXe siècle pour qu’ils soient reconnus, et l’exposition du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris sur les singuliers de l’art en 1978 pour que le marché naisse.»
C’est effectivement au début du XXe siècle, avec en particulier l’art naïf (le terme est utilisé pour la première fois pour qualifier les toiles du Douanier Rousseau, et ensuite celles de Séraphine de Senlis ou les constructions du Facteur Cheval) et plus tard avec l’art brut théorisé par Jean Dubuffet dans les années 1930 que ces autodidactes de l’art commencent à émerger.
Michel Macréau (France, 1935-1995), Sans titre, 1988. Acrylique sur Isorel. Signée en bas à droite. Estimé 30 000 – 50 000 euros.
Portraits de quelques francs-tireurs
Premier exemple, avec l’un des plus connus : Michel Macréau (1935-1995) : « On le rattache régulièrement à l’art brut, au mouvement CoBrA, à la figuration libre, mais il annonce aussi le Graffiti art new yorkais, c’est un peu le Basquiat français, mais avec une cote bien plus raisonnable », sourit Bruno Montpied. Au catalogue de Tajan sont inscrites deux acryliques datées des années 1980 (entre 20 000 et 50 000 euros), qui représentent des personnages humains avec une tête omniprésente.
Les parcours de ces artistes permettent parfois de mieux appréhender leurs œuvres. Ainsi, Kashinath Chawan (né vers 1950) « est un cireur de chaussures indien, il dessine des motifs inspirés de la mythologie hindoue », détaille l’expert. Son dessin au stylo bille sur papier, estimé 300 à 500 euros, figure cette fois deux étranges animaux.
Dan Miller (né en 1961) est l’auteur d’une technique mixte sur papier estimée 5 000 à 7 000 euros. Cet artiste américain autiste superpose des couches de traits ou d’écriture, « son travail ressemble à celui d’autres artistes contemporains, les collectionneurs se trouvent en terrain familier, cela explique cette cote assez élevée », avance Bruno Montpied.
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : KASHINATH CHAWAN (Inde, né en 1950)
SANS TITRE
Stylo bille sur papier
Ballpoint pen on paper
35,5 X 25 CM • 14 X 9 13/16 IN.
Découvert en Europe dans l’exposition « L’Art Brut dans le monde » montée par Lucienne Peiry, alors directrice de la Collection d’Art Brut de Lausanne, Kashinath Chawan est un cireur de chaussures qui à ses moments de loisirs dessine au stylo des motifs inspirés de la mythologie hindou (le dieu éléphant Ganesha revient souvent). Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : DAN MILLER (États-Unis, né en 1961)
SANS TITRE
Technique mixte sur papier
Mixed media on paper
76 X 112 CM • 29 7/8 X 44 1/8 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : HENRY SPELLER (États-Unis, 1900-1996)
SANS TITRE
Pastel et feutre sur papier
Pastel and felt-tip pen on paper
45,5 X 60,5 CM • 17 7/8 X 23 7/8 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : ANSELME BOIX-VIVES (France, 1899-1969)
FLEURS DE MONTAGNE
Gouache sur papier
Signée en bas à droite
Gouache on paper; signed lower right
78 X 53 CM • 30 3/4 X 20 7/8 IN.
PROVENANCE
Famille de l’artiste.
Collection de Monsieur R., France.
Vente, Christophe Joron-Derem, Paris, 31 mars 2012, L’Œil de J. D. J. (Collection Jean-Dominique Jacquemond), lot 45, reproduit dans le catalogue p. 50.
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
EXPOSITIONS
Alençon, Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, Anselme Boix-Vives, Rétrospective, 23 juin-30 septembre 1990; Paris, Centre d’Études Catalanes, 1 octobre-10 novembre 1990; Laval, Musée du Vieux Château, été 1991. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : ANSELME BOIX-VIVES (France, 1899-1969)
MÈRE ET ENFANT, 1964-1965
Huile et gouache sur carton
Signée en bas à droite
Oil and gouache on cardboard; signed lower right
63 X 50 CM • 24 3/4 X 19 3/4 IN.
PROVENANCE
Famille de l’artiste.
Collection de Monsieur R., France.
Vente, Christophe Joron-Derem, Paris, 31 mars 2012, L’Œil de J. D. J. (Collection Jean-Dominique Jacquemond), lot 45, reproduit dans le catalogue p. 56.
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
EXPOSITION
Neuilly-Sur-Marne, Musée l’Aracine, Anselme Boix-Vives, Rétrospective, 28 septembre-2 décembre 1991.
BIBLIOGRAPHIE
Jean-Louis Lanoux, Anselme Boix-Vives, L’Œuf Sauvage, N°2, décembre 1991-janvier 1992, Paris, reproduit p. 20. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : ANSELME BOIX-VIVES (1899-1969)
AVEC MOI VOUS FEREZ FORTUNE
Gouache sur papier
Signée des initiales et titrée en bas à gauche
Gouache on paper; signed with the initials and titled lower left
29 X 21 CM • 11 3/8 X 8 1/4 IN.
Monsieur Jean-Dominique Jacquemond a confirmé l’authenticité de cette oeuvre. Un certificat pourra être obtenu à la charge de l’acquéreur.
« Dans un premier temps, Boix-Vives privilégie la gouache, cette technique qui lui semble moins intimidante que l’huile et qu’il maîtrise immédiatement, en suivant les conseils de son fils Michel, mais la traitant d’une manière très personnelle, comme le souligne Jean-Pierre Bouvet dans sa préface pour la rétrospective qui eut lieu au Musée de Laval en 1971, « Les couleurs, en aplat, sont descendues par les glacis, paradoxe pour des gouaches mais donnant cette distinction particulière à l’ambiance du tableau… »
Employant des couleurs vives sorties du tube, les sujets, souvent centrés, sont comme immobilisés dans un filet aux mailles plus ou moins serrées, recouvrant l’ensemble de la surface peinte. Vie humaine ou animale immobilisée dans ce piège coloré. »
Jean-Dominique Jacquemond, Anselme Boix-Vives, cat. exp., Paris: Centre Vendôme pour les arts plastiques/La Différence ,1990, p. 15. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JEAN POUS (France, 1875-1973)
SANS TITRE, VERS 1970
Aquarelle, crayon et stylo bille sur papier
Watercolor, pencil and ballpoint pen on paper
23 X 25,5 CM • 9 X 10 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JEAN POUS (France, 1875-1973)
SANS TITRE, 1970
Aquarelle et stylo bille sur papier
Signée et datée « 70 » en bas à droite
Watercolor and ballpoint pen on paper; signed and dated lower right
31,5 X 24,5 CM • 12 3/8 X 9 5/8 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JEAN POUS (France, 1875-1973)
SANS TITRE, VERS 1960
Galet gravé
Carved pebble
14 X 8,3 X 5 CM • 5 1/2 X 3 1/4 X 2 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : PATRICE CADIOU (France, 1947-2015)
LES PORTES DE L’ENFER
Collage et assemblage de bois, cuir et divers matériaux
Collage and assemblage of wood, leather and mixed materials
98 X 120 X 30 CM • 38 5/8 X 47 1/4 X 11 3/4 IN.
PROVENANCE
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
Patrice Cadiou était un danseur classique devenu sculpteur, connu pour ses œuvres sombres et énigmatiques réalisées à partir de matériaux trouvés dans les décharges proches de chez lui. Ses sculptures évoquent une parenté avec les fétiches à clous des Kongo. Il cherchait à comprendre et à révéler le message caché de ses sculptures, affirmant : » Quand l’une de mes sculptures n’a pas encore délivré son message, qu’elle ne me parle pas encore, je cherche à l’écouter, à la modifier pour qu’elle me révèle tout son secret » (Centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive, Esprit singulier: fonds de l’abbaye d’Auberive, éd. Flammarion: Paris, 2016, p. 102).
Sa carrière artistique a été marquée par sa rencontre avec le marchand Gérard Laubie, ce qui a conduit à des expositions chez Raymond Cordier, à la galerie Keller à la galerie Ridel mais aussi au musée d’art moderne de Paris. Jean-Claude Volot, collectionneur d’art contemporain et maire d’Auberive, a joué un rôle crucial dans la carrière de Cadiou. Il le collectionne et l’a encouragé à s’établir en Haute-Marne au centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive où certaines de ses œuvres ont été exposées. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : ANDRÉ ROBILLARD (France, né en 1931)
FUSIL RAPIDE US AIR FORCE
Assemblage de bois et d’objets de récupération
Signé et titré
Wood assemblage and waste material; signed and titled
22 X 122,5 CM • 8 5/8 X 48 1/4 IN. Voir le lot
Avec Henry Speller (1900-1997), dont un joli pastel et feutre sur papier est présenté pour 1 000 à 1 500 euros, la vente aborde une autre tendance de cet univers : le Black Folk Art, mouvement datant des années 1960-1970, et qui visait à promouvoir une esthétique propre aux afro-américains. Henry Speller était aussi musicien de blues, et son œuvre picturale est faite de représentations de maisons, de modes de transport et comme dans le pastel de la vente, de femmes blanches aux visages anguleux.
Attardons nous encore sur Anselme Boix-Vives (1899-1969) dont six créations sont au catalogue (estimations entre 1 000 et 5 000 euros) : « c’est un vrai artiste brut, épicier d’origine catalane vivant en Savoie, qui a fréquenté André Breton et les surréalistes. Je crois qu’il est encore sous-estimé, peut être parce qu’il a assez peu produit. Ses personnages simiesques au milieu de la végétation ont un petit côté martien », détaille l’expert.
Il faut aussi noter dans la vente le nombre important de lots utilisant des matériaux inattendus : un galet gravé de Jean Pous (500 à 700 euros), des portes de l’Enfer revisitées en bois, cuir et divers par Patrice Cadiou (1 000 à 1 500 euros) ou un Fusil rapide US Air Force recomposé à partie de bois et d’objets de récupération par André Robillard (800 à 1 200 euros).
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : A.C.M. (France, 1951-2023), ALFRED CORINNE MARIÉ DIT
ARCHITECTURE, VERS 2017
Technique mixte et assemblage
Mixed media and assemblage
39 X 40 X 18 CM • 15 3/8 X 15 3/4 X 7 1/8 IN.
PROVENANCE
J-P Ritsch-Fisch Galerie, Strasbourg.
Collection particulière, France.
Le travail d’Alfred Marié dit A.C.M fusionne objets trouvés, matériaux industriels et matières organiques. D’abord peintre en bâtiment puis élève à l’École régionale supérieure de Tourcoing, la rencontre avec sa compagne Corinne en 1974, à laquelle son pseudonyme rend hommage (Alfred Corinne Marié), marque le début de sa carrière artistique, entre reconstruction personnelle et expérimentation artistique.
Entre architecture et sculpture, ses créations sont travaillées de manière brute avec des marques visibles de soudure et de colle. Par le recours inventif à des médiums multiples – verre, rouille, perles ou encore fusibles – cette œuvre témoigne d’une approche créative spontanée et intuitive, dans la lignée des ready-made et des combine painting de Robert Rauschenberg. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JOAQUIM VICENS GIRONELLA (France, 1911-1997)
LA DESCENTE DE CROIX
Liège
Cork
41 X 28,5 X 6,5 CM • 16 1/8 X 11 1/4 X 2 1/2 IN.
« Gironella portait en lui ces forêts, ce village. Il nous parlait d’un autre temps, d’une autre langue. Le liège, dans l’œuvre de Gironella, a la plus grande affinité avec la mémoire… si paradoxal, si souple et si tendre, mais qui dure. Il nous fallait ressentir encore ce rapport d’intimité secrète que l’artiste entretien avec sa matière, « cette chair organique, végétale où il porte la main », comme l’écrivait Dubuffet »
Louis-Michel Vicens, Joaquim Vicens Gironella : le liège & la mémoire, (court-métrage) Toulouse, s.d. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JACQUES TROVIC (France, 1948-2018)
SANS TITRE, 1999
Broderie
Signée et datée en bas à gauche
Embroidery; signed and dated lower left
185 X 90 CM • 72 7/8 X 35 3/8 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JOHANN FISCHER (Autriche, 1919-2008)
MIT DIESER FÜCHTEL, 1992
Crayons de couleur sur papier
Signé et daté « 3.-4.-7.-9.-10.- December; 1992 » en haut à gauche
Coloured pencils on paper; signed and dated upper left
43,5 X 62,5 CM • 17 1/4 X 24 5/8 IN.
PROVENANCE
Galerie Objet Trouvé, Paris.
Collection particulière, France. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JEAN RUSTIN (France, 1928-2013)
TÊTE D’HOMME, 1999
Huile sur toile
Signée et datée en bas à gauche
Contresignée et datée au dos
Oil on canvas; signed and dated lower left; signed again and dated on the reverse
46,5 X 33 CM • 18 1/4 X 13 IN.
PROVENANCE
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
« Les peintures de Jean Rustin forment des espaces où autrefois des violences se seraient affrontées. Puis tout se serait tu, tout se serait effacé. Ne demeureraient que des corps et des lieux sans mémoire. Ça vient se loger hors du temps, dans des espaces de rien, bien avant qu’aucune histoire ne commence; ou bien après que tout est achevé. »
Marc Le Bot in. Jean Rustin, Aux limites de l’imaginable, éditions Virgile, Paris, 2011, p. 17. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : PHILIPPE DEREUX (France, 1918-2001)
TÊTE MEXICAINE, 1992
Technique mixte, collage et assemblage sur panneau dans un emboîtage en bois et Plexiglas
Signé en bas à gauche et annoté « 92.21 » en bas à droite
Contresigné, titré, daté et localisé « Villeurbanne, novembre 1992 » au dos
Mixed media, collage and assemblage on panel in a wood and Plexiglas case; signed lower left and annotated lower right; signed again, titled, dated and located on the reverse
62 X 39,5 CM • 24 3/8 X 15 1/2 IN.
PROVENANCE
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
EXPOSITION
Nancy, Espace Poirel, Pourquoi faites-vous cette tête-là?, 25 janvier-31 mars 2001.
« Pour que j’aie plaisir à coller mes épluchures il faut véritablement qu’elles soient des rebuts, c’est-à-dire que le fruit ou le légume qu’elles contenaient ait servi à l’alimentation. Au fond, les deux joies : manger et coller sont inséparables. Peut-être que le jour où j’achèterai exprès des fruits ou des légumes pour les peaux, sans intention de les consommer, j’aurai la sensation de faire de l’art et par là je serai moins à l’aise dans ma tentative. Il y a dans mes collages un » contexte de vie » : éclat et couleur du marché, bruits, préparation du repas, dégustation… inséparable de la réussite de mon travail. L’achat » exprès » supprimerait une partie capitale du contexte : préparation, consommation des nourritures, et affaiblirait l’autre : le marché.
C’est curieux (je le constate à présent) j’ai toujours aimé aller au marché et surtout aimé, ce qui est moins commun, éplucher les légumes. Je n’ai jamais renâclé devant la corvée de patates. C’était peut-être ma poésie à moi. »
Philippe Dereux, Petit traité des épluchures; ou, Expériences et réflexions d’un colleur de peaux, édition Julliard: Paris, 1966, p. 11. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : PIERRE BETTENCOURT (France, 1917-2006)
LES ENVAHISSEURS, 1975
Technique mixte, collage et assemblage sur panneau
Signé, daté et titré au dos
Mixed media, collage and assemblage on panel; signed, dated and titled on the reverse
133 X 122 CM • 52 3/8 X 48 IN.
On y joint le dessin préparatoire
L’ENVAHISSEMENT SANS NOMBRE, 1975
Crayon sur papier
Signé et daté en bas à droite
Titré en haut à droite
Pencil on paper; signed and dated lower right; titled upper right
27 X 21 CM • 10 5/8 X 8 1/4 IN.
PROVENANCE
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France.
Pierre Bettencourt explore les recoins sombres de la satire et du cynisme pour dépeindre l’état du monde. Son univers où la frontière entre la vie et la mort, l’humour et le sadisme disparait, présente une œuvre audacieuse et irrévérencieuse.
Grand amateur des textes de Sade, Paulhan, Artaud et Michaux, il s’inite à la peinture avec Jean Dubuffet qu’il rencontre dans les années 1950. Ses premiers collages sont réalisés à partir d’ailes de papillon, son « premier maître à peindre, car il est un modèle de métamorphose. » (Pierre Bettencourt, Les Hauts-Reliefs de Pierre Bettencourt, Paris, Hachete, 1971, p. 9).
S’inspirant de l’art primitf, Bettencourt emploie des matériaux bruts qu’il assemble sur du bois sculpté. Cette vision cruelle est ainsi renforcée par l’amas de débris présents sur la toile, véritable incarnation des maux et des fardeaux de l’humanité. Une violence plastique et thématique, car, par ses corps humiliés et ses têtes coupées, surgit l’acte cathartique : « Couper les têtes, tel était mon état d’esprit (…). Réduire un homme ou une femme à la partie de lui-même qu’il exhibait et finalement la plus obscène : le visage. Tout est inscrit sur un visage, les mille démarches et les mille soucis d’une vie y ont laissé leur empreinte ». (Pierre Bettencourt, ibid, p. 194). Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : MADGE GILL (Angleterre, 1882-1961)
DEUX FEMMES
Encre sur tissu
Ink on fabric
22 X 31 CM • 8 5/8 X 12 1/4 IN.
Chez Madge Gill, la figure humaine est le fil rouge qui donne le ton à l’ensemble de sa création. Tel un leitmotiv obsédant, les portraits qu’elle dessine répondent à une esthétique bien particulière qui leur est commune à tous.
Représentées systématiquement de face, les femmes qu’elle nous offre à voir sont presque toujours jeunes et élégantes et semblent être apprétées pour un rendez-vous galant, une cérémonie religieuse ou une soirée mondaine.
Coiffées le plus souvent de chapeaux très sophistiqués qui s’amusent parfois à leter une ombre sur leur regard, les visages ovales de Madge Gill se distinguent par la douceur et la régularité de leur contour et par leurs grands yeux souvent cernés de noir qui leur confèrent une force évocatrice très vigoureuse, presque intimidante. « C’est aux yeux que va tout l’intérêt de la dessinatrice, qui les fait grands et suppliants. Il lui arrive de les esquisser un peu grossièrement, dans la hâte de finir son ouvrage; mais très souvent elle s’attarde à les détailler, ajoutant les cils et les sourcils par petits traits soigneux en renforcant de noir les bords de l’oeil », analyse Roger Cardinal. »
Marie-Hélène Jeanneret, Madge Gill, éditions Ides et Calendes, Lausanne, 2017, p. 45. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : STANI NITKOWSKI (France, 1949-2001)
L’EXCISION, 1988
Acrylique sur toile
Signée du monogramme et annotée « 56-88 » en bas à gauche
Titrée et datée « 7 mars 1988 » au dos
Acrylic on canvas; signed with the monogram and annotated lower left; titled and dated on the reverse
116 X 89 CM • 45 5/8 X 35 IN.
PROVENANCE
Collection Jean-Pierre et Martine Nuaud. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JOHN HENRY TONEY (États-Unis, 1928-2019)
WOMEN IN MR TURNERS TRUCK SHE WANTS TO START SOME STUFF, 2003
Aquarelle et feutre sur panneau
Signé en bas à droite
Watercolor and felt-tip pen on panel; signed lower right
61 X 61 CM • 24 X 24 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : GÉRALD STEHR (France, né en 1949)
HOMO-RORSCHIEN À ROULETTE TAILLANT UNE CROUPIÈRE (SEPTIÈME VOYAGE EN RORSCHACHIE DE GÉRALD), VERS 2017
Acrylique sur toile
Signée en bas à droite
Titrée en bas et annotée « 76 sur 144 » en bas à gauche
Acrylic on canvas; signed lower right; titled lower part and annotated lower left
180 X 70 CM • 70 7/8 X 27 1/2 IN.
La première partie de cette série (72 planches) a été présentée dans le grand hall du Théâtre National de Chaillot en 2013. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : MARTHA GRÜNENWALDT (Belgique, 1910-2008)
SANS TITRE
Technique mixte sur papier
Mixed media on paper
41,5 X 60 CM • 16 1/2 X 23 5/8 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : EZEKIEL MESSOU (Bénin, né en 1971)
LUCIENE
Encre sur papier
Signée en bas à droite
Porte le tampon de l’atelier en bas au centre
Ink on paper; signed lower right; stamped by the artist’s workshop lower middle
49,5 X 32 CM • 19 1/2 X 12 5/8 IN.
Ezekiel Messou est un réparateur de machines à coudre et autres engins mécaniques à Ganvié, village lacustre béninois de pêcheurs. Il dessine les machines qu’il répare, et les sublime par le choix des couleurs et de l’ornementation. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : JEAN RUSTIN (France, 1928-2013)
SANS TITRE, 1974
Encre sur papier
Signée et datée en bas à gauche
Ink on paper; signed and dated lower left
37 X 31,5 CM • 14 5/8 X 12 3/8 IN.
PROVENANCE
Collection de Monsieur et Madame F. M. L., France. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : IMAM SUCAHYO (Indonésie, né en 1978)
SANS TITRE
Technique mixte sur papier
Mixed media on paper
29 X 35 CM • 11 3/8 X 13 3/4 IN. Voir le lot
Par TAJAN à Paris le 10/04/2024 : CARLO ZINELLI (Italie, 1916-1974)
SANS TITRE, 1966
Gouache sur papier, recto-verso
Datée en bas à gauche « 7-11-66 », recto
Gouache on paper, recto-verso; dated lower left, recto
70 X 50 CM • 27 1/2 X 19 3/4 IN.
PROVENANCE
Galerie Christian Berst, Paris.
Acquis auprès de cette dernière par l’actuel propriétaire. Voir le lot
L’art brut, un marché en construction
« Par définition, ces artistes restent un peu en dehors des circuits professionnels classiques, regrette Bruno Montpied, et leur cote n’est pas à la hauteur de leur talent.» Les expositions autour de l’Art Brut, telles que celle prévue en 2025 au Grand Palais, devraient les mettre en lumière (du 6 juin au 21 septembre), tout comme le font déjà les collections permanentes du musée de Montpellier, du musée d’art modeste de Sète, ou de la Closerie Falbala de Dubuffet à Périgny-sur-Yerres. Bruno Montpied mise sur l’exposition organisée chez Tajan entre le 5 et le 10 avril pour contribuer à mettre en lumière ces marginaux de l’art, un peu fêlés au sens d’Antonin Artaud qui affirmait : « J’aime les fêlés car ils laissent entrer la lumière.»