Le 3 avril 2024 | Mis à jour le 30 avril 2024

Les outsiders de l’art aux enchères à Paris

par Magazine des enchères

Le 10 avril, la maison de vente Tajan mettra en avant les inclassables de l’histoire de l’art, des artistes du XXe siècle n’ayant jamais appartenu à un courant, mais qui ont su créer un univers singulier. Tour d’horizon de ce marché émergent avec quelques portraits de francs-tireurs…

 

[Mise à jour, 30 avril 2024] L’acrylique sur isorel (1988) de Michel Macréau a été adjugée 36 736 euros (frais inclus) et la technique mixte d’Alfred Corinne Marié, estimée entre 5 000 et 7 000 euros, a trouvé preneur à 22 960 euros. 

 

Dans une tentative de définir des parcours, des œuvres et des artistes difficiles à cerner et tous différents, l’expert Bruno Montpied a choisi d’intituler la prochaine vente de la maison Tajan : « Les francs-tireurs de l’art, bruts, naïfs, singuliers et autres outsiders ». Il s’explique : « Beaucoup sont aussi de grands isolés, qui n’ont pas fait d’études d’art, ou même des ermites, et souvent des marginaux, il a fallu attendre les avant-gardes du début du XXe siècle pour qu’ils soient reconnus, et l’exposition du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris sur les singuliers de l’art en 1978 pour que le marché naisse.»

C’est effectivement au début du XXe siècle, avec en particulier l’art naïf (le terme est utilisé pour la première fois pour qualifier les toiles du Douanier Rousseau, et ensuite celles de Séraphine de Senlis ou les constructions du Facteur Cheval) et plus tard avec l’art brut théorisé par Jean Dubuffet dans les années 1930 que ces autodidactes de l’art commencent à émerger. 

 

Michel Macréau (France, 1935-1995), Sans titre, 1988. Acrylique sur Isorel. Signée en bas à droite. Estimé 30 000 – 50 000 euros.

 

Portraits de quelques francs-tireurs

Premier exemple, avec l’un des plus connus : Michel Macréau (1935-1995) : « On le rattache régulièrement à l’art brut, au mouvement CoBrA, à la figuration libre, mais il annonce aussi le Graffiti art new yorkais, c’est un peu le Basquiat français, mais avec une cote bien plus raisonnable », sourit Bruno Montpied. Au catalogue de Tajan sont inscrites deux acryliques datées des années 1980 (entre 20 000 et 50 000 euros), qui représentent des personnages humains avec une tête omniprésente. 

Les parcours de ces artistes permettent parfois de mieux appréhender leurs œuvres. Ainsi, Kashinath Chawan (né vers 1950) « est un cireur de chaussures indien, il dessine des motifs inspirés de la mythologie hindoue », détaille l’expert. Son dessin au stylo bille sur papier, estimé 300 à 500 euros, figure cette fois deux étranges animaux. 

Dan Miller (né en 1961) est l’auteur d’une technique mixte sur papier estimée 5 000 à 7 000 euros. Cet artiste américain autiste superpose des couches de traits ou d’écriture, « son travail ressemble à celui d’autres artistes contemporains, les collectionneurs se trouvent en terrain familier, cela explique cette cote assez élevée », avance Bruno Montpied. 

 

 

Avec Henry Speller (1900-1997), dont un joli pastel et feutre sur papier est présenté pour 1 000 à 1 500 euros, la vente aborde une autre tendance de cet univers : le Black Folk Art, mouvement datant des années 1960-1970, et qui visait à promouvoir une esthétique propre aux afro-américains. Henry Speller était aussi musicien de blues, et son œuvre picturale est faite de représentations de maisons, de modes de transport et comme dans le pastel de la vente, de femmes blanches aux visages anguleux. 

Attardons nous encore sur Anselme Boix-Vives (1899-1969) dont six créations sont au catalogue (estimations entre 1 000 et 5 000 euros) : « c’est un vrai artiste brut, épicier d’origine catalane vivant en Savoie, qui a fréquenté André Breton et les surréalistes. Je crois qu’il est encore sous-estimé, peut être parce qu’il a assez peu produit. Ses personnages simiesques au milieu de la végétation ont un petit côté martien », détaille l’expert. 

Il faut aussi noter dans la vente le nombre important de lots utilisant des matériaux inattendus : un galet gravé de Jean Pous (500 à 700 euros), des portes de l’Enfer revisitées en bois, cuir et divers par Patrice Cadiou (1 000 à 1 500 euros) ou un Fusil rapide US Air Force recomposé à partie de bois et d’objets de récupération par André Robillard (800 à 1 200 euros). 

 

 

L’art brut, un marché en construction

« Par définition, ces artistes restent un peu en dehors des circuits professionnels classiques, regrette Bruno Montpied, et leur cote n’est pas à la hauteur de leur talent.» Les expositions autour de l’Art Brut, telles que celle prévue en 2025 au Grand Palais, devraient les mettre en lumière (du 6 juin au 21 septembre), tout comme le font déjà les collections permanentes du musée de Montpellier, du musée d’art modeste de Sète, ou de la Closerie Falbala de Dubuffet à Périgny-sur-Yerres. Bruno Montpied mise sur l’exposition organisée chez Tajan entre le 5 et le 10 avril pour contribuer à mettre en lumière ces marginaux de l’art, un peu fêlés au sens d’Antonin Artaud qui affirmait : « J’aime les fêlés car ils laissent entrer la lumière.»

Enchérir | Suivez la vente « Les francs tireurs de l’art » le 12 avril en live sur interencheres.com

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