Le 5 avril 2024 | Mis à jour le 30 avril 2024

Qui est Eugène Galien-Laloue, le peintre du Paris de la Belle Epoque le plus présent sur le marché ?

par Magazine des enchères

Fort d’une production évaluée à plusieurs milliers d’huiles et gouaches, Eugène Galien-Laloue est l’un des artistes les plus présents dans les ventes aux enchères. Méconnu aujourd’hui du grand public, ce peintre du Paris de la Belle Epoque a pourtant connu un important succès commercial de son vivant, créant sa propre concurrence par l’utilisation énigmatique de plusieurs pseudonymes. Portrait.

 

[Mise à jour, 30 avril 2024] « Le Tribunal de Commerce vu du boulevard Sébastopol » et « Église Saint-Étienne-du-Mont à Paris » d’Eugène Galien-Laloue ont respectivement trouvé preneur à 6 426 et 3 276 euros (frais inclus). 

 

Derrière ces vues du Paris de la Belle Epoque se cache un artiste qui, à seulement 16 ans, devient l’aîné d’une fratrie de neuf garçons, suite au décès de son père. Par nécessité, Eugène Galien-Laloue (1854-1941) abandonne l’école et travaille auprès d’un notaire, avant de mentir sur son âge et de s’engager pour participer à la guerre de 1870. À son retour du front, il renoue avec sa véritable passion : la peinture. En 1874, il est recruté par la Société française des chemins de fer pour dessiner les tracés des rails reliant Paris à la province. Ce travail le conduit à voyager à travers la France, où il dépeint les paysages qui l’entourent. C’est à cette période qu’il développe un intérêt particulier pour les jeux de lumière, dont il saisit les nuances au gré des heures et des saisons. Si son engagement militaire le conduit, au début de la Première Guerre mondiale, à peindre des scènes de soldats en action, c’est face aux paysages et monuments parisiens que sa touche s’épanouit, donnant naissance à des tableaux aujourd’hui prisés sur le marché.

 

L’atmosphère du Paris de la Belle Epoque

C’est à bicyclette qu’Eugène Galien-Laloue parcourt Paris, à la recherche de lieux et de scènes de vie qu’il compile dans des carnets de croquis, pour mieux les retranscrire sur la toile à l’ombre de son atelier. Ses toiles documentent le Paris d’antan, donnant à voir l’ancien Palais du Trocadéro ou encore le marché aux fleurs de l’Ile de la Cité foulé jadis par une foule d’élégantes. Mais c’est davantage l’atmosphère parisienne que le peintre s’attache à restituer, dépeignant en une touche impressionniste le tumulte des quais et des boulevards, de nuit ou de jour, par temps clair, pluvieux ou neigeux.

 

Eugène Galien-Laloue (1854-1941), « Le Tribunal de Commerce vu du boulevard Sébastopol ». Aquarelle et gouache signée en bas à gauche, 12.5 x 17.5 cm. Estimée entre 5 000 et 6 000 euros. Mis en vente le 7 avril chez Mercier en live sur Interencheres. 

 

De Liévin à Dupuy, des pseudonymes énigmatiques

L’artiste évolue en solitaire, il fuit les mondanités et refuse d’être associé à un quelconque mouvement. Il expose néanmoins régulièrement dans les salons pour vendre ses tableaux qu’il signe avec plusieurs pseudonymes, dont trois sont à ce jour confirmés. Le premier, « J. Liévin », aurait été adopté en mémoire d’un soldat prénommé Jacques et originaire de Liévin que l’artiste rencontra lors de la guerre de 1870. Le deuxième, « E. Galiany », n’est autre que son nom italianisé. Le troisième, « L. Dupuy », fait quant à lui référence à Léon Dupuy, un peintre âgé de 78 ans qu’il a rencontré alors qu’il fréquentait Barbizon et ses environs. Ce dernier n’a pas eu la carrière qu’il méritait, Eugène Galien-Laloue aurait ainsi pu voir l’opportunité de faire connaître son nom. D’autres signatures, plus rares, comme « Lenoir », « Lemaitre », « Dumoutier », « E. Kermanguy » ou « Languinais » sont aujourd’hui données à Eugène Galien-Laloue, mais le dictionnaire Bénézit les associait du vivant de l’artiste à des peintres distincts.

L’utilisation de ces différents pseudonymes reste encore aujourd’hui inexpliquée. Les spécialistes émettent plusieurs hypothèses, évoquant tour à tour la volonté d’Eugène Galien-Laloue de brouiller les pistes, de rendre hommage, de créer sa propre concurrence ou simplement de rester discret. Mais à observer son corpus artistique, il semble que l’artiste n’utilisait pas ces pseudonymes de manière aléatoire. De ce peintre prolifique, demeurent aujourd’hui quelques 1 000 huiles sur toiles et 5 000 gouaches. La gouache, du fait d’un temps de séchage restreint, lui permettait de peindre une œuvre tous les deux jours, au contraire de l’huile qui supposait d’attendre au moins deux semaines. C’est avec cette technique qu’il a réalisé la majorité de ses vues parisiennes signées de ce nom et qu’il conclut des contrats avec plusieurs marchands, lui garantissant ainsi un revenu mensuel confortable. Pour ses paysages de Normandie ou de Seine-et-Marne, il privilégiait au contraire la peinture à l’huile et signait sous pseudonyme.

 

Eugène Galien Laloue (1854-1941), « Église Saint-Étienne-du-Mont à Paris ». Gouache signée « Liévin » en bas à gauche 20 x 30 cm. Estimée entre 3 000 et 5 000 euros. Mis en vente le 7 avril chez Mercier en live sur Interencheres. 

 

Un artiste prolifique très présent sur le marché

Si Eugène Galien-Laloue connut un succès commercial de son vivant, plébiscité notamment des collectionneurs français et américains, il est relativement méconnu aujourd’hui du grand public, du fait de sa faible représentation dans les musées – seuls les musées de Louvier, La Rochelle et Mulhouse conservent des œuvres de Galien-Laloue dans leurs collections. Les fidèles des salles des ventes rencontrent néanmoins régulièrement les œuvres de cet artiste particulièrement prolifique, et si sa cote s’est quelque peu tarie au cours des quinze dernières années, ses vues parisiennes animent régulièrement des adjudications à plusieurs milliers d’euros, attirant de nombreux enchérisseurs étrangers. Les amateurs devront ainsi compter sur une estimation comprise entre 3 000 et 6 000 euros pour s’offrir une vue de l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont à Paris ou une représentation du Tribunal de Commerce vu du boulevard Sébastopol, deux tableaux qui seront présentés aux enchères par la maison Mercier le 7 avril.

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Image en couverture : Eugène Galien-Laloue (1854-1941), Notre Dame de Paris, et les bouquinistes. Gouache sur papier, 19 x 31 cm. Adjugée 3 770 euros chez Millon en 2023.

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