Le 5 octobre 2020 | Mis à jour le 6 octobre 2020

Le médaillon d’un corsaire malouin et une toile de Louis Gauffier adjugés jusqu’à 818 000 euros à Montbazon

par Diane Zorzi

Le 4 octobre au Château d’Artigny à Montbazon, la 32e édition de la Garden Party des Rouillac a été ponctuée de plusieurs records mondiaux, avec des adjudications portées jusqu’à 818 000 euros pour une toile inédite de Louis Gauffier et une boîte à portrait offerte par Louis XIV à un corsaire malouin. Décryptage.

 

Une boîte à portrait offerte par Louis XIV à un corsaire malouin adjugée à 620 000 euros

C’est avec la Marche pour la Cérémonie des Turcs de Jean-Baptiste Lully en guise d’introduction qu’Aymeric et Philippe Rouillac présentaient hier l’une des pièces phares de leur Garden party annuelle : une boîte à portrait offerte par Louis XIV en 1696 à un corsaire malouin. Un prélude flamboyant qui laissait présager une bataille d’enchères animée. Mis à prix à 50 000 euros, le précieux médaillon s’est envolé en quelques minutes au prix record de 620 000 euros (500 000 euros hors frais), remporté par un particulier malouin, du nom de Jacky Lorant, présent en salle, face à des enchérisseurs internationaux. « Je ne voulais pas que ce bijou reparte en Angleterre, en Amérique, ou ailleurs », a-t-il confié avec émotion, après que les commissaires-priseurs l’aient invité à rejoindre le pupitre. Longuement applaudi, cet industriel de Saint-Malo, PDG de l’entreprise locale Emeraude Solaire, a fait savoir qu’il ferait circuler le médaillon en France dans les mois à venir, afin que tous puissent en profiter. Une annonce saluée par le maire-adjoint au patrimoine de la ville de Saint-Malo, qui avait fait le déplacement dans l’espoir d’acquérir le précieux bijou, avec un mandat de 80 000 euros.

Attribué à l’orfèvre d’origine suédoise Jean-Frédéric Bruckmann, ce joyau historique, orné de vingt diamants taillés en rose et d’un profil du Roi Soleil à l’antique en émail moulé à la façon d’un camée, fut remis en novembre 1696 au corsaire malouin Alain Porée, en récompense de sa prise navale du vaisseau de guerre anglais, le Dartmoor. Conservé jusqu’alors dans sa famille, il était l’un des rares exemplaires connus à avoir conservé ses diamants d’origine. « Il n’en existe plus que trois dans le monde, a précisé Philippe Rouillac. Louis XIV a offert beaucoup de médaillons mais la plupart ont perdu leurs diamants au fil des héritages ». Les deux autres boîtes à portrait sont conservées au musée de Bologne et au musée du Louvre. Pourvue de quatre-vingt douze diamants et d’un buste émaillé du roi, la boîte à portrait du Louvre avait été acquise par la Société des Amis du musée le 24 février 2009 à Paris, lors de la dispersion de la prestigieuse collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, et détenait jusqu’à hier le record mondial avec une adjudication à 481 000 euros.

 

Boîte à portrait de Louis XIV ornée des diamants de la couronne pour un corsaire malouin, 1695. En or et argent ornée d’un profil du Roi-Soleil à l’antique, en émail moulé à la façon d’un camée, et au dos de son chiffre émaillé. La monture ornée de vingt diamants taillés en rose, probablement des mines de Golconde. Bélière en or. Adjugé à 620 000 euros.

 

Record mondial pour une toile de Louis Gauffier adjugée à plus de 818 000 euros

Lors de cette vente prestigieuse, un autre record mondial a été établi avec une toile inédite de Louis Gauffier (1762-1801), adjugée à 818 400 euros (660 000 euros hors frais). Connue jusqu’alors à travers une esquisse conservée au Musée national du château de Versailles, La Cueillette des oranges ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire, expertisée par Stéphane Pinta du cabinet Turquin, dévoilait une scène familiale au charme méditerranéen, se déroulant au sein des jardins de Boboli, sur les hauteurs de Florence. « Cette toile, découverte lors du confinement, était jusqu’alors conservée dans la descendance varoise du capitaine de vaisseau Philippe de Centenier de Fauque (1895-1963), qui disait lui-même l’avoir toujours vue chez ses parents », a précisé Aymeric Rouillac qui, à l’issue d’une véritable enquête, est parvenu à identifier les protagonistes de la toile. « Le commanditaire est Alexandre Marie Gosselin de Sainct-Même (1746-1820). Agé de cinquante-et-un ans en 1797, il a vingt-quatre ans de plus que sa femme Anne Henriette Elise Assailly (1770-1859), qu’il a épousé en 1784, âgée de vingt-sept ans sur cette toile. Bien que son activité diplomatique ne soit pas strictement référencée sous le Directoire, Alexandre de Sainct-Même aurait été Consul général de France pour le royaume des Deux-Siciles. Le 16 avril 1793, on trouve sa signature aux côtés de celle de Miot sur un document officiel comme administrateur des Subsistances Militaires. C’est à ce titre qu’il est alors accrédité en Italie, comme le rappelle la duchesse d’Abrantes. »

 

Louis Gauffier (Poitiers 1762 – Florence 1801), La cueillette des oranges, ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire. Toile signée et datée (1797-98) en bas à gauche. Haut. 69, Larg. 99 cm. Adjugé à 818 400 euros.

 

Lauréat du Prix de Rome en 1784, Louis Gauffier passa le reste de sa vie en Italie, fuyant les émeutes anti-françaises et se délectant de la dolce vita romaine et florentine. « Réalisé en l’an VI, après le traité de Campo Formio mettant fin à la première campagne d’Italie par Bonaparte, notre tableau figure la cueillette des oranges, entre l’automne 1797 et le printemps 1798, détaille Aymeric Rouillac. Si le choix d’une orangeraie pose un cadre aristocratique, symbole de luxe et de pouvoir qui flatte son riche commanditaire, c’est surtout une évocation d’un chef d’œuvre de la peinture italienne : La naissance du Printemps par Boticelli. Gauffier met à son tour harmonieusement en scène huit personnages dans une orangeraie, non pas en fleur mais au moment où le fruit est mûr et qu’il faut le cueillir. »

 

Rouen, vers 1725-1730. Grand plat d apparat rond de l’ancienne collection Rothschild en faïence à décor en ocre sur fond bleu. Adjugé à 248 000 euros.

 

Des céramiques de Rouen et de Sèvres adjugées jusqu’à 248 000 euros

Aux côtés d’un lit d’apparat dit d’Henri III (25 420 euros), d’un panneau de Jacopo di Cione (35 960 euros) et d’une lampe signée Giacometti (204 600 euros), les céramiques anciennes, autres pièces phares de la vente, ont elles aussi attiré de nombreux amateurs. Le grand plat d’apparat en faïence de Rouen s’est envolé à 248 000 euros (200 000 euros hors frais), tandis que le cabaret en porcelaine de Sèvres de Napoléon Ier a trouvé preneur à 155 000 euros (125 000 euros hors frais). « C’était un véritable événement de présenter sur le marché un déjeuner complet d’époque Empire, comprenant dix-sept pièces, explique l’expert Camille Leprince. On ignore s’il a utilisé par l’empereur pour le château de Fontainebleau ou le Palais des Tuileries, mais il est mentionné comme le service le plus important attitré à la maison de l’empereur en 1805. Son décor était caractéristique de l’époque, avec des motifs inspirés des fresques pompéiennes, ainsi que de charmants oiseaux peints par Christophe Ferdinand Caron (1791-1815), le spécialiste des décors d’animaux au sein de la manufacture. »

 

Sèvres. Rare et important cabaret pour le service de bouche de l’empereur en porcelaine dure composé de dix-sept pièces. 1803-1804. Adjugé à 155 000 euros.

 

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