Le 17 octobre 2022 | Mis à jour le 17 octobre 2022

Le musée du Grand Siècle préempte un tableau de Jean Lemaire-Poussin à Senlis

par Diane Zorzi

Un tableau inédit de Jean Lemaire-Poussin, estimé de 30 000 à 40 000 euros, s’est envolé à 82 500 euros, lors de la vente des trésors d’Actéon le 16 octobre à Senlis. Disputé par cinq enchérisseurs, il a été préempté par le musée du Grand Siècle de Saint-Cloud.

 

Le musée du Grand Siècle s’est offert hier à Senlis, par voie de préemption, un tableau inédit de Jean Lemaire, dit Lemaire-Poussin (1598-1659), pour 82 500 euros (frais inclus), à l’issue d’une rude bataille opposant cinq enchérisseurs, dont quatre collectionneurs français. L’œuvre ne pouvait rêver plus bel écrin. A compter de 2025, le musée accueillera, dans l’ancienne caserne royale de Saint-Cloud, l’essentiel de la collection de l’ancien Président-directeur du Louvre, Pierre Rosenberg, reconnu comme l’un des grands spécialistes de Nicolas Poussin. Or, Jean Lemaire-Poussin doit son surnom aux liens intimes, autant qu’artistiques, qu’il noua avec le maître du classicisme français, dont il fut, selon son biographe André Félibien, l’un des plus proches collaborateurs.

 

Jean Lemaire, un proche collaborateur de Nicolas Poussin

Jean Lemaire et Nicolas Poussin se sont rencontrés en 1624 à Rome, où ils partagent un même atelier. De retour à Paris, Lemaire l’assiste dans la réalisation de projets d’envergure, à l’instar des décors de la Grande Galerie du Louvre en 1642. Les deux peintres travaillent en outre de concert à l’exécution de tableaux de chevalet, associant, en une même toile, leurs savoir-faire respectifs. Une collaboration exceptionnelle que conte notre Thésée retrouvant les armes de son père.

 

Jean Lemaire, dit Lemaire-Poussin (1598-1659). « Thésée retrouvant les armes de son père ». Huile sur toile. 105,5 x 147 cm. Adjugée 82 500 euros (frais inclus) le 16 octobre par Actéon Senlis. Expertisée par le cabinet Turquin.

 

Thésée retrouvant les armes de son père

Le sujet est tiré des Vies parallèles de Plutarque. Jean Lemaire représente ici le moment où le jeune Thésée, âgé de seize ans, découvre, sous un lourd rocher qu’il parvient à soulever, l’épée et les sandales d’or laissés par le roi d’Athènes, Égée, alors que sa mère Aethra lui révèle que ce dernier n’est autre que son père.

Caractéristique de la pensée antique, ce thème de l’élection du héros était très apprécié au XVIIe siècle. Jean Lemaire lui-même en livre plusieurs versions. « On trouve notamment une composition similaire pour les personnages et le premier plan dans le dessin préparatoire de Lemaire à l’Albertina de Vienne, bien que l’architecture au second plan reste différente », détaille le commissaire-priseur Dominique Le Coënt-de Beaulieu. Le musée Condé de Chantilly conserve quant à lui un tableau de 1636-1637 traitant du même thème et réalisé à quatre mains par Jean Lemaire et Nicolas Poussin. Une radiographie a en effet révélé que les figures, peintes par Poussin, avaient été plaquées sur une architecture réalisée quant à elle par Lemaire.

Le peintre était particulièrement apprécié en son temps pour ses représentations d’architectures antiques. Notre composition donnait la mesure de ce talent, donnant à voir une colonnade arrondie à l’arrière-plan et des blocs de marbre richement ornés de bas-reliefs. Autant de vestiges que ce représentant emblématique du mouvement parisien de l’atticisme sut traiter avec une précision et une rigueur scientifiques.

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