Le 29 septembre 2022 | Mis à jour le 5 octobre 2022

Un dessin de Carmontelle préempté par le château de Versailles

par Diane Zorzi

Le 1er octobre à Troyes, un dessin de Carmontelle représentant le premier valet de Louis XV devant le chef-d’œuvre horloger de Claude-Siméon Passemant a été préempté par le château de Versailles. Cette sanguine et aquarelle de 1762 a été adjugée 53 320 euros, multipliant par cinq son estimation.

 

« M. de Carmontelle se fait depuis plusieurs années un recueil de portraits dessinés au crayon et lavés en couleurs de détrempe. Il a le talent de saisir singulièrement l’air, le maintien, l’esprit de la figure plus que la ressemblance des traits. » Ce « recueil de portraits », évoqué par le baron Friedrich Melchior Grimm dans une lettre de 1763, n’est pas des moindres. Louis Carrogis dit « Carmontelle » (1717-1806) a réalisé plus de 750 portraits, dépeignant « des hommes et des femmes de tout état, de tout âge […] depuis M. le Dauphin jusqu’au frotteur de Saint-Cloud. » A Troyes, le 1er octobre, c’est un dessin du compositeur français Jean-Benjamin de La Borde qui animait les enchères. Nommé premier valet de chambre du Roi à Versailles en 1766, il occupa une place de premier ordre à la cour de Louis XV.

 

Un portrait du premier valet de Louis XV

La charge de premier valet était réservée à une personnalité proche du souverain. Jean-Benjamin de La Borde occupa cette fonction jusqu’au décès du « Bien-Aimé » en 1774, date à laquelle il est remplacé par Marc-Antoine Thiery nommé par le nouveau roi Louis XVI. Féru de violon, il composa de nombreuses chansons et opéras et mit en musique plusieurs proverbes de Carmontelle, ces petites pièces de théâtre improvisées, destinées à la noblesse. Dans notre dessin, Jean-Benjamin de La Borde est représenté par Carmontelle de profil, tenant une clé, symbole de sa charge de premier valet.

 

Louis Carrogis, dit Carmontelle (1717-1806), Portrait de Jean-Benjamin de La Borde, 1734-1794, premier valet de chambre du Roi à Versailles devant l’horloge astronomique de Claude-Siméon Passemant. Sanguine, crayon noir et aquarelle, 25 x 15 cm. Adjugée 53 320 euros.

 

La pendule astronomique de Claude-Siméon Passemant

A l’arrière-plan, les historiens de l’art reconnaîtront la célèbre pendule astronomique de Claude-Siméon Passemant (1702-1769) qui fut installée à Versailles le 15 janvier 1754. Ce chef-d’œuvre d’horlogerie décline simultanément l’heure et la date jusqu’en 9999, en tenant compte des années bissextiles, et il est surplombé d’un globe terrestre représentant le mouvement des planètes, ainsi que d’un cadran indiquant les 29 décans lunaires. Il est le fruit de trente-six années de travail. Passemant consacra en effet vingt ans à l’élaboration des tableaux astronomiques et du rouage, dont la fabrication par l’horloger Dauthiau dura douze années. Le cabinet de bronze doré, pièce emblématique de l’art rocaille, nécessita quant à lui quatre années supplémentaires de travail à Jacques Caffieri. Heureux hasard du calendrier, ce monument artistique et scientifique a bénéficié cette année d’une restauration d’envergure et sera présenté en ouverture de l’exposition sur Louis XV organisée à partir de 18 octobre au château de Versailles, à l’occasion du tricentenaire du couronnement de l’arrière-petit-fils de Louis XIV. 

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