Le 21 janvier 2021 | Mis à jour le 22 janvier 2021

TOP 10 des préemptions et acquisitions des musées français en 2020 sur Interencheres

par Diane Zorzi

Si leur programmation a été perturbée et mise à l’arrêt durant plusieurs mois, les musées français ont poursuivi avec dynamisme leur politique d’acquisition, en dépit du contexte sanitaire. Du musée du Louvre au Petit Palais, en passant par les musées de Pont-Aven ou Orléans, ils ont été nombreux à recourir aux ventes aux enchères publiques pour enrichir leur collection. Florilège des plus belles préemptions et acquisitions réalisées lors des ventes organisées en 2020 par les commissaires-priseurs annonceurs sur Interencheres.

 

1. Un bronze de Ponce Jacquiot préempté par le Louvre pour 1,46 million d’euros

C’est sur une enchère de 1,46 million d’euros que le musée du Louvre a usé de son droit de préemption le 9 juin 2020 pour acquérir un bronze du XVIe siècle signé Ponce Jacquiot (ca. 1515-1570) et présenté par la maison de ventes parisienne Beaussant-Lefèvre. Figurant une jeune femme dévêtue se retirant une épine du pied, cette grande statuette demeurait jusqu’alors dans la collection d’une famille parisienne depuis cinq générations. Elle était destinée à l’origine à un cabinet d’amateur, un lieu en vogue au XVIe siècle et dont se dotèrent nombre de nobles et riches bourgeois. Le Louvre abritait déjà dans ses collections une Tireuse d’épine signée du même artiste, mais à la facture rustique et aux dimensions plus modestes. Né probablement à Rethel, dans les Ardennes, Ponce Jacquiot est le seul sculpteur français à avoir eu le privilège d’être cité par l’historien Giorgio Vasari, sous le nom de Ponzio. Il se forma en Italie avant de rejoindre la France pour travailler aux côtés d’Androuet du Cerceau, Germain Pilon et Primatice à des commandes d’envergure à Fontainebleau, aux Tuileries ou encore à Saint-Denis pour les tombeaux de François Ier, Henri II et Catherine de Médicis.

En savoir plus | Le musée du Louvre préempte un bronze de Ponce Jacquiot à près d’1,5 million d’euros

 

Ponce Jacquiot (ca. 1515-1570), La Tireuse d’épine, bronze à patine, 25 x 22,1 x 11,9 cm. Adjugé à 1 460 500 euros par Beaussant-Lefèvre et préempté par le musée du Louvre le 9 juin 2020 à Paris.

 

2. Un chef d’œuvre symboliste d’Edgard Maxence préempté par le Petit Palais pour 143 000 euros

Rassemblant une riche collection d’œuvres symbolistes signées Gustave Moreau, Odilon Redon, Maurice Denis ou Alphonse Osbert, le Petit Palais s’enrichit d’un nouveau chef-d’œuvre du maître nantais Edgard Maxence (1871-1954). Préempté pour 143 000 euros lors d’une vente aux enchères organisée par la maison Millon le 15 décembre 2020 à Paris, ce panneau inédit sur le marché fut exposé au Salon de 1910, avant de rejoindre une collection privée dans laquelle il était jusqu’alors conservé. Il dévoile une jeune femme rousse, mystérieuse, à la peau diaphane. Vêtue d’un habit Renaissance, elle joue de la vielle au cœur de la forêt et paraît plongée dans un rêve, évoquant les personnages mythiques des légendes arthuriennes telles les fées Viviane ou Mélusine qui peuplent Brocéliande. Elève de Jules-Elie Delaunay et de Gustave Moreau, Edgard Maxence s’illustra à travers ces scènes teintées de mysticisme, dans la lignée des préraphaélites. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures du Symbolisme. Une reconnaissance qu’il doit aux achats successifs du musée d’Orsay et à l’exposition que lui a consacrée le Musée des Beaux-Arts de Nantes, sa ville natale, en 2010.

En savoir plus | Le Petit Palais préempte un panneau inédit d’Edgard Maxence

 

Edgard Maxence (1871-1954), Jeune femme jouant de la mandore, huile sur panneau, 110 x 145 cm. Cadre d’origine probablement exécuté par l’artiste. Adjugé à 143 000 euros par Millon & Associés et préempté par le Petit Palais le 15 décembre 2020 à Paris.

 

3. Un panneau du peintre hollandais Grégoire Guérard acquis par le Musée des Beaux-arts de Dijon pour plus de 133 000 euros 

Redécouvert récemment à la faveur de publications menées par un groupe de chercheurs sous la houlette de Frédéric Elsig, Grégoire Guérard (actif de 1512 à 1538) est considéré aujourd’hui comme l’un des peintres les plus talentueux de la Renaissance française. L’intérêt soutenu du Musée de Beaux-Arts de Dijon lors de la vente du 26 novembre 2020 à Paris en est une parfaite illustration : l’institution a acquis pour plus de 133 000 euros un panneau de l’artiste qui, bien que d’origine hollandaise, fut particulièrement actif en Bourgogne, sous le règne de François Ier. Ce panneau constituerait pour Frédéric Elsig le volet droit d’un triptyque dont les autres éléments demeurent à ce jour inconnus et qui aurait été commandé par Girard de Vienne, conseiller et chambellan de François Ier, et son épouse Bénigne de Dinteville. Doublé au revers d’une grisaille représentant Saint Christophe et l’enfant Jésus, il dévoile en partie face un portrait sur fond de paysage de Sainte Catherine d’Alexandrie dont les attitudes souples et les lignes sinueuses évoquent le style maniériste qu’emprunte Grégoire Guérard autour de 1525.

 

Grégoire Guérard (actif de 1512 à 1538), Sainte Catherine d’Alexandrie, huile sur panneau, 91 x 54,8 cm. Adjugé à 133 980 euros par Rossini et acquis par le Musée des Beaux-Arts de Dijon le 26 novembre 2020 à Paris.

 

4. Une enluminure du XVe siècle acquise par le musée Cluny pour 66 040 euros 

Le 11 octobre 2020 à Louviers, un feuillet enluminé du XVe siècle a été acquis par le musée Cluny pour 66 040 euros, lors d’une vente organisée par Jean-Emmanuel Prunier. Témoignant de la production amiénoise des années 1450, il a pu être rapproché d’un manuscrit du Maître des Heures Collins, conservé au Philadelphia Museum of Art.

 

Enluminure représentant une femme en prière dans un encadrement de rinceaux et de personnages. Miniature sur vélin. Vers 1450. 18 x 12,5 cm. Contrecollée sur panneaux. Adjugé à 66 040 euros par Jean-Emmanuel Prunier et acquis par le musée de Cluny le 11 octobre 2020 à Louviers.

 

5. Une toile de l’artiste breton Ferdinand Loyen de Puigaudeau acquise par le Musée de Pont-Aven pour près de 50 000 euros 

Comptant sur ses cimaises deux œuvres de Ferdinand Loyen de Puigaudeau (1864-1930), le Musée de Pont-Aven enrichit son fonds consacré aux impressionnistes de Pont-Aven d’une nouvelle toile de l’artiste nantais : La lanterne magique, acquise pour près de 50 000 euros lors d’une vente aux enchères organisée par la maison Thierry-Lannon en décembre 2020 à Brest. Un retour aux sources pour cette scène bretonne qui fut présentée au sein du musée en 1998 à l’occasion d’une rétrospective dédiée à Ferdinand Loyen de Puigaudeau, un peintre autodidacte qui compta parmi les premiers pensionnaires de la Mère Gloannec, aux côtés de son ami Paul Gauguin, et qui assista à la genèse de l’Ecole de Pont-Aven. Plus récemment, en 2019, une exposition portant sur « L’impressionnisme d’après Pont-Aven » dévoilait une seconde version de l’œuvre nouvellement acquise, La lanterne magique ou Le Panorama du Czar à Paris, conservée quant à elle au sein d’une collection particulière.

 

Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), La lanterne magique, huile sur toile, 50 x 65 cm. Adjugé à 48 360 euros par Thierry-Lannon et Associés et acquis par le Musée de Pont-Aven le 12 décembre 2020 à Brest.

 

6. Plus de 200 dessins des procès de l’Affaire Dreyfus préemptés par le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme pour 49 600 euros 

Zola, Dreyfus, le lieutenant-Colonel Picquart, Esterhazy, le général de Boisdeffre, Jean Jaurès, Casimir-Perier… les principaux protagonistes de l’Affaire Dreyfus étaient réunis le 8 décembre 2020 à Nantes, lors de la dispersion aux enchères d’une cinquantaine de lots de dessins d’audience signés Maurice Feuillet (1873-1968). Immortalisant les procès de Zola et Dreyfus, cet ensemble exceptionnel provenait directement de la descendance du journaliste et illustrateur, témoin privilégié d’un des moments clés de notre histoire nationale. Ce trésor patrimonial a mobilisé les collectionneurs et les institutions muséales, totalisant 60 000 euros d’adjudications (frais compris). 57 des 61 lots de dessins d’audience, soit plus de 200 croquis, ont été préemptés pour 49 600 euros par le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme qui présente depuis 1998 à Paris une riche collection retraçant deux mille ans de vie des communautés juives de France. Très actifs, les collectionneurs n’ont pu acquérir que quatre pièces, dont un dessin représentant Zola à son procès, qui s’est envolé à 3 844 euros, ou encore Un portrait de Dreyfus de profil cédé pour 3 286 euros. La plus haute enchère a quant à elle été obtenue par le dessin emblématique figurant Dreyfus à son procès, préempté à 7 936 euros.

En savoir plus | Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme préempte plus de 200 dessins des procès de l’Affaire Dreyfus

 

Maurice Feuillet (1873-1968). Alfred Dreyfus au procès, le 12 août 1899. Pierre noire avec rehauts de gouache blanche. 35,2 x 22,8 cm. Signé, daté et situé en bas à droite « Maurice Feuillet/Rennes/12.VIII.99 ». Adjugé à 7 936 euros par Couton-Veyrac-Jamault et préempté par le MAHJ le 8 décembre 2020 à Nantes.

 

7. Une toile de Prosper Lafaye préemptée par le Musée des Beaux-arts d’Orléans pour plus de 30 000 euros 

Avant de faire du vitrail sa technique de prédilection, Prosper Lafaye (1806-1883) s’illustra en peinture, à travers des scènes de bataille exécutées pour le Musée de l’Histoire de France à Versailles, ou encore des portraits de la famille d’Orléans. En 1842, l’artiste reçoit ainsi de Louis Philippe la commande d’un portrait posthume de sa fille cadette, Marie d’Orléans (1813-1839). Conservé aujourd’hui au château de Versailles, le tableau fut décliné en une seconde version, mettant en scène la princesse dans son célèbre Salon gothique, situé au rez-de-chaussée du Palais des Tuileries – une toile préemptée pour plus de 30 000 euros par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans lors d’une vente organisée par la maison Bérard-Péron le 5 septembre 2020 à Lyon. Avec cette nouvelle acquisition, l’établissement orléanais, qui couvre une large part de l’histoire de l’art du XVIe siècle à nos jours, complète ainsi sa riche collection dédiée aux artistes du XIXe siècle et comptant des œuvres majeures signées des peintres Delacroix, Boudin, Chassériau, Corot ou Courbet, ainsi que des sculpteurs Triqueti, Pradier, Préault ou David d’Angers. Ce dernier fut d’ailleurs l’un des maîtres de Marie d’Orléans, cette princesse, douée de talents artistiques et dont est évoqué ici le goût pour l’art et la décoration, à travers un plafond à caissons Renaissance, un mobilier typique des Flandres des XVIe et XVIIe siècle et divers meubles de style néo-gothique.

En savoir plus | Le Musée des Beaux-Arts d’Orléans préempte une toile de Prosper Lafaye

 

Prosper Lafaye (1806-1883), L’atelier de la princesse Marie d’Orléans, huile sur toile, 59,5 x 90 cm. Adjugé à 31 926 euros par Bérard-Péron et préempté par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans le 5 septembre 2020 à Lyon.

 

8. Un portrait inédit de Joseph-Marie Vien préempté par le musée Fabre pour plus de 22 000 euros 

Connue grâce à un pastel de l’artiste conservé au Musée des Beaux-Arts de Béziers, cette toile de Joseph-Marie Vien (1716-1809) a retenu l’attention du musée Fabre par son caractère inédit. Considéré comme le rénovateur de la peinture d’Histoire, Vien ne s’est attelé au genre du portrait qu’à de rares occasions, réservant cette pratique presque exclusivement à sa famille ou ses proches. La toile a ainsi doublé son estimation pour être finalement préemptée par l’établissement montpelliérain pour plus de 22 000 euros, lors d’une vente organisée par la maison Boisseau-Pomez le 28 mai 2020 à Troyes. Emouvante, elle dévoilait un portrait du fils de l’artiste, représenté au gré d’une touche veloutée, d’un coloris suave, contrastant avec les compositions plus sévères du peintre précurseur du néo-classicisme, et s’inscrivant dans la tradition des portraits d’enfants signés Coypel, Chardin ou Vigée-Lebrun.

 

Joseph Marie Vien (1716-1809), Portrait de Jean-Marie Vien, fils de l’artiste, huile sur toile, 46 x 37,5 cm. Expertisé par le cabinet Turquin. Adjugé à 22 320 euros par Boisseau-Pomez et préempté par le Musée Fabre le 28 mai 2020 à Troyes.

 

9. Une vielle à roue d’Ouvrard préemptée par le Musée de la musique pour 19 448 euros 

S’il compte parmi les plus grands luthiers du XVIIIe siècle, Jean Ouvrard (? – 1748) demeure une figure méconnue, au parcours mystérieux que les plus grands experts peinent encore aujourd’hui à élucider. Peu fournies, les archives décrivent un fils de charpentier, originaire du bas Poitou et monté à Paris pour s’établir comme luthier dès 1720, en parallèle d’une activité, pour le moins originale, de Maître juré comptable et de valet de chambre auprès du marquis de Savonnières. Une mention, en date de 1735, atteste quant à elle de son activité de marchand luthier sur la « Place de l’Ecole, paroisse Saint-Germain l’Auxerrois ». « On sait qu’il mena une existence aisée et que son atelier vit passer d’autres grandes figures de la lutherie parisienne comme François Feury, dont il fut le maître. On sait également qu’il fut le premier mari de la seconde épouse de Salomon, grand luthier à qui on l’associe habituellement. Mais très peu de documents nous sont parvenus à son sujet et ses instruments de musique demeurent tout aussi rares », explique le commissaire-priseur Etienne Laurent qui présentait le 7 novembre 2020 à Vichy, une vielle à roue d’Ouvrard inédite sur le marché. Exceptionnel à plus d’un titre, et ayant en outre croisé la route de l’icône française des années yéyé, Annie Chancel, l’instrument a été préempté pour 19 468 euros par le Musée de la musique de la Philharmonie de Paris.

En savoir plus | Une vielle à roue d’Ouvrard préemptée par le Musée de la musique

 

Vielle à roue de Jean Ouvrard. Adjugé à 19 448 euros par Vichy Enchères et préempté par le Musée de la musique le 7 novembre 2020 à Vichy.

 

10. Une correspondance intime préemptée par la Société des Amis de Marcel Proust pour 19 200 euros

Le 7 octobre 2020, deux lettres inédites de Marcel Proust à Raoul Versini, datées d’octobre 1888, ont été préemptées pour 19 200 euros par la Société des Amis de Marcel Proust, lors d’une vente organisée par la maison Ader. « Ce montant est financé aux deux tiers par une subvention exceptionnelle du Fonds du patrimoine et par un mécène privé« , a précisé le président de la Société, Jérôme Bastianelli. Dans cette correspondance, qui rejoindra les collections du Musée Marcel Proust d’Illiers-Combray, l’écrivain confiait à son camarade de classe un souvenir intime, relatant une expérience homosexuelle. Une confession qui s’accompagnait d’un poème de dix vers, « A mon cher Raoul Versini ».

 

Marcel Proust (1871- 1922), poème autographe signé, [26 et 28 octobre 1888], à Raoul Versini ; 4 pages in-8 sur papier quadrillé et 4 pages in-8, avec enveloppe étiquetée  » M. Proust – le 26 et le 28 8bre 1888 « . Adjugé à 19 200 euros par Ader et préempté par l’Institut Marcel Proust International le 7 octobre 2020 à Paris.

Tous les prix sont indiqués frais compris.

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