Le 22 janvier 2021 | Mis à jour le 1 février 2021

Un chef-d’œuvre de Guido Reni adjugé à près de 120 000 euros

par Diane Zorzi

Le 28 janvier à Toulouse, Marc Labarbe présentait aux enchères un chef-d’œuvre de Guido Reni, conservé jusqu’alors en mains privées. Adjugé à près de 120 000 euros, il serait caractéristique de la dernière manière du maître bolonais.

 

Près de sept ans après la découverte d’une Judith et Holopherne du Caravage par Marc Labarbe, la ville rose vivait de nouveau à l’heure du Grand siècle. Ville catholique majeure de la Contre-Réforme, Toulouse est au XVIIe siècle le théâtre d’un commerce florissant, rythmé par des importations massives d’œuvres d’art italiennes. Ainsi ressurgissait le 28 janvier dernier un chef-d’œuvre de Guido Reni (1575-1642) qui, pour les experts du cabinet Turquin, serait un témoignage des dernières années du maître bolonais. « J’ai toujours rêvé de trouver un tableau de la dernière manière de Guido Reni, confie Eric Turquin. C’était pour moi l’ultime objectif de ma carrière. »

 

La mort de Cléopâtre

Né à Bologne en 1575, Guido Reni fait ses premières gammes auprès du peintre flamand Denys Calvaert, pour qui il travaille comme apprenti dès l’âge de neuf ans. Il intègre en 1595 l’académie des Carrache et se rend à Rome sept ans plus tard. « Ses premiers tableaux sont très imprégnés par Caravage qui triomphait alors à Rome, détaille Eric Turquin. Petit à petit, il crée un langage classique, presque exclusivement religieux, au service de l’église catholique et de la Contre-Réforme, et peint principalement les grandes figures féminines de l’Histoire et de Bible. » Cléopâtre lui inspire plusieurs toiles dans lesquelles la reine égyptienne, vêtue à la romaine, offre son sein au serpent, s’apprêtant à recevoir la morsure fatale. « Notre Cléopâtre, inédite, donne une version dépouillée de tout artifice, une épure presque abstraite, à peine colorée, de ce sujet très prisé de l’époque baroque. »  

 

Guido Reni (1575-1642). « La mort de Cléopâtre ». Huile sur toile, 99 x 88,5 cm. Adjugé à 118 940 euros par Marc Labarbe le 28 janvier à Toulouse.

 

Un témoignage de la dernière manière de Guido Reni

Connu pour ses toiles au chromatisme flamboyant, Guido Reni use ici d’un camaïeu délicat de blanc pour dépeindre le torse de son héroïne, livrant une œuvre dont les tons épurés contrastent avec le traitement vigoureux, en larges coups de pinceau, du visage sculpté dans la matière et laissé volontairement inachevé. « Ce tableau est laissé volontairement inachevé, comme des dizaines de tableaux que l’on retrouvera dans son atelier à sa mort, explique Eric Turquin. Il est caractéristique de sa dernière manière, comme le disait son contemporain Malvaisia, où il y a une sorte de distillation de la peinture. Guido Reni élimine presque complètement la couleur et recherche un mode d’expression radicalement nouveau. Cette dernière manière est pour moi ce qu’il y a de plus passionnant dans l’œuvre de Guido Reni. » Une dernière manière, longtemps déconsidérée et qui, au XXe siècle, devait finalement traduire, sous la plume de l’historien de l’art Roberto Longhi, la quintessence même de l’art du Guide et inspirer à l’artiste italien Morandi ses natures mortes les plus poétiques.

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