Le 18 janvier 2022 | Mis à jour le 20 janvier 2022

Un chef-d’œuvre d’Etienne Rey refait surface à Lyon

par Diane Zorzi

Jérôme Duvillard s’apprête à dévoiler aux enchères un chef-d’œuvre d’Etienne Rey, redécouvert dans une propriété lyonnaise. Cette vue de Lyon sous la neige est l’une des rares peintures réalisées par cet artiste du XIXe siècle connu pour ses gravures de sites antiques.

 

Les fidèles de l’Hôtel des ventes de Mâcon reconnaîtront certainement cette vue de Lyon sous la neige. Elle ornait en décembre dernier les cartes de vœux adressées par Jérôme Duvillard et ses équipes – un sujet hivernal opportun à l’approche des fêtes de fin d’année. « Nous avons découvert ce joli tableau dans une propriété lyonnaise, raconte le commissaire-priseur. Il était très sale et ne présentait aucune signature. Nous l’avions alors attribué, avec l’expert Stéphane Pinta, au peintre lyonnais Antoine-Jean Duclaux (1783-1868), et l’avions intégré à nos supports de publicité de fin d’année. Mais après de plus amples recherches, les experts du cabinet Turquin ont découvert un texte du Bulletin de Lyon et du département du Rhône daté du 3 octobre 1826 et décrivant parfaitement notre toile qui n’est autre que l’un des rares chefs-d’œuvre du peintre lyonnais Etienne Rey (1789-1865), exposé au Salon de 1826 à Lyon. »

 

Une tableau exposé au Salon de 1826 à Lyon

Dans le Bulletin de Lyon, l’auteur décrit avec emphase « une très belle vue de Lyon, par un temps de neige », regrettant qu’Etienne Rey ne se soit pas davantage consacré à la peinture au cours de sa carrière : « J’ignorais complètement que M. Rey se fut occupé de peinture, écrit-il, et tout le monde doit regretter qu’il y ait à peu près renoncé ». D’Etienne Rey, le Musée des Beaux-arts et d’archéologie de Vienne conserve aujourd’hui un tableau de 1860 représentant une Vue de Vienne romaine. Mais cet artiste, tour à tour élève de Jean Pillement, Pierre Cogel et Pierre Revoil, est davantage connu pour les gravures et aquarelles de sites antiques qu’il réalisa lors de ses voyages en Grèce et au Moyen-Orient dans les années 1840 et qu’un ouvrage, fait avec l’architecte Antoine-Marie Chenavard, réunit en 1867 sous le titre Voyage pittoresque en Grèce et dans le Levant. « Notre tableau prouve que Rey est plus qu’un simple topographe, la qualité du rendu atmosphérique d’une journée hivernale, les effets de plaques de neige en train de fondre, l’étagement des différents plans, à l’instar du groupe de patineurs, la narration qui relie les figures entre elles montrent une sensibilité proche de Nicolas-Antoine Taunay et de Jean-Antoine Duclaux », détaillent les experts du cabinet Turquin. « Tout est vrai, du meilleur ton, du plus juste effet dans cette production agréable » renchérissait, deux siècles plus tôt, l’auteur du Bulletin de Lyon.

 

Etienne Rey (1789-1865), Lyon sous la neige, rive gauche et l’Hôtel-Dieu, huile sur toile,  66,5 x 93 cm. Estimée entre 10 000 et 15 000 euros.

 

Un panorama de Lyon sous la neige estimé à plus de 10 000 euros

Peint près de trente ans avant la Vue de Vienne romaine, notre tableau donne à voir un groupe de patineurs profitant des eaux gelées du Rhône, entre la digue construite en 1768 et le quartier des Brotteaux qui, depuis la Révolution, est devenu un lieu de promenade et d’agrément privilégié des Lyonnais. En marge de ces réjouissances, des hommes transportent un patineur blessé, sous le regard de scieurs au travail, tandis que se dessine au loin le pont de la Guillotière menant à l’Hôtel-Dieu, ce « temple magnifique » érigé un siècle plus tôt sur la presqu’île. A travers cette vue de Lyon sous la neige, rive gauche et l’Hôtel-Dieu, Etienne Rey offre un panorama d’une grande précision, témoignant des mutations de sa ville au début du XIXe siècle, avec l’urbanisation récente de la rive gauche, mise à mal, trente ans plus tard, par la crue dévastatrice du Rhône. « Ainsi que le révèle le Bulletin de Lyon, notre tableau a appartenu au négociant et mécène lyonnais Adrien Devillas (1788-1845), précise Jérôme Duvillard. Ses propriétaires actuels le conservent, quant à eux, depuis très longtemps dans un lieu proche de celui où il a été peint. » Estimé entre 10 000 et 15 000 euros, ce chef-d’œuvre d’Etienne Rey sera présenté aux enchères le 20 janvier, en fin d’après-midi, à Mâcon et en live sur Interencheres à l’occasion de la vente « Trésors du Quai »

Enchérir | Suivez la vente des Trésors du Quai le 20 janvier en live sur interencheres.com

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