Le 7 octobre 2022 | Mis à jour le 7 octobre 2022

Un livre d’heures inédit du XVIe siècle aux enchères à Tarbes

par Interencheres

Un livre d’heures réalisé par un atelier parisien du XVIe siècle sera présenté aux enchères par Henri Adam le 18 octobre à Tarbes. Un ouvrage inédit sur le marché estimé à plus de 25 000 euros. 

 

« Ce livre d’heures a été acheté pour un prix dérisoire dans les années 1980 par un particulier auprès d’un brocanteur ignorant sa valeur réelle. L’ouvrage est ensuite resté au sein de sa famille, avant qu’un de ses membres ne me propose de l’examiner », révèle le commissaire-priseur Henri Adam qui orchestrera la vente aux enchères de ce manuscrit enluminé inédit le 18 octobre à Tarbes. Ce livre, illustrant les prières et les événements importants du calendrier chrétien, a été réalisé par un atelier parisien au XVIe siècle. « Il intéressera aussi bien les spécialistes de livres anciens que les amateurs d’objets d’art, compte tenu de la beauté de ses peintures et de ses enluminures », ajoute Henri Adam. La richesse chromatique, ainsi que la finesse d’exécution de ses peintures et de son lettrage, en font l’un des derniers manuscrits enluminés, dont la production est concurrencée par l’avènement de l’imprimerie.

 

Des quatrains narrant le martyr des saints du calendrier

Les livres d’heures ont pour fonction de rythmer la vie spirituelle de son commanditaire et sont habituellement destinés à l’aristocratie. Cet exemplaire ne fait pas exception. Il est constitué de l’ensemble des prières, psaumes et litanies chrétiennes, permettant de suivre la liturgie des Heures quotidiennes. L’ouvrage contient notamment les Heures de la Vierge, les Heures du Saint Esprit, les Heures de la Sainte-Croix, des Psaumes de la Pénitence, l’Office des morts, ainsi que des litanies suivies de conseils de prières. Les prières sont précédées d’un calendrier des saints et de divers extraits des évangiles de Saint Jean, Saint Marc, Saint Luc et Saint Mathieu. 

L’exhaustivité du manuscrit permet de prendre connaissance de moments essentiels de la vie chrétienne au Moyen Âge et nous renseigne avec précision sur les pratiques religieuses de l’époque. La variation des graphies témoigne d’un travail mené de concert par plusieurs copistes rédigeant principalement en latin, le français n’étant utilisé que pour les consignes de prières. « L’une des particularités de cet ouvrage est de renfermer un calendrier accompagné de huit quatrains écrits sous les mois de février à septembre, faisant le récit des martyrs de certains saints du mois afin de souligner leur importance. Cette pratique apparaît dans la dernière décennie du XVe siècle, notamment dans les ouvrages imprimés par Antoine Vérard »,  indique Emmanuel Lhermitte, expert en livres illustrés et en reliures anciennes. 

 

Livre d’heures à l’usage de Paris. Manuscrit sur parchemin. S.l.n.d. (Paris, ca 1500-1510). Estimation : 25 000 – 35 000 euros.

 

Des peintures inspirées par le maître d’Anne de Bretagne et le maître de Philippe de Gueldre

Les dix-sept peintures, agrémentées d’enluminures et de lettrines, s’inscrivent quant à elles dans la tradition picturale de la seconde moitié du XVe siècle. Elles sont disposées de manière à annoncer les heures canoniales, ainsi que le thème des prières qui leur sont associées. Les prières dédiées à la Vierge sont par conséquent illustrées de scènes de la vie du Christ, tandis que les psaumes de la Pénitence sont accompagnés d’une peinture de Bethsabée au bain. « Ces peintures sont de très belle qualité. Elles témoignent, par leur finesse et la richesse des coloris, du talent et de l’extrême dextérité des enlumineurs de l’époque », poursuit l’expert.

Sophie Thiallier a identifié dans son mémoire, portant sur ce livre d’heures, l’intervention de cinq mains, en s’appuyant sur la diversité stylistique des peintures et enluminures. Elle évoque également l’influence de deux grands maîtres de la fin du XVe siècle : le maître d’Anne de Bretagne (1477-1514) et le maître de Philippe de Gueldre (1464-1547). « Le style du maître d’Anne de Bretagne est particulièrement visible dans le traitement de l’expression des visages, de l’attitude des personnages, du travail des drapés ainsi que de la composition des scènes. Celui du maître de Philippe Le Gueldre se manifeste dans la façon d’orner les tenues vestimentaires avec des rehauts d’or, comme c’est le cas par exemple de l’armure de Goliath, où l’on peut observer des spirales dorées », détaille Emmanuel Lhermitte.

Aux côtés de ces peintures, dont les couleurs sont toutes rehaussées de traits d’or, des enluminures arborent une grande diversité de couleurs et de motifs, prenant tour à tour la forme de feuilles vertes, d’escargots, de dragons, d’oiseaux, s’égarant entre des filigranes rouges et des motifs foliacés. « La présence dans ces enluminures des motifs de feuilles d’acanthes bleues et or, est caractéristique de la production parisienne de seconde moitié du XVe siècle. Ce style s’est par la suite répandu dans tous les grands centres d’enluminures français, mais il est à l’origine spécifique de la ville de Paris, ce qui permet d’établir avec certitude l’origine parisienne du manuscrit. »

 

L’illustration de sujets rares

L’ouvrage se distingue par un certain nombre de spécificités, notamment dans ses peintures, où sont représentés des sujets que l’on rencontre rarement dans les livres d’heures de cette époque. « L’une de ces singularités est la présence de l’histoire des trois morts et des trois vifs, une légende selon laquelle trois morts qui furent pape, notaire de pontife et cardinal, alertent un fils de pape, un fils de roi et un fils de comte contre les vanités humaines en les effrayant par la prophétisation d’une mort soudaine et violente. Un autre élément auquel il convient de prêter une attention toute particulière est la présence d’une femme agenouillée aux pieds du Christ et de la Vierge Marie dans la peinture de La Pieta. Vêtue d’une coiffe portée par l’aristocratie de la cour de Bretagne et de vêtements féminins caractéristiques de la fin du XVe siècle, il s’agit probablement de la commanditaire du livre », conclut Emmanuel Lhermitte. Interrogé sur la possibilité que le commanditaire ne soit nul autre qu’Anne de Bretagne elle-même, étant donné l’influence de son maître dans les peintures, le commissaire-priseur Henri Adam répond, amusé : « Nous n’avons malheureusement pas les éléments pour le prouver, mais les enchères sont un lieu pour se laisser aller à la rêverie… »

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