Le 17 janvier 2023 | Mis à jour le 30 janvier 2023

Un panneau du XIVe siècle du Maître de Monte Oliveto Maggiore ressurgit près d’Orléans

par Diane Zorzi

Un panneau du Maître de Monte Oliveto Maggiore, un artiste anonyme siennois du début du XIVe siècle, a été découvert au hasard d’un inventaire par le commissaire-priseur Matthieu Semont. Estimé de 40 000 à 60 000 euros, il sera vendu aux enchères le 28 janvier à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans.

 

[Mise à jour, 29 janvier] Le panneau a été adjugé 44 280 euros. 

 

A l’occasion d’un inventaire successoral en mai dernier, Mathieu Semont a découvert à l’ombre d’une chambre à coucher une petite pépite : un panneau à fond d’or du XIVe siècle. « Ce tableau de dimensions modestes était disposé au fond d’une niche, raconte le commissaire-priseur. Le propriétaire l’avait acheté avec son épouse en 1984 chez un antiquaire à Valenciennes. Il pensait qu’il s’agissait d’une simple icône et j’ai d’ailleurs noté cette première mention sur mon carnet. Mais en poursuivant l’inventaire, je ne parvenais pas à penser autre chose. J’ai donc décidé de retourner dans la chambre pour prendre le panneau en main une seconde fois. C’est à ce moment-là que j’ai eu une réelle émotion. » Matthieu Semont en est convaincu, le panneau n’est pas une simple icône russe du XIXe siècle. « J’ai tout de suite pensé à un travail siennois, d’abord du XVe siècle, puis après réflexion j’ai réalisé que je pouvais remonter plus en amont dans l’histoire de l’art. » Un travail d’expertise est alors mené dans l’enceinte du cabinet Turquin, avec à la clé une attribution au Maître de Monte Oliveto Maggiore, un artiste anonyme actif à Sienne entre 1305 et 1330. « Cette découverte est d’autant plus inattendue que le panneau sommeillait dans un appartement des années 1970, où il était entouré d’œuvres modernes », ajoute le commissaire-priseur de Philocale qui annonce une estimation de 40 000 à 60 000 euros pour cette pièce maîtresse de la vente « Le Beau du monde » prévue le 28 janvier à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans.

 

Le Maître de Monte Oliveto Maggiore, un artiste anonyme actif à Sienne au début du XIVe siècle

L’historien de l’art Cesare Brandi fut le premier à réunir un corpus cohérent autour d’un panneau conservé au monastère de Monte Oliveto Maggiore, au sud de Sienne. C’est à cet élément central d’un triptyque représentant la Madone et l’Enfant entourés d’anges et de saints, que notre artiste doit son nom de convention de « Maesto di Monte Oliveto ». Cesare Brandi y ajouta une série de triptyques, proches par le style, conservés aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York, avant que le catalogue ne soit enrichi de créations de petites dimensions par d’autres historiens de l’art éminents, à l’instar de Federico Zeri. « Il semble que le Maître de Monte Oliveto se soit spécialisé dans les œuvres de dévotion de formats modestes, destinées à une clientèle particulière, car ce sont majoritairement des éléments de triptyques ou de diptyques qui nous sont parvenus », détaille l’expert Stéphane Pinta. Notre Calvaire, donnant à voir le Christ crucifié flanqué de la Vierge à gauche et de saint Jean l’évangéliste à droite, serait quant à lui un élément d’un diptyque démantelé, dont le volet manquant représenterait, ainsi que l’imaginent les experts, une Madone à l’Enfant.

 

Un panneau estimé à plus de 40 000 euros

 Sous le nom de convention de « Maître de Monte Oliveto Maggiore » se cache un artiste siennois qui, de 1305 à 1330, livra des œuvres influencées par l’art de Duccio et de ses élèves, d’Ugolino di Nerio à Segna di Bonaventura. Dans sa production, six panneaux dédiés au Calvaire ont été recensés par l’historien de l’art James H. Stubblebine. L’un d’eux, provenant de l’ancienne collection Corsi de Florence, partage avec notre panneau un même traitement stylistique, caractérisé notamment par des corps étirés, des attitudes hiératiques et des ombres brunes. « Dans l’évolution de la carrière de cet artiste, notre Calvaire doit plutôt se placer au début, vers les années 1315, au moment où il se rapproche de la production d’Ugolino di Nerio. Plus tardivement, ses regards se porteront plus volontiers vers les œuvres de Segna di Bonaventura », détaille l’expert. La suite de petits points estampés autour de la croix, ainsi que la double bordure poinçonnée, sont autant de caractéristiques propres au Maître de Monte Oliveto Maggiore qui ont conforté les experts dans leur attribution. Une attribution qui devrait attiser la curiosité des collectionneurs à l’international, eu égard au corpus restreint d’œuvres attribuées à l’artiste toscan. Rappelons qu’en vingt ans, seules deux œuvres du Maître de Monte Oliveto Maggiore ont emprunté le chemin des enchères – une Madone à l’Enfant en trône adjugée 145 330 euros en 2004 à Venise et une Madone à l’Enfant adjugée 679 467 euros deux ans plus tard à New York.

 


Vente Le Beau du Monde

A suivre le 28 janvier à Saint-Jean-de-la-Ruelle et en live sur interencheres.com ou auction.fr

 

Maître de Monte Oliveto Maggiore, actif à Sienne et sa région entre 1305 et le début 1330
Calvaire, volet de diptyque. Panneau, peint au revers. Peinture à tempera et à fond d’or. 31 x 22,5 cm. Expertisé par le cabinet Turquin. Estimé entre 40 000 et 60 000 euros. 

Haut de page

Vous aimerez aussi

De rares alguiers du XIXe siècle aux enchères à Brest

Le 3 février 2023 | Mis à jour le 3 février 2023

La phycologie sera à l’honneur lors de la vente aux enchères organisée par Yves Cosquéric, en collaboration avec Tiphaine Le Grignou, le 7 février à Brest. Trois ouvrages dédiés à […]