Le 19 janvier 2024 | Mis à jour le 31 janvier 2024

Un portrait de Korovine perdu ressurgit aux enchères à Vernon

par Magazine des enchères

Un tableau de Constantin Korovine dont les historiens avaient perdu la trace vient d’être redécouvert. Daté de 1918, ce portrait impressionniste correspond à la période de création la plus convoitée du peintre russe. Il sera la pièce maîtresse d’une vente aux enchères organisée par Lydie Brioult le 27 janvier à Vernon. 

 

[Mise à jour, 31 janvier] Le portrait Piotr Ivanovitch Suvorov a été adjugé 414 800 euros (frais inclus), la vue présumée du port de Gourzouf la nuit, 25 010 euros et la vue d’Okhotino la nuit, 18 300 euros. 

 

A Vernon, en Normandie, les habitués de la salle des ventes de Lydie Brioult connaissent bien Constantin Korovine (1861-1939). C’est en effet avec ce peintre russe que la commissaire-priseur a établi en 2018 l’enchère la plus élevée de sa carrière. L’adjudication, portée à 560 000 euros, constituait également à l’époque un record français pour l’artiste. Le tableau, représentant une scène intimiste dans une véranda, était daté de 1922, et témoignait des dernières années impressionnistes du peintre, la période de création la plus convoitée sur le marché. Au lendemain de la vente, Lydie Brioult nous avait confié son émotion, espérant que cette adjudication serait « la première d’une longue série ! » La commissaire-priseur ne se doutait pas que, trois ans et un jour plus tard, un tableau du même peintre, et daté de la même période, se frotterait à nouveau à son marteau… L’œuvre en question est un Portrait de Piotr Ivanovitch Suvorov, daté de 1918. S’il est estimé de 200 000 à 300 000 euros, rappelons qu’avant d’être adjugée 560 000 euros en 2018, La Véranda avait été estimée entre 50 000 et 80 000 euros…

 

Un tableau inédit sur le marché

Notre tableau est inédit sur le marché, mais il est connu des spécialistes grâce à deux photographies, l’une figurant l’artiste pinceau en main devant son œuvre inachevée, l’autre le représentant aux côtés de son ami et modèle, Piotr Suvorov (ca. 1880-1937). Ce fils d’un marchand fortuné se lia d’amitié avec Korovine, dont il fut également l’élève. Il possédait une datcha située sur la même ligne ferroviaire que celle de son maître. Ainsi les deux amis se rencontraient-ils régulièrement dans leurs foyers respectifs. Leurs échanges épistolaires, documentés sur une dizaine d’années, constituent pour les historiens un témoignage précieux de leur amitié, autant que de leurs réflexions artistiques. Korovine se confie quant à l’avancée de son travail et envoie à son ami des œuvres pour enrichir sa collection. Notre portrait lui fut ainsi offert en 1918. Il fut ensuite conservé par sa famille en Russie jusqu’au début des années 1990, avant d’être apporté en France par sa belle fille, et de passer entre les mains de son petit-fils. Il était considéré comme perdu par les historiens avant que l’un des descendants de Piotr Suvorov ne le propose à Lydie Brioult. 

 

A gauche. Constantin Korovine et son modèle Piotr Suvorov. A droite. Constantin Korovine peignant le portrait de Piotr Suvorov.

 

Un portrait impressionniste de son ami Piotr Suvorov dans la datcha d’Okhotino

Le portrait a été peint lors d’une journée passée dans la datcha de l’artiste, acquise en 1906 à Okhotino, au bord de la Volga. Dans ce havre de paix, Korovine livre ses derniers chefs-d’œuvre impressionnistes avant son exil en France en 1923. « Cette toile essentielle dans le corpus de l’artiste, confirme tout ce que l’on connaît du contexte de création et de la rapidité d’exécution de Korovine », détaillent les experts Maxime Charron et Maroussia Tarassov-Vieillefon. A cette époque, l’artiste a pleinement assimilé la leçon impressionniste, usant d’une touche libre et jouant des couleurs complémentaires – ici des nuances de verts, oranges et violets se mêlent. Le modèle, attablé sur la terrasse de la datcha, profite d’un après-midi ensoleillé, s’apprêtant à délecter un thé et quelques victuailles.

 

A gauche. Constantin Korovine (1861-1939), La Véranda, huile sur toile, signée en cyrillique et datée « Const. Korovine 1922 » en bas à gauche, 87 x 64,5 cm. Brioult Enchères, adjugée 560 000 euros, le 28 juillet 2018 à Vernon. A droite. Constantin Korovine, Portrait de Piotr Ivanovitch Suvorov, 1918, huile sur toile, signée, datée et localisée en bas à droite en cyrillique « Konst. Korovine 1918 / Okhotino », H. 65 x L. 86 cm. Estimée 200 000 – 300 000 euros.

Korovine rompt avec l’art officiel dès ses années de formation à l’Ecole de peinture de Moscou où, face à l’enseignement académique, il revendique sa préférence pour la peinture en plein-air, au risque de déplaire à ses pairs. Ses tableaux, à l’instar du Portrait d’un choriste peint en 1883, suscitent l’interrogation de ses contemporains, nombreux à juger la touche « barbare » rendant le sujet illisible. Korovine trouve le réconfort auprès des impressionnistes qu’il découvre à la faveur d’un séjour à Paris en 1887, adoptant à son tour la touche virgule, pour s’imposer en chef de file de l’Ecole impressionniste russe. L’artiste, hier décrié, commence à être reconnu et reçoit la médaille d’or lors de l’Exposition universelle de 1900 pour ses panneaux destinés au pavillon russe. Mais, là encore, il tient à son indépendance et se réfugie loin de l’agitation urbaine, dans sa datcha d’Okhotino, avant de rejoindre, exilé en 1923, la France où il s’éteint à Paris le

Enchérir | Suivez la vente du portrait de Korovine le 27 janvier en live sur interencheres.com

 

Florilège d’œuvres en vente le 27 janvier

 

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