Le 16 juin 2021 | Mis à jour le 7 juillet 2021

Un portrait intimiste de Renoir adjugé 1,1 million d’euros à Marseille

par Diane Zorzi

Passé entre les mains de Bernheim-Jeune et Fleischteim, un portrait féminin de Renoir a été adjugé 1,128 million d’euros par Emmanuel Dard le 22 juin à Marseille. Peint autour de 1900, il dévoile une jeune femme dont les traits évoquent le minois sensuel de Gabrielle, l’une des muses favorites du maître moderne.

 

Si Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), peintre particulièrement prolifique, a laissé derrière lui un nombre d’œuvres considérable, l’arrivée sur le marché d’un nouveau témoignage est à chaque fois un ravissement, dont seuls les grands maîtres ont le secret. Avec ce portrait, au charme indéniable, la magie opère. « Renoir est un portraitiste époustouflant. Il faut tenir ce tableau entre ses mains pour comprendre l’alchimie qui se noue avec le modèle », s’enthousiasme l’expert Frédérick Chanoit. Des propriétaires prestigieux eurent ce privilège. Le tableau, peint vers 1900, passa de l’atelier de Renoir au célèbre marchand Bernheim-Jeune, puis rejoignit la collection du marchand allemand Fleischteim, avant de changer à nouveau de main pour devenir la propriété d’Alphonse Kahn, collectionneur et conseil de Bernheim et Paul Guillaume. « L’actuel propriétaire le tient par héritage de son ascendant Adolphe Breynat, un industriel originaire de Valence, dont nous possédons, par chance, l’original du livre d’acquisition, dans lequel figure le dit tableau, acheté entre 1917 et 1927, aux côtés de ses autres acquisitions prestigieuses, à l’instar d’un Boudin ou d’un Pissarro ».

 

Une Jeune femme, fleurs dans les cheveux peinte vers 1900

Cette Jeune femme, fleurs dans les cheveux, n’a pas été identifiée, à l’instar de maints portraits de l’artiste laissés orphelins. Mais son nez camus, ses lèvres pulpeuses, sa chevelure brune soyeuse et son visage tout en rondeur évoquent le minois de Gabrielle, l’une des muses de prédilection de Renoir. Notre modèle arbore la même attitude rêveuse qu’adopte Gabrielle à la rose (huile sur toile peinte vers 1911 et conservée au musée d’Orsay à Paris) ou en Danseuse aux castagnettes (huile sur toile peinte en 1909 et conservée à la National Gallery de Londres). Aux modèles professionnels, Renoir préférait le naturel de jeunes femmes comme Gabrielle, une fille de viticulteur qui rejoignit le couple Renoir en 1894, afin de les aider dans les tâches ménagères. Le peintre affectionnait particulièrement sa peau claire, à même de capter la lumière, ainsi que ses formes voluptueuses. Mais avec Renoir, l’identification du modèle importe peu. L’artiste transcende ses sujets du quotidien, ses portraits devenant le prétexte à un jeu de formes et de couleurs. La courbure sensuelle du visage participe au mouvement de la composition, dans laquelle la ligne a laissé place à une touche serpentine, tandis qu’à travers la carnation veloutée, pâle et rosée, le peintre exalte ses coloris et joue d’ondulations lumineuses.

 

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), « Jeune femme, fleurs dans les cheveux », vers 1900, huile sur toile, 33,5 x 30 cm. Expertisée par le cabinet Chanoit. Adjugé 1,128 million d’euros (frais inclus).

Un portrait féminin au charme indéniable

Avec son fond rouge, cette peinture s’inscrit dans une période durant laquelle l’artiste use de couleurs chaudes, pour magnifier ses modèles. Les roses fleurissent alors régulièrement ses toiles, exaltant les tonalités rosées des carnations. La touche est libre et dépeint des modèles en mouvement. La jeune femme ne regarde pas le spectateur et semble en proie à la rêverie alors qu’elle arrange délicatement son col. « Lorsque Renoir portraiture ses modèles, il les étudie minutieusement dans des attitudes de concentration et de rêverie, tentant de dépeindre le charme féminin », explique l’expert. Il pose alors sur ces modèles un regard empreint de tendresse et de bienveillance.

 

Une toile adjugée 1,128 million d’euros

Ce portrait intimiste, présenté aux enchères le 22 juin dernier à Marseille, était estimé entre 180 000 et 250 000 euros. Une estimation raisonnable pour une telle œuvre, chérie successivement par des collectionneurs et marchands illustres. La magie n’a pas manqué d’opérer auprès des admirateurs du peintre moderne, nombreux en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. La toile s’est envolée à 1,128 million d’euros. A noter qu’elle sera incluse dans le Catalogue raisonné des œuvres de Pierre-Auguste Renoir, actuellement en préparation, sous l’égide du Wildenstein Plattner Institute.

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