Le 19 octobre 2021 | Mis à jour le 21 octobre 2021

Une vente aux enchères de NFT organisée à Paris

par Diane Zorzi

La maison de vente Boischaut présentera aux enchères plus de 70 NFT le 23 octobre à Paris et en live sur Interencheres. Cette vacation est l’une des premières en France dédiée à ce marché de l’art numérique en plein essor.

 

Depuis le mois de mars, le marché des jetons non fongibles, dits NFT, de l’anglais Non Fungible Tokens, explose à l’international, marqué par des ventes aux enchères records outre-Atlantique. Des créateurs d’œuvres numériques, jusqu’alors inconnus dans le monde de l’art, sont propulsés sur le devant de la scène, à l’instar du graphiste Beeple, dont une compilation numérique, baptisée Everydays : The First 5000 Days, a été vendue près de 70 millions de dollars, rivalisant avec les toiles de grands maîtres telle la Femme au béret et à la robe quadrillée de Picasso, adjugée 69,4 millions de dollars en 2018 à Londres. « Depuis le début de l’année, il y a eu trois ventes extraordinaires aux Etats-Unis, mais en Europe il n’y a encore rien eu de significatif », remarque Marc-Olivier Bernard, directeur général de la maison Boischaut qui organisera le 23 octobre prochain une vente aux enchères dédiée aux NFT. « Notre but est de faire entrer les artistes digitaux dans ce nouveau marché qui permet, grâce à la blockchain [Ndlr. Une blockchain, ou chaîne de blocs, est une technologie sécurisée permettant de stocker et partager des données en réseau, sans intermédiaire, selon un procédé cryptographique], de rendre unique ce qui ne l’était pas auparavant, à savoir un fichier numérique. »

 

Les NFT, des œuvres numériques uniques et certifiées

Les NFT permettent de certifier l’authenticité d’un fichier numérique. Dans le monde l’art, ils garantissent ainsi la propriété exclusive d’une œuvre virtuelle, qu’il s’agisse d’une image, d’une photographie, d’une vidéo ou encore d’une musique. « Un fichier numérique sans certificat se duplique aisément, explique Marc-Olivier Bernard. Les NFT, quant à eux, confèrent un caractère d’unicité à une œuvre numérique. Tous les certificats proposés le 23 octobre à la vente sont uniques et numérotés 1/1. » Au contraire des devises et cryptomonnaies, les NFT ont la spécificité d’être des actifs non fongibles, de telle sorte que leur valeur marchande est subjective et soumise à la volatilité du marché. Du fait de ce caractère d’unicité, le prix d’un NFT évolue en fonction de la cote, elle aussi fluctuante, de son auteur, et répond aux mêmes lois qui régissent le marché des œuvres d’art physiques.

L’usage d’un NFT est multiple, bien que souvent encadré par un contrat* établi par l’artiste qui conserve, quant à lui, les droits moraux et patrimoniaux relatifs à son œuvre. « L’intérêt pour le propriétaire d’un NFT est notamment d’acquérir le même fichier haute définition dont dispose l’artiste. » Concrètement, l’acquéreur peut, dans un cadre strictement privé, projeter l’œuvre par l’intermédiaire d’un écran ou encore réaliser autant de tirages qu’il le souhaite et multiplier les formats au contraire du propriétaire d’une œuvre physique qui jouit du seul tirage fixé par l’artiste. « L’acheteur bénéficie d’un droit de propriété exclusif sur son fichier numérique. Il peut donc revendre son NFT quand il souhaite et, en cas de perte ou de vol, nous lui fournirons un nouveau certificat. »

 

De Georges Saulterre à Grégory Chatonsky, des NFT d’artistes reconnus

Pour sa première vente dédiée aux NFT, la maison Boischaut a fait appel à des artistes bénéficiant déjà d’une reconnaissance institutionnelle. « Il s’agit d’artistes avec qui nous entretenons des relations directes, ainsi que des personnalités sélectionnées par notre partenaire, la galerie Lubliner Art. » Parmi les pièces maîtresses, neuf œuvres sont signées Georges Saulterre (né en 1943). Cet artiste français, né en Vénétie, s’est illustré à travers ses sculptures monumentales, mêlant le bronze, la céramique, l’inox ou l’acier et investissant les espaces publics, à l’instar des grands axes autoroutiers. « Il a travaillé une vingtaine d’années en Chine où il bénéficie d’une grande notoriété. » Depuis la fin des années 2000, l’artiste collabore avec le cinéaste, Jean-Gabriel Tordjman. Ensemble, ils conçoivent des vidéos mettant en scène l’univers sculptural et graphique de Georges Saulterre. « Nous présentons notamment à la vente une vidéo rendant hommage à la cathédrale Notre-Dame de Paris, détaille Marc-Olivier Bernard. Les deux artistes ont été profondément bouleversés par l’incendie qui a ravagé le monument en 2019 et ont conçu un spectacle lui redonnant vie sous la forme d’une projection en fresque lumineuse. Les figures d’Esméralda et de Quasimodo, dessinées par Saulterre, se mêlent aux images du bâtiment en flammes, de son chœur envahi par les décombres ou encore de sa rosace, dans une présentation grandiose qui le replace dans sa profondeur historique. A travers cette fresque colorée, onirique et spirituelle, le spectateur est invité à revivre la grande histoire de Paris et de son peuple. »

 

 

Parmi les artistes phares de la vente, qui compte des œuvres de Jérémy Kleinberg, Marcel Nakache ou encore Jean-Paul Lubliner, Grégory Chatonsky (né en 1971) fait quant à lui figure de pionnier en matière d’art numérique. Ce Franco-canadien, rattaché au NetArt, a fondé en 1994 le collectif Incident.net, un regroupement d’artistes français fascinés par le réseau Internet qui constitue pour eux une source inépuisable en matière de création artistique. « Grégory Chatonsky accumule les données visuelles et textuelles pour façonner une mémoire encyclopédique lui permettant de réaliser des objets mêlant la matérialité au numérique. Depuis 2010, son travail est particulièrement marqué par la notion d’extinction annoncée de l’espèce humaine. Il imagine ainsi des machines qui lui auraient survécu. » A la vente, une image évoque un paradis perdu, donnant à voir une végétation luxuriante, laissée intacte après le passage des humains. « En regardant de plus près, on en perçoit l’étrangeté : minéraux, végétaux, animaux s’hybrident les uns avec les autres, comme dans un microcosme possédant ses propres lois. Il s’agit en réalité d’une image engendrée par une intelligence artificielle, elle-même alimentée par la mémoire de notre monde. Si celui-ci est en perdition, la machine, elle, porte l’utopie de sa régénérescence. »

 

 

 

Des NFT estimés de 600 à 25 000 euros

Si les enchérisseurs devront compter sur des estimations allant jusqu’à 25 000 euros pour les créations de Georges Saulterre et 15 000 euros pour celles de Grégory Chatonsky, la majorité des œuvres sont évaluées à moins de 3 000 euros, à l’instar d’une série de Jean-Paul Lubliner dévoilant des photographies de la Tour Eiffel, baignée de la douce lueur hivernale « or blanc » ou de la lumière flamboyante des lampadaires parisiens. « Jean-Paul Lubliner est le seul artiste au monde à pouvoir utiliser l’image de la Tour Eiffel librement dans son travail photographique, précise Marc-Olivier Bernard. C’est une œuvre historique qui ne pourra que prendre de la valeur avec le temps. »

Car pour nombre de collectionneurs, acquérir un NFT constitue aussi un investissement. Si certains experts demeurent prudents, craignant que la frénésie des derniers mois ne soit qu’une pure bulle spéculative, d’autres voient dans ce phénomène naissant l’avenir du marché de l’art contemporain. La maison Boischaut entend quant à elle développer cette spécialité, la dispersion par Valérie Maudieu le 23 octobre de 73 NFT inaugurant une série de ventes dédiées aux actifs immatériels, comme l’art numérique. « Cette vente d’un genre nouveau a été l’occasion de résoudre un certain nombre de défis, notamment sur le plan juridique, mais également technique. A ce jour, le Code de commerce indique que les maisons de ventes ne peuvent vendre de manière volontaire que des œuvres physiques. Pour se conformer à cette spécificité française, nous avons constitué des lots associant à chaque fois l’œuvre physique à l’œuvre numérique, accompagnée de son certificat NFT. »

Cette vente, baptisée en ce sens « Transition NFT », se tiendra le 23 octobre à partir de 14h à l’espace Lubliner Art, dans le 18e arrondissement parisien, et sera retransmise en live sur Interencheres. Elle est précédée d’une exposition à la galerie Lubliner qui a démarré hier et qui se poursuivra jusqu’à vendredi. Pour l’occasion, la maison Boischaut a initié un partenariat avec la société Āto qui sera présente à la galerie les 21 et 22 octobre afin d’accompagner les potentiels enchérisseurs qui ne maîtriseraient pas encore tous les rouages de ce marché en plein essor.

Enchérir | Suivez la vente de NFT le 23 octobre en live sur interencheres.com

 

 


* Ce cadre juridique, constitué par le contrat CGU NFT, a été soumis et validé par une instance représentant les artistes (l’ADAGP). Il permet, de manière équilibrée, de garantir la relation entre artistes et collectionneurs, avec notamment, les conditions d’utilisations possibles par le propriétaire du certificat NFT (article 2.4), la conservation des œuvres numériques auprès d’un séquestre (2.4), la possibilité de faire rétablir un nouveau certificat NFT en cas de perte ou de vol (article 4.5), la définition d’un droit de suite en cas de revente ultérieure du certificat NFT seul (article 8.2), les garanties de titularité des droits d’auteur, assurant au propriétaire du certificat NFT, une jouissance paisible de son œuvre (article 4). Tous ces éléments concourent à créer des certificats de haute qualité juridique, conforme au droit français, ce qui n’est pas le cas des certificats NFT vendus sur les plateformes.

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