Le 10 juin 2024 | Mis à jour le 26 juin 2024

Le dernier herbier de Jean-Jacques Rousseau encore en mains privées réapparaît sur le marché

par Magazine des enchères

La maison Ader, avec le concours de l’expert Thierry Bodin, présentera le 17 juin à Paris un exceptionnel herbier constitué par Jean-Jacques Rousseau dans les années 1771-1773, à l’occasion de la dispersion de la collection Brigitte et Roland Broca. Estimé de 130 000 à 150 000 euros, l’ouvrage est sans doute le dernier herbier de Rousseau encore en mains privées.

 

[Mise à jour, 26 juin] L’herbier a trouvé preneur à 208 000 euros (frais inclus). 

 

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) a réalisé plusieurs herbiers, conservés aujourd’hui dans leur totalité ou par fragments au Musée Carnavalet, au musée des Arts Décoratifs à Paris, ou encore dans des bibliothèques à Neuchâtel et à Zurich. Dans les années 1770, il confectionne de petits herbiers pour des amis et amateurs afin de les initier à la botanique. Notre herbier a vu le jour dans les années 1771-1773 et a été offert au libraire Charles-Joseph Panckoucke. Connu grâce à un article paru en 1930 et par son passage en vente en 1976, il était depuis considéré comme disparu par l’équipe de scientifiques et d’experts du projet de recherche « Héritages botaniques des Lumières ». Précédé d’un catalogue autographe des plantes conservées, cet herbier est composé de 98 bi-feuillets sur lesquels les spécimens sont soigneusement fixés par de petites bandes de papier doré. A la suite des noms latins et des références aux botanistes comme Linné ou Barbeu du Bourg, Rousseau inscrit son propre commentaire, fruit de ses observations : « 80. Scorzonère des marais. Cette plante n’est pas dans le Species de Linnatus. Les premières fleurs se changent en une poussière noirâtre et avortent toujours ». Dans un état de conservation et de fraîcheur exceptionnel, notre herbier serait le dernier herbier de Rousseau encore en mains privées.

 

 

Un herbier constitué entre 1771 et 1773

Pour constituer un herbier, qu’il se plaisait à décrire comme son « mémoratif », Rousseau organisait de véritables expéditions dans les campagnes environnantes. L’observation in situ était pour lui le principe de base pour approfondir ses connaissances en botanique. Il donne d’ailleurs des conseils pratiques très précis dans sa « Huitième Lettre sur la Botanique », rédigée dans les années 1771-1773, soit au moment même de la constitution de notre herbier. Alors établi à Paris, il participe aussi à des herborisations collectives organisées par les botanistes des jardins du Roi, avec Antoine-Laurent de Jussieu. Réputé connaître 1500 plantes des environs de Paris, Rousseau confectionne notre herbier en sélectionnant des plantes d’Ile-de-France uniquement. Il s’agit d’un véritable travail scientifique, pour lequel il fait l’acquisition de pinces spéciales, de microscopes pour l’observation des plantes, de lames pour leur dissection, de papiers de différentes sortes (taille, grammage, qualité) selon la nature des espèces prélevées.

 

 

Le « sentiment de la nature » au XVIIIe siècle

Jean-Jacques Rousseau découvre la botanique lors de son séjour en Suisse à partir de 1762 et décide rapidement d’approfondir ses connaissances. Il réunit de très nombreux ouvrages scientifiques, de l’Antiquité à ses contemporains, remet en cause certains systèmes de classification, met au point un système d’écriture universelle pour transcrire les termes botaniques latins. La classification des végétaux passionne et divise alors les botanistes de l’époque. Rousseau, par ses herbiers, illustre ce nouveau rapport à la nature de la fin du XVIIIe siècle. Il le transcrit notamment dans l’Emile où la vraie nature l’emporte sur les connaissances livresques. Comment ne pas penser aussi au jardin secret de Julie, dans son roman épistolaire La Nouvelle Héloïse ? Avec son ruisseau qui serpente pensé pour « épargner la pente le plus qu’il était possible, pour prolonger le circuit et se ménager le murmure de quelques chutes », le jardin imaginé par Rousseau épouse la nature et donne alors naissance au jardin paysager. « Je voyais çà et là, sans ordre et sans symétrie, des broussailles de roses, de framboisiers, de groseilles, des fourrés de lilas, de noisetier, de sureau, de seringua, de genêt, de trifolium, qui paraient la terre en lui donnant l’air d’être en friche. Je suivais des allées tortueuses et irrégulières … » (Lettre XI). C’est ce « sentiment de la nature » qui instaure un nouveau lien entre l’homme et son environnement et ouvrira la voie à l’écologie scientifique, ainsi qu’à l’écologie politique et à l’éthique environnementale.

 

Herbier constitué par Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), avec manuscrit et annotations autographes, échantillons de plantes sèches, [vers 1771-1773] ; in-4 (27 x 21 cm.) formé de 98 bifeuillets et d’un cahier autographe de 10 pages (et un feuillet vierge), sous portefeuille formé de deux plats de carton (le premier portant le titre) avec cordons d’attache de tissu vieux-rose d’origine ; enveloppé dans une cotonnade à rayures et conservé dans un coffret ancien à placage de loupe d’orme (L. 44, l. 26,5, h. 19 cm). Estimation : 130 000 – 150 000 euros.

La collection Brigitte et Roland Broca

Notre herbier provient de la collection de Brigitte et Roland Broca que la maison Ader dispersera aux enchères du 17 au 20 juin à Paris. Les lettres, manuscrits et autographes de la collection seront répartis en deux ventes, comprenant de très beaux ensembles de Voltaire, du marquis de Sade, de Freud, de Zola ou encore de Céline, mais également des lettres exceptionnelles de Proust et de Darwin. Pour la partie historique, Catherine de Médicis, Charles Quint, François ler, Henri IV, le chevalier d’Eon, Napoléon, Trotski, figurent parmi les personnages remarquables qui y seront représentés. Une vente de livres et une vente de photographies principalement d’Inde, du Proche-Orient et du Japon complèteront cette collection axée sur la psychanalyse, la transgression et l’engagement politique.

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