Le 16 janvier 2024 | Mis à jour le 23 février 2024

PGM-Couesnon : le matériel et les instruments de musique d’un fleuron français dispersés aux enchères dans l’Aisne

par Diane Zorzi

Le 24 janvier à Brasles, Sophie Renard dispersera aux enchères le matériel et les instruments de musique de la société PGM-Couesnon, mise en liquidation judiciaire après 196 ans d’existence. Ce fleuron français avait acquis une renommée mondiale pour son savoir-faire dans les instruments à vent et percussions.

 

En juin dernier, la société PGM-Couesnon annonçait sa mise en liquidation judiciaire. Ce facteur d’instruments à vent et percussions, né en 1827, comptait parmi ses clients fidèles la Garde Républicaine, les Pompiers de Paris, la Garde Royale du Maroc ou encore la Compagnie des carabiniers du Prince de Monaco. A Etampes-sur-Marne, neuf employés, dirigés par Ginette Planson et sa fille Sophie Glace, œuvraient pour défendre ce patrimoine local qui, en 196 années d’existence, avait acquis une renommée mondiale. Le 24 janvier à Brasles, dans l’Aisne, une vente aux enchères du matériel de la chaîne de production et des instruments de musique sera l’occasion de rendre hommage à ce fleuron qui, en 2012, avait reçu le label « Entreprise du patrimoine vivant ». 

 

Couesnon et Cie, la plus grande manufacture d’instruments de musique au monde

L’entreprise naît en 1827 sous l’impulsion d’Auguste Guichard, avant d’être reprise par son beau-frère Pierre Gautrot en 1845 qui, installé à la Maison des Métallos dans le 11e arrondissement de Paris, décide d’implanter deux usines à Château Thierry, sur un terrain de quatre hectares. Il est rejoint par Félix Couesnon qui devient son banquier et dont le fils Amédée se marie avec la fille de Pierre Gautrot. A la mort de Félix Couesnon, la société est reprise par Amédée qui crée en 1888 la marque Couesnon et Cie. « La société connaît, de 1885 à la fin des années 1920, une période de prospérité, détaille Sophie Renard. Sous la direction d’Amédée, l’usine devient la plus grande manufacture d’instruments de musique au monde ».

Fort de son esprit d’innovation, Amédée est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1893, puis Officier d’Académie en 1895. Les chefs des ateliers d’instruments de cuivre, bois et lutherie se voient quant à eux décerner sept médailles d’or lors de l’Exposition Universelle de 1900. « C’est la consécration, poursuit Sophie Renard. Amédée se fait photographier avec ses enfants par Nadar. Ces photographies témoignent d’une visibilité sociale d’un homme et d’une famille appartenant à une bourgeoisie industrielle qui a réussi ». Au début du XXe siècle, l’entreprise emploie plus de 1 000 salariés, répartis dans six usines, dont 600 sont établis dans les ateliers de Château-Thierry où sera fabriqué le clairon sonné par Pierre Sellier pour ouvrir les négociations de l’armistice de 1918. 

Au faîte de sa gloire, Amédée entend se forger une nouvelle réputation de mélomane philanthrope. Autour de 1910, il met la disposition des musiciens une « salle de l’harmonie » qu’il fait construire à la Maison des Métallos, leur offrant un espace prompt à la création, avec ses volumes généreux et ses grandes verrières. « L’histoire de l’entreprise est marquée par la personnalité d’Amédée qui, en plus d’assurer le prestige de la marque, s’est engagé en politique dans le mouvement radical socialiste en tant que député puis conseiller général. Il réserve un soin très attentif à son personnel qu’il fait participer à la prospérité de l’entreprise. Sa mort en 1931 et la crise de 1929 affaiblissent l’activité qui subsiste malgré tout grâce à quelques grandes icônes de la musique jazz, à l’instar de Sydney Bechet et Bill Coleman. Le marché américain représente alors la moitié de ses ventes. »

 

La fin d’une Entreprise du patrimoine vivant

Au début des années 1930, le fils d’Amédée, Jean, reprend les rênes de l’entreprise, avant de passer la main en 1934 à Pierre Heudebert, l’époux de la seconde fille d’Amédée. « L’année 1979 marque un tournant dans la vie de l’entreprise en raison d’un incendie criminel qui fait disparaître une partie du matériel et des archives, explique Sophie Renard. Une ancienne ouvrière de l’entreprise, Ginette Planson, parvient néanmoins à sauver quelques machines, et à perpétuer les techniques de fabrication. » Ginette Planson crée la société PGM, connue pour sa gamme innovante de tambours très légers en fibre de verre, et rachète en 1999 les Etablissements Couesnon qui avaient déposé le bilan, pour constituer la société PGM-Couesnon, qu’elle dirigera en famille, avec sa fille et sa petite-fille, à Etampes-sur-Marne. Avec le Covid, et la mise à l’arrêt de l’activité musicale, la société, dont la production est majoritairement destinée à l’export, voit son chiffre d’affaires chuter. La disparition progressive des fabricants, au profit d’un monopole asiatique, aura finalement raison de l’établissement qui perpétuait les techniques d’antan, privilégiant une production à partir de machines anciennes et sans automates. 

Machines et outils, stock de métaux et pièces détachées, mobilier industriel et instruments de musique à vent et percussions… 266 lots défileront sous le marteau de Sophie Renard le 24 janvier à Brasles. L’occasion pour les enchérisseurs d’emporter aux eux un morceau de l’histoire de ce fleuron du savoir-faire français qui devait fêter en 2027 ses 200 ans d’existence.

Enchérir | Suivez la vente du matériel et des instruments de musique de la société PGM-Couesnon le 24 janvier en live sur interencheres.com

 

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