Découverte d’une collection d’art africain exceptionnelle en Indre-et-Loire
Au hasard d’une succession, la maison de vente Giraudeau a récemment découvert une collection d’art africain, océanien et colombien qui sera mise en vente le 18 février prochain à Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire. L’expert Christian-Hervé Njiensi nous éclaire sur cette découverte hors norme.
« C’est exactement le genre d’aventure que les professionnels de l’art adorent« , s’exclame Christian-Hervé Njiensi. Il explique : « une dame vivant près de Tours est appelée par un généalogiste parce qu’elle se trouve seule héritière d’une tante centenaire qui a laisse derrière elle plusieurs biens, et surtout, dans son appartement de Vincennes, une collection remarquable de 55 objets d’art africain, océanien et colombien. Je n’ai jamais vu une collection de cette qualité en vingt ans. »
En remontant le fil de la succession, l’expert identifie alors Henri Couillard (1904-1984) : « il avait tout légué à ses fils, qui étaient apparentés à cette dame. Nous en savons très peu sur son parcours, nous avons seulement la trace de belles adjudications de pièces lui ayant appartenu, dont un masque Bamana vendu chez Sotheby’s pour 1,4 million d’euros en 2009 ». L’examen des objets lui apporte néanmoins quelques certitudes . L’homme était un esthète, avec des choix très réfléchis, il a certainement acquis ces objets un par un auprès de grands marchands en France ou ailleurs car « ce sont toutes des pièces de haut niveau, elles sont anciennes et elles étaient très bien présentées, avec des socles sur mesure. L’ensemble est cohérent. »

KOTA OBAMBA, Gabon. Bois dur, cuivre, laiton. Cette figure de gardien de reliquaire « Mbulu Ngulu » dégage une forte présence symbolique et une rigueur géométrique. Le visage ovale, la coiffure en croissant et les saillies latérales sont les caractéristiques du sous-groupe Obamba. Les plaques de laiton et de cuivre qui recouvrent le recto présentent une oxydation ancienne et une belle brillance cohérente et consécutive aux libations rituelles et offrandes reçues pour activer le lien avec les ancêtres et s’attirer leur bienveillance. XIXe. 52 x 31,5 cm. (rapport de condition sur demande). Provenance : collection Henri COUILLARD (1904-1984), Vincennes. Puis par descendance. Correspond au numéro 2 de la donation successorale faite le 21/12/79. Estimation : 6 000 – 8 000 euros.
Deux figures de gardiens de reliquaire Kota Obamba
Au sein de la collection se distinguent deux figures de gardiens de reliquaire Mbulu Ngulu du peuple Kota Obamba du sud du Gabon, datées du XIXe siècle par l’expert. « La fonction des reliquaires était de protéger les ancêtres et de s’attirer leur bienveillance. Le fait qu’ils soient réalisés en métal un peu brillant était supposé les aider à repousser les forces du mal attaquant les reliques », ajoute Christian-Hervé Njiensi.

KOTA OBAMBA, Sud du Gabon. Bois dur, cuivre, laiton, métal. Évocation symbolique d’un ancêtre qu’elle honore, cette figure de gardien de reliquaire « Mbulu Ngulu » illustre avec force le rôle spirituel majeur du gardien des reliques des ancêtres. Cette figure de reliquaire à la sobriété expressive est recouverte sur le recto de plaques de cuivre et de laiton fixées par des agrafes apparentes, la partie supérieure est formée d’un cimier en croissant surmonté de trois tiges cylindriques, les ailettes latérales se prolongent en deux pendeloques cylindriques de chaque côté et le pied en forme de losange ajouré. XIXe. 67 x 37 cm. (rapport de condition sur demande). Provenance : collection Henri COUILLARD (1904-1984), Vincennes. Puis par descendance. Correspond au numéro 1 de la donation successorale faite le 21/12/79. Estimation : 6 000 – 8 000 euros.
Estimés entre 6 000 et 8 000 euros pièce, ces deux objets partagent une même esthétique, assez géométrique, d’apparence moderne et épurée. Des plaques de cuivre et de laiton sont fixées par des agrafes, formant un visage surmonté d’un cimier, l’ensemble étant supporté par un socle ajouré en forme de losange. « Sur l’un d’entre eux, nous comptons trois excroissances sur le haut de la coiffe, et quatre pendeloques sur les côtés, et même si nous ne savons pas exactement ce que cela signifie, cela reste le signe que ce reliquaire a été fait pour un personnage très important », suppose l’expert. Il souligne par ailleurs que son estimation reste très prudente pour des pièces aussi rares et esthétiques. « Nous avons déjà eu pas mal d’appels pour cette collection, pour les reliquaires comme pour la très belle cuillère ivoirienne Senoufo en bois patiné sculptée d’un buste féminin (600 à 800 euros), qui est certainement l’œuvre d’un maître sculpteur ».