Un trésor du cinéma français dispersé à Paris
Le 9 avril prochain, la maison de ventes Millon dispersera la collection d’un amoureux du cinéma, René Château. Attaché de presse de Jean-Paul Belmondo, il fut également le fondateur de la société de distribution éponyme, qui a édité plus de mille films du patrimoine cinématographique français.
« René n’était pas un historien, c’était un passeur. Il prenait pour transmettre. » Christophe Goeury, expert indépendant qui travaille en étroite collaboration avec la maison de ventes Millon, en est arrivé à cette conclusion après avoir inventorié la collection « titanesque » de René Château (1939-2024). Passionné du septième art, d’abord carreleur dans sa jeunesse, il fut l’attaché de presse et le conseiller publicitaire de Jean-Paul Belmondo des années 1960 aux années 1980. Il distribua en salle ou en format physique de nombreux chefs-d’œuvre du cinéma d’exploitation, comme Massacre à la tronçonneuse ou les films de Bruce Lee (La Fureur de vaincre, Big Boss, Le Jeu de la mort…), mais aussi des œuvres du patrimoine français longtemps ignorées. La première partie de la dispersion, « composée des meilleures objets de la collection » par Millon aura lieu le 9 avril à Paris, avec des estimations allant de 30 à 6 000 euros.
« L’une des plus grandes, si ce n’est la plus grande collection »
« L’une des plus grandes, si ce n’est la plus grande collection d’affiches et de photos sur le cinéma français. » Rien de moins. Christophe Goeury a dû composer avec pas moins de 7 000 affiches et en sélectionner les meilleurs éléments. Ses préférées ? Pépé le Moko (estimation : 1 500 – 2 000 euros), avec Jean Gabin, et Forces occultes (1 500 – 2 500 euros), « pour leur capacité à suggérer l’atmosphère du film », ou encore celle de M le Maudit, qui « reprend le style de l’expressionnisme allemand pour, avec seulement une lettre et une main sur un fond noir, nous inquiéter. »

1931 de Fritz Lang, avec Peter Lorre. Affiche allemande entoilée, 140 x 92 cm, état A- Restauration sur les plis. Estimation : 4 000 euros – 6 000 euros
Au-delà de leurs qualités de composition, chaque affiche a son lot d’anecdotes. Celle de Flic ou voyou, intégrée à un lot de visuels publicitaires (150 – 200 euros), est construite autour d’une photo de Jean-Paul Belmondo portant une casquette. « Vous ne verrez jamais cette casquette dans le film, pour la simple et bonne raison que l’image vient d’un autre film, Borsalino. » Quant à l’affiche de La Fureur de vaincre, dont le panneau en carton est proposé à la vente (400 – 600 euros), « il a spontanément décidé de l’accrocher sur cinq étages, débordant largement de la façade de son cinéma, sans demander l’avis des habitants ni l’autorisation de la mairie. »
Reflet de toute une histoire du cinéma français
À la question « que dégage cette collection ? », Christophe Goeury répond : « Elle reflète toute une histoire du cinéma français, dont une partie a été oubliée. » Il précise : « De nombreux films ont été projetés dans une ou deux salles parisiennes avant de disparaître, car la télévision n’existait pas encore et ils n’avaient aucune chance d’être reprogrammés. René Château est allé chercher tous ces films oubliés. »

Arletty, Dans le film Les Enfants du paradis de Marcel Carné, 1943-1945, Tirage argentique d’époque sur papier cartoline, numéroté dans l’image « 398 », cachet « Photo Pathé-Cinéma » et « Archives Maurice Bessy » au dos, 22 x 30 cm. Estimation : 120 euros – 150 euros
Il s’appliqua ensuite à constituer une collection emblématique de VHS puis de DVD, composée d’environ 1 500 films produits entre les années 1930 et 1970 : La Mémoire du cinéma français. La meilleure façon, pour lui, d’assurer la survivance de ce patrimoine, en particulier celui de l’entre-deux-guerres, de l’Occupation et de l’après-guerre , fut de rassembler photos de tournage et portraits d’acteurs et d’actrices destinés à la promotion des films. Parmi les pièces présentées, on trouve notamment un portrait d’Arletty dans Les Enfants du paradis (120 – 150 euros), ou encore un lot de dix tirages argentiques d’époque du tournage de La Belle et la Bête avec Josette Day et Jean Marais (200 – 250 euros).

La Belle et la Bête, Josette Day et Jean Marais dans le film de Jean Cocteau, 1946 Josette Day et Jean Marais dans le film de Jean Cocteau, 1946 10 tirages argentiques d’époque sur papier cartoline, portant l’indication du film et crédit du photographe Aldo dans l’image (7) et 11 tirages postérieurs, – Env. 24 x 30 cm, marges comprises (10) , – De 13 x 18 cm à 18 x 24 cm (11). Estimation ; 200 euros – 250 euros
« La quantité d’objets et de documents était telle que nous avons aussi constitué des lots thématiques. » Ainsi, aux côtés des affiches et des photographies, seront proposés des manuels publicitaires, des magazines et des objets promotionnels de la marque René Château Vidéo : plateaux ronds à l’effigie de la panthère, boîtes d’allumettes, classeur King Creole avec Elvis Presley, fac-similé de VHS promotionnelle avec Brigitte Bardot, cartes postales, autocollants et autres objets dérivés (estimation : 40 – 60 euros).

Goodies, 1 mallette René Chateau Vidéo « la Vidéo des Stars » – 1 mallette Elvis Presley King Creole – 1 t-shirt Lubrifiant Panthère – 1 t-shirt René Chateau Vidéo « la Vidéo des Stars » – 3 plateaux ronds René Chateau Vidéo « La Vidéo des Stars » – 2 cahiers à spirale « Les plus belles affiches des années 50 » – 1 pack d’allumettes – 2 classeurs René Chateau Vidéo « La Vidéo des Stars » – 2 cahiers Elvis Presley King Creole – 2 plateaux ronds Elvis Presley King Creole. Estimation 40 euros – 60 euros.
Les lots sont globalement dans un « bon état de conservation », notamment les affiches, dont il a pris le plus grand soin et qu’il a parfois entoilé comme c’est le cas pour l’affiche de M le Maudit. Les estimations, quant à elles, restent « très raisonnables, le marché n’étant plus aussi porteur qu’il y a vingt ans », précise l’expert. Il ajoute : « La force de cette collection, c’est qu’elle peut tout autant intéresser les collectionneurs d’affiches que les passionnés de l’histoire du cinéma français, de l’Occupation, de la Nouvelle Vague, mais aussi les amateurs d’acteurs comme Jean-Paul Belmondo, bien sûr, ou encore James Dean. »