Le 15 avril 2026 | Mis à jour le 21 avril 2026

Virginie de Brouwer : « La Belgique est un pays de collectionneurs. »

par Lucien Chancel

Fondée en 2017, la maison belge de ventes aux enchères Stanley’s Auction est tenue par deux frère et sœur, Quentin et Virginie de Brouwer. Cette dernière est revenue avec nous sur son parcours et les spécificités du marché des enchères dans son pays.

 

Dans le paysage des maisons de ventes belges, Stanley’s Auction a réussi à se faire une place. Fondée en 2017 par deux frère et sœur, Quentin et Virginie de Brouwer, elle s’est imposée en moins de dix ans comme une référence dynamique et indépendante, à mi-chemin entre Bruxelles et Anvers. Sans formation classique de commissaire-priseur, ce statut n’existant pas en Belgique sous la même forme qu’en France, sa directrice a appris le métier sur le terrain, portée par une passion héritée d’une enfance entourée d’œuvres et de collectionneurs. Des adjudications records autour de l’univers d’Hergé à l’essor d’un département d’art africain contemporain rayonnant à l’international, la maison ne cesse d’élargir son horizon…

 

Lucien Chancel : Quel a été le déclic, l’événement qui vous a poussé à créer Stanley’s Auction avec votre frère en 2017 ?

Virginie de Brouwer : C’est à la fois une opportunité et une vraie envie d’entreprendre ensemble. Quentin évoluait déjà dans le monde des enchères, et nous partagions cet intérêt pour les objets, les collections, et surtout les histoires qu’ils racontent. Nous avions aussi le sentiment qu’il y avait de la place en Belgique pour une maison plus jeune, flexible et proche des collectionneurs, quelque chose d’indépendant, avec une approche directe et accessible. Et puis nous avions un entrepôt disponible, ce qui a clairement facilité le lancement.

 

L. C. : En Belgique, il n’existe pas comme en France de formation et diplôme dispensant un accès à la profession de commissaire-priseur. Quel a été votre parcours avant de prendre la direction de Stanley’s Auction ?

V. de B. : Mon parcours est assez atypique. Je suis plutôt autodidacte, avec un esprit entrepreneurial. J’ai grandi dans une famille de collectionneurs et de mécènes, entourée d’artistes comme Sinaïda Serebriakova, Nicolas de Staël ou Anto Carte, j’ai toujours baigné dans cet univers, même si je ne me destinais pas à ce métier. Avant Stanley’s Auction, j’ai travaillé dans le commercial, dans différents secteurs, et j’ai créé ma propre société ainsi qu’une marque dans la décoration. En 2017, mon frère Quentin m’a proposé de le rejoindre pour lancer une maison de ventes. L’idée d’un projet familial m’a immédiatement parlé, c’était quelque chose que j’avais en tête depuis longtemps. J’ai alors décidé de mettre de côté ma marque pour me consacrer entièrement à cette nouvelle aventure. Je n’avais jamais vraiment fréquenté une salle de vente. J’ai découvert ce métier en le faisant. Et encore aujourd’hui, après presque dix ans, j’apprends tous les jours. C’est un métier de passion, sinon ce ne serait pas possible. Nous ne comptons pas nos heures, parce que nous aimons profondément ce que nous faisons.

 

L. C. : En France, une vente s’organise autour d’un commissaire-priseur qui authentifie, estime et adjuge les lots. L’adjudication prononcée par ce dernier étant un acte juridique valant transfert de propriété. Quel est le fonctionnement d’une vente aux enchères en Belgique ?

V. de B. : C’est généralement mon frère qui tient le marteau et anime les enchères, surtout lorsqu’il est expert ou co-expert. Pour ma part, je suis souvent au téléphone avec les enchérisseurs, entourée de notre équipe. Mais à la grande différence de la France, un huissier de justice doit également être présent lors des enchères. C’est lui et non pas le commissaire-priseur qui est le garant légal de la vente. Il en acte les prix et dresse le procès-verbal. À cette fin, nous faisons appel à un huissier habilité localement.

 

L'exposition organisée par Stanley's Auction à l'occasion de sa vente consacrée à l'art moderne et contemporain du Congo fin 2025.

L’exposition organisée par Stanley’s Auction à l’occasion de sa vente consacrée à l’art moderne et contemporain du Congo fin 2025.

L. C. : Qu’est-ce qui distingue Stanley’s Auction des autres maisons de vente belges ?

V. de B. : L’idée, c’était de construire une maison à notre image : familiale, dynamique et ouverte, ce qui nous permet de garder un fonctionnement direct et une vraie proximité avec nos clients. Nous ne nous sommes pas enfermés dans une spécialité unique. Nous proposons aussi bien des œuvres d’art que du mobilier, des objets de collection ou des pièces plus insolites. Ce qui nous importe, c’est la qualité, la singularité et l’histoire derrière les objets. Nous avons aussi fait le choix de ne pas être en centre-ville. Nos locaux sont situés entre Bruxelles et Anvers, dans un endroit très accessible, avec un grand parking. Ce n’est pas un lieu « prestigieux » au sens classique, mais les clients apprécient énormément la facilité d’accès.

 

L. C. : Stanley’s Auction, deux termes à consonance très britannique pour une maison de ventes belge. Quelle est l’histoire derrière ce nom ?

V. de B. : Nous avons exploré plusieurs pistes, notamment en lien avec notre histoire familiale. Nous avons des ancêtres corsaires liés à la Compagnie des Indes, mais cela nous paraissait un peu trop marqué. Nous nous sommes finalement tournés vers Stanley, en référence à l’explorateur gallois Henry Morton Stanley. L’idée d’exploration, de découverte, nous correspondait parfaitement. Je suis constamment à la recherche d’objets, d’histoires, de provenances parfois oubliées. C’est aussi un nom simple, qui fonctionne bien à l’international, ce qui compte dans un pays aussi multilingue que la Belgique.

 

L. C. : Quels sont les domaines où le marché est particulièrement dynamique en Belgique ?

V. de B. : La Belgique est un pays de collectionneurs. L’Art nouveau et l’art moderne belge y sont très présents. Il y a aussi tout ce qui touche à l’art africain, notamment en lien avec l’histoire du Congo, pour l’art ancien comme contemporain. Et évidemment, la bande dessinée, un domaine très spécifique avec une culture propre et des collectionneurs extrêmement passionnés. Les vendeurs sont majoritairement belges, souvent via des successions ou des notaires. Les acheteurs, eux, sont plutôt français, installés principalement à Paris, mais aussi dans d’autres grandes villes. Le digital et les plateformes en ligne comme Interencheres nous permettent d’élargir considérablement notre audience. Pour certains départements, comme l’art africain contemporain, nous recevons désormais des œuvres du monde entier, preuve de la visibilité que nous avons su développer dans ce domaine.

 

L. C. : Quels ont été les moments les plus marquants depuis la création de la maison ?

V. de B. : Il y a eu des ventes records dont nous sommes très fiers, notamment autour de l’univers d’Hergé, avec une statue de prince Abdallah, que l’on retrouve dans Tintin au pays de l’or noir notamment, adjugée près de 142 000 euros en 2021. Le développement du département d’art africain contemporain est aussi un tournant majeur : en quelques années, nous avons attiré des institutions et collectionneurs internationaux, au point que certaines universités nous demandent nos catalogues comme documentation. Mais au fond, les moments les plus marquants restent les découvertes. Quand un objet arrive presque anonymement, et qu’on réalise, après recherches, qu’il est bien plus important qu’on ne le pensait.

 

HERGÉ, Georges Remi dit (1907-1983) Statue d'Abdallah avec son avion jaune par Jean-Marie Pigeon. 84 cm de hauteur (socle inclus), résine polychrome. L'édition était initialement prévue en tirage limité à 48 exemplaires, mais ce chiffre n'a jamais été atteint, loin de là — l'édition a été arrêtée en décembre 1996. Exemplaire en parfait état, accompagné de son certificat d'origine.

Hergé, Georges Remi dit (1907-1983), La statue d’Abdallah adjugé 141 950 euros (avec frais) en juin 2021.

 

L. C. : Comment envisagez-vous l’avenir chez Stanley’s Auction ?

V. de B. : Plutôt sereinement. Nous avons une petite équipe aux profils jeunes, ce qui apporte une vraie dynamique, notamment sur les outils numériques. Nous tenons à garder une structure à taille humaine, avec cet esprit familial et cette proximité avec nos clients. Le marché peut évoluer, bien sûr, mais tant que nous restons rigoureux et passionnés, nous abordons l’avenir avec confiance.

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