Quand Lexcellent copiait les anciens : le mobilier à la fin du XIXe siècle
De la seconde moitié du XIXe siècle à l’avènement du style Art Nouveau, les copies des meubles des grands maîtres du XVIIIe siècle furent particulièrement répandues. Réalisées par les grands ateliers du Second Empire et de la Troisième République, elles étaient le reflet de l’inspiration du Siècle des Lumières, caractérisé par une technique de grande qualité utilisée par des ébénistes aussi célèbres que Sormani, Beurdeley, Linke, Jansen ou Zwiener.
A la fin du XIXe siècle, la maison Lecoules fait de la vente des copies des meubles XVIIIe sa grande spécialité. Elle édite un catalogue dans lequel apparaissent une réplique du bureau d’Œben, conservé au Musée de Camondo et estampillée de Linke, ou une paire de commodes d’André-Charles Boulle, dont l’originale est conservée au château de Versailles, estampillée de Zwiener. Durant la même période, Guillaume-Edmond Lexcellent (1834-?) copie lui aussi des meubles de Riesener, B.V.R.B, Weisweiler, Jacob ou encore Séné.
Quand Lexcellent copiait les anciens
Guillaume-Edmond Lexcellent naît à Paris le 2 décembre 1834. En 1867, il ouvre une fabrique et un magasin de meubles situés 46 rue de Charenton à Paris, puis 8 rue de Brégut, près du boulevard Richard Lenoir où il exerçe jusqu’en 1928. Il participe à plusieurs Expositions universelles : en 1855 il obtient une mention honorable, en 1867 il reçoit une médaille de bronze et en 1889, il reçoit une médaille d’argent. Il y expose du mobilier raffiné de différents styles. A partir de 1894, Lexcellent se met à fabriquer des copies de meubles anciens. C’est probablement de cette période de production qu’est issue cette chaise de style Louis XVI (photo ci-dessous).

Zoom sur une chaise à dossier en gerbe de Lexcellent
A la fin du XIXe siècle, les marques des ébénistes, lorsqu’elles existent, continuent à être généralement frappées à froid avec un poinçon. Elles donnent parfois l’initiale du prénom, rarement l’adresse ou la mention « PARIS ». Les ébénistes Beurdeley et Sormani ont toutefois utilisé cette dernière. Plus tard, les étiquettes imprimées et collées se multiplient. Les marques au pochoir apparaissent ensuite et, enfin, les plaques en métal gravé, très utilisées par Tahan.
Cette chaise est estampillée (frappée à froid par percussion d’un fer) quatre fois « LEXCELLENT PARIS » sous la ceinture. La fabrication de cette chaise est d’une très grande qualité, particulièrement pour les assemblages et la sculpture (entrelacs, rais-de-cœur, fleurons).

Estampille frappée au fer sous la ceinture | Barrette du dossier sculptée d’entrelacs | Rais-de-cœur sculptées sur les traverses d’assise | Fleuron sculpté sur la traverse basse du dossier
Exécuté en noyer teinté acajou, ce siège à dossier en gerbe et piétement en console semble particulièrement inspiré des modèles de Georges Jacob, alors que ce dernier n’a jamais réalisé de sièges réunissant ces deux spécificités.
Les assemblages de cette chaise ne sont pas chevillés, probablement parce qu’elle était censée être en acajou. Il n’y a pas non plus de traces de sciage à l’intérieur de la ceinture, celle-ci étant également teintée acajou et cirée. La coupe du dossier est à 45 degrés, typique des montages du XIXe siècle, alors que l’on distingue une coupe horizontale sur les productions du XVIIIe siècle.

Pied en console | Coupe d’assemblage du dossier à 45°
Image d’accueil : Fauteuil d’une paire, en bois mouluré, sculpté et laqué blanc à large dossier violonné. Ils reposent sur des pieds gaines cannelés surmontés de dés de raccordement sculptés de fleurettes. Epoque Louis XVI. Ils sont recouverts d’une garniture de velours vert Empire de très belle qualité. Estampille de Nicolas LEXCELLENT dit LEXELANT, reçu Maître en 1764. 97 x 70 x 56,5 cm. Paire de fauteuils adjugée 6 800 euros le 30 juin 2016 à Paris par la maison Chayette & Cheval. © Photos Jacques Dubarry de Lassale sauf pour le fauteuil © OVV CHAYETTE & CHEVAL Charlotte van GAVER
Sélection de meubles de Lexcellent vendus aux enchères
Haut de page
