Le 15 juillet 2020 | Mis à jour le 21 juillet 2020

Comment expertiser une console d’applique en bois doré d’époque Louis XV ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Courante au XVIIIe siècle, la console d’applique est généralement en bois sculpté doré. Ses décors et sa fabrication évoluent au cours du siècle et ce jusqu’au XIXe, époque à laquelle la copie est fréquente. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile les techniques d’expertise de ce mobilier propice à la présentation d’objets en tout genre. 

 

Le terme « table d’applique » apparaît vers 1748. On nomme ainsi une table adossée à un mur et qui n’est donc ni décorée, ni moulurée sur le revers, fixée ou indépendante, éventuellement suspendue et désignée comme « table d’applique en console ». Ces tables sont monopodes, bipodes, quadripodes, etc., explique Nicole de Reyniès dans Le mobilier domestique, paru aux éditions du Patrimoine CMN en 2000. La console que nous allons ici examiner est bipode (photo 1). 

Photo 1. Console d’applique Louis XV.

 

L’ossature du meuble 

L’ensemble du bâti, c’est-à-dire la façade (photo 2), les deux côtés, les pieds (photo 3) et l’entretoise (photo 4) est en chêne. Le galbe des pieds a été réalisé à partir d’éléments collés, dont on aperçoit des traces à travers la dorure. La traverse arrière (photo 5), qui assemble les deux côtés entre eux, ainsi que celle qui relie la traverse arrière et la traverse avant (photo 6) sont en sapin et ne sont pas d’époque. Les bouts de pieds (photo 7) sont en aulne et ont été rapportés.  

 

 

Les traces d’outils

Les traverses plus tardives en sapin (photos 5 et 6) ne portent aucun trace d’outil. Les deux traverses de côté, portent les traces d’un sciage manuel (traits de scie inclinés sur photo 5). Au dos des coquilles sculptées, on remarquera de nombreuses traces de gouge (photos 6 et 8).  

 

Les montages

La traverse arrière est assemblée par une grosse queue d’aronde dans la partie arrière des traverses de côté (photo 5) et de même pour la traverse reliant l’arrière à l’avant (photo 6). Les côtés sont assemblés aux pieds par tenons et mortaises chevillés (photo 9).  

 

 

Les transformations 

A l’origine, cette table d’applique, que nous appelons à présent plus communément console, ne possédait pas à l’origine d’entretoise (photo 4), celle-ci a été rapportée postérieurement. Comme vous pourrez le constater en examinant les différents éléments, la facture est différente du reste de la console, aucun élément sculpté de l’entretoise n’est comparable à la sculpture de la console. Elle est de plus d’une dimension trop importante pour ce meuble. Elle a été réduite en épaisseur sur l’arrière pour s’adapter à la dimension des pieds et son inclinaison vers l’arrière est telle que l’extrémité de la coquille vient buter contre le mur alors que la ceinture est encore à 5 cm du mur ! Le piétement a également été modifié, des bouts de pieds ont été rapportés postérieurement afin de rehausser la console (photo 10). Le raccord se voit nettement sur la photo 7. Enfin, les éléments rapportés ont été dorés au XIXe siècle et l’assiette visible sous la dorure est orange, élément caractéristique d’une assiette du XIXe (photo 7).  

 

 

L’expertise du marbre

S’il est une chose délicate à réaliser, c’est bien l’expertise d’un marbre. Il s’agit de s’assurer qu’il est bien de l’époque du meuble et bien celui fabriqué pour le meuble. Dans le cas présent, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un marbre roue royal de Belgique (photo 11), exploité dans la région de Philippeville et que cette carrière était active au milieu du XVIIIe siècle. Son épaisseur est faible pour l’époque (25 mm), mais cela s’explique par les raisons suivantes :

  1. on évitait de trop charger par un marbre trop lourd les petites consoles en bois doré,
  2. ce marbre laisse apparaître une restauration. il a été cassé en trois gros morceaux et réparé. Le marbrier, pour faire disparaître les arêtes de la brisure a repoli toute la surface supérieure du marbre et lui a ainsi fait perdre 2 à 3 mm d’épaisseur. On peut ainsi constater sur la photo 12, que le petit ressaut au dessus du bec de corbin n’est pas assez haut. Le chant arrière du plateau a été repris au ciseau (photo 13), ce qui est normal dans certains cas, mais ne constitue absolument pas une preuve d’authenticité du marbre, contrairement à ce que l’on entend souvent affirmer.

Malgré tout, cette console demeure une pièce très décorative, mais doit être annoncée comme un meuble « en partie d’époque ».

En savoir plus | L’identification des marbres

 

Photo 13. Le chant arrière du plateau a été repris au ciseau. Cela ne constitue pas une preuve d’authenticité du marbre.

Image d’accueil : Console d’applique en bois sculpté et doré à décors de grenade éclatée, ailes d’oiseau, rinceaux et coquille ajourée à l’entretoise. Epoque Louis XV. Adjugée 8 610 euros par Hugues Cortot à Dijon le 23 novembre 2013.  Autres photos : © Jacques Dubarry de Lassale.  

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