Le 30 juillet 2020 | Mis à jour le 30 juillet 2020

Comment expertiser une table de toilette à dessus brisé du XVIIIe siècle ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Apparues sous le règne de Louis XV, les tables de toilette, volontiers surnommées « coiffeuses », se caractérisent par la présence d’un miroir et d’éléments de rangement, destinés à accueillir les produits et ustensiles nécessaires à la toilette, à la coiffure et à l’expression de la coquetterie. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile les techniques d’expertise de ce meuble élégant prisé au XVIIIe siècle, à travers l’examen d’une table de toilette Louis XV provinciale en bois naturel et pourvue d’une rare façade galbée.

 

Les premières tables de toilette naissent sous Louis XV. Communément appelées coiffeuses, à partir du XIXe siècle, elles peuvent porter diverses appellations, telles que tables de toilette, coiffeuses, poudreuses… Les désignations ci-dessous correspondent aux différents modèles :

  • Toilette recouverte, quand il s’agit d’une table entièrement ou partiellement recouverte d’un tissu sur lequel on disposait les objets de toilette,
  • Toilette à plein volet, quand il s’agit d’une table rectangulaire munie d’un volet s’ouvrant d’avant en arrière et portant un miroir de même dimension. On l’appelle aussi coiffeuse d’homme, lorsque le plateau sous l’abattant est constitué d’un marbre blanc (photo 2).

 

Photo 2 – Table de toilette dite coiffeuse d’homme, d’époque Louis XVI, à un volet muni d’une grande glace et d’un plateau de marbre blanc.

 

 

Une variante de la toilette à plein volet peut présenter un miroir étroit sur le volet et des casiers de rangement de chaque côté (photo 3).

 

Photo 3 – Table de toilette d’époque Louis XVI à un volet muni d’une petite glace découvrant une organisation à compartiments.

 

 

  • Enfin, la toilette à dessus brisé (photo en une et photo 4), qui est le modèle que nous allons décrire dans cet article.

 

 

Photo 4 – Table de toilette Louis XV en noyer, travail provençal du XVIIIe siècle, à façade galbée.
Ouverte de ses trois volets présentant son organisation intérieure.

 

Cette table de toilette Louis XV provinciale en bois naturel présente une façade galbée, ce qui est particulièrement rare sur un meuble de ce type (photo 4). Elle comporte différents éléments de rangement. Tout d’abord, le dessus présente trois volets et le volet central est muni d’un miroir réglable. Sur la façade (photo en une), on distingue deux tiroirs de rangement : un grand au centre et un petit à droite, celui de gauche est un faux tiroir, et une tirette. L’intérieur sous les volets est organisé en caissons de rangement dont l’un contient un compartiment amovible. Cette organisation permettait d’y loger toutes sortes de produits et ustensiles tels que : parfums, fards, onguents, poudres, rubans… mais aussi peignes, brosses, épingles, boîtes à mouches… tout ce qui pouvait participer à la toilette, à la coiffure et à l’expression de la coquetterie.

Le modèle que nous vous présentons est une belle réalisation en noyer, vraisemblablement un modèle provençal. Il est constitué d’une caisse, de quatre pieds et d’un plateau.

 

La conception

Le plateau est divisé en trois volets :

  • Un volet central se soulevant d’avant en arrière (photo 4) et portant son miroir au mercure d’origine. Ce miroir est maintenu en place par quatre baguettes sculptées et dorées d’un modèle tout à fait Louis XV et plus particulièrement provençal (photo 5). Cette baguette est fixée au châssis par des vis à bois du XVIIIe et des clous.
  • Deux volets latéraux se rabattent sur les côtés, l’un dégageant le caisson amovible et l’autre un logement. Les charnières (photo 6) sont en fer battu à la forge et vissées avec des vis à bois du XVllle.

 

[Photo 5] Baguette d’encadrement de la glace du volet central en bois sculpté et doré.
[Photo 6] Charnière des volets latéraux en fer forgé, vissée sur l’abattant et clouée sur le côté du meuble.

 

Le dessus, formé par les trois volets rabattus, déborde légèrement en façade en présentant une mouluration en bec de corbin.

Les quatre côtés de la caisse sont chantournés dans leur partie basse (photos 1 et 7) et soulignés par une petite mouluration se raccordant au piètement et se terminant au-dessus du sabot de bout de pied (photo 8). La partie arrière de la caisse, si elle est chantournée, n’est pas moulurée (photo 9).

 

[Photo 7] Le côté de la caisse est également chantourné et mouluré.
[Photo 8] Les pieds se terminent par un petit sabot fourchu.
[Photo 9] Le dos est plat, simplement chantourné, sans mouluration. Par contre, l’arrière des pieds est mouluré.

 

Les bois

Le plateau, les quatre côtés, les quatre pieds, l’entourage de la tablette intérieure et les deux séparations verticales intérieures sont en noyer.

Le dessous (photos 10 et 11), le centre de la tablette coulissante, le fond du grand tiroir (photo 12) et le fond du petit tiroir sont en orme.

Le caisson amovible ainsi que trois côtés du petit tiroir et du grand tiroir sont en peuplier.

 

[Photo 10] Le fond, en orme, est monté à rainure et languette bâtarde.
[Photo 11] Les chants des parties chantournées présentent des traces de sciage manuel, de rabot rond et de râpe à bois.
[Photo 12] Le fond des tiroirs, en orme, est monté en feuillure, montage classique pour l’époque Louis XV.

 

Les montages

Les tiroirs sont montés à une seule queue d’aronde clouée. Les fonds de tiroir sont montés en feuillure, montage classique à l’époque de Louis XV (photo 12).

Les quatre côtés de la caisse sont assemblés aux quatre pieds par un embrèvement renforcé d’une emboîture, méthode très classique aux XVIIe et XVIIIe siècles (croquis n° 1). Les deux séparations intérieures qui maintiennent l’écartement entre la façade et le panneau arrière sont assemblées à queues d’aronde sur chant (croquis n° 2).

 

[Croquis 1] Embrèvement renforcé d’une emboîture.
[Croquis 2] Queues d’aronde sur chant.

 

Les deux masses carrées des pieds de gauche ont été évidées à angle droit pour permettre le passage du caisson amovible (photo 13).

Le volet central du dessus, sur lequel est fixé le miroir, est articulé par des charnières en fer forgé fixées sur une barrette en bois coulissante (photo 14). Cette barrette en bois est terminée à chaque extrémité par une petite languette qui coulisse dans des rainures latérales, ce qui permet d’incliner la glace et de la rapprocher.

 

[Photo 13] Les deux masses carrées des pieds ont été évidées à angle droit pour permettre le passage du caisson amovible.
[Photo 14] Le volet central sur lequel est fixé le miroir est articulé par des charnières en fer forgé sur une barrette en bois coulissante. Ce montage permet d’incliner le miroir et de le rapprocher.

 

Le dos est plat, simplement chantourné, sans mouluration, par contre les pieds arrière sont totalement moulurés (photo 9).

Le fond est monté à rainure et languette bâtarde (photo 10 et 11).

 

Le ferrage

Quatre pentures en fer forgé, coudées à angle droit sur un côté, permettent aux volets latéraux de se rabattre. Elles sont fixées avec des vis XVIIIe sur les deux abattants et clouées sur les côtés des caissons (photo 6).

 

Les traces d’outil

Des traces de sciage manuel, de rabot rond et de râpe à bois sont visibles dans les parties chantournées (photo 11).

 

Les boutons de tirage

Les boutons dits « lentilles » sont en bronze et tige filetée à la main du XVllle siècle. Il manque le bouton de la tablette coulissante (photo en une).

 

 

 

Photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

 

 

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