Le 8 janvier 2019 | Mis à jour le 9 janvier 2019

Emmanuel Pierrat : « La collection est une addiction »

par Diane Zorzi

Lorsqu’il n’est pas au Barreau de Paris, Emmanuel Pierrat foule les salles de ventes aux enchères à la recherche d’un objet tribal ou d’un livre ancien. Avocat spécialisé dans le droit de l’édition, conservateur du Musée du Barreau de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur le droit, les arts extra-européens, ou encore les cabinets de curiosités, il nous raconte sa passion pour la collection…

 

D’où vous vient le goût de la collection ?

Mon père collectionnait. C’est une vieille maladie héréditaire ! J’ai commencé très jeune en collectionnant des bouchons de champagne, des bagues servant à orner les cigares, des fèves, avant d’acheter mon premier livre ancien à l’âge de quatorze ans. Quelques années plus tard, je me suis tourné vers l’art africain, la photographie et au fil du temps ma collection s’est enrichie de beaucoup d’autres formes artistiques.

 

Que collectionnez-vous ?

Les deux collections qui m’occupent restent l’art tribal et les livres anciens. Mais j’ai également des petites collections à côté telles que des cages à grillons ou des pipes à opium. Pendant longtemps, j’ai même collectionné les photographies d’inondation qui venaient enrichir mes livres sur l’histoire de Paris, ou sur l’architecture. La collection est une addiction. Il est difficile de s’arrêter !

 

Qu’est-ce qui vous attire dans l’art tribal ?

Je suis fasciné par les œuvres d’art qui n’ont pas nécessairement été créées comme tel au départ. La beauté est partout, mais un objet cultuel africain est d’abord conçu pour un usage particulier. Il ne devient une œuvre d’art que par le discours qui s’agrège ensuite. C’est la même chose pour l’art brut. J’ai acheté il y a peu un fusil à tuer la misère d’André Robillard. C’est lorsque Dubuffet proclame qu’il s’agit d’une œuvre artistique que l’objet change de statut. J’aime l’archéologie, l’art brut, l’art tribal, en somme tout ce qui n’était pas prévu pour rentrer au départ dans les canons de l’histoire de l’art.

 

Comment vit-on avec une telle collection ?

Je suis un collectionneur qui vit avec ses objets. J’ai tout mis dans toutes les pièces ! Rien n’est caché, ou placé dans des coffres. Chez moi, c’est très dense ! Mais j’ai chaque jour autant de plaisir à voir ma collection.

 

 

Emmanuel Pierrat dans son appartement. Crédit photo Guillaume de Laubier

« L’intérêt des enchères est que l’on découvre le monde entier dans une seule et même vente. »

 

 

Vous arrive-t-il de vous séparer de certaines pièces de votre collection ?

Les collectionneurs accumulent beaucoup en apparence mais ont besoin de trier. Pour ma part, je revends lorsqu’une collection est arrivée à son terme. Cela m’est arrivé une fois. J’avais fait le tour de ce qui existait en livres anciens sur le thème de la sexualité et de la politique. J’avais notamment des pamphlets contre Marie-Antoinette ou Louis XVI et j’en avais trouvé un inédit, qui n’existait nulle part ailleurs. Ma collection était achevée en quelque sorte. L’un de mes amis experts m’a alors dit que c’était le bon moment de faire un catalogue et de vendre. Mais je vends régulièrement quelques pièces de ma collection pour financer d’autres acquisitions. Il y a un critère pour moi très simple, lorsqu’on ne voit plus un objet, que l’œil ne s’attarde plus sur lui, c’est qu’il est le temps de s’en séparer.

 

Achetez-vous souvent en vente aux enchères ?

Oui, il ne se passe pas une semaine sans que je ne suive une vente. Je vais en salle, je dépose des ordres d’achat, je prends des téléphones. Lorsque j’ai le temps, j’aime aller en salle. J’aime également aller voir l’exposition. L’intérêt des enchères est que l’on découvre le monde entier dans une seule et même vente. Je trouve ça magique ! On apprend beaucoup sur l’histoire de l’art en allant en salles des ventes. Les musées c’est formidable, mais vous y découvrez ce que vous alliez y voir. En salles des ventes, on apprend beaucoup plus sur l’histoire de l’art. On y va pour un objet en particulier et finalement on découvre plein d’autres pièces que nous ne connaissions pas jusqu’alors.

 

Quelle a été votre acquisition la plus folle ?

J’ai acheté un poteau fait par les Mapuche, une tribu de la Cordillère des Andes qui fabrique des totems à 4 000 mètres de hauteur dans la neige. Il appartenait à mon ami le collectionneur Jacques Kerchache décédé en 2001, dont une partie de la collection était dispersée aux enchères. Je me suis demandé ce qu’il m’avait pris lorsque le poteau est arrivé chez moi ! Il était tellement imposant que j’ai bien cru qu’il n’allait pas passer la porte.

 

Avez-vous repéré un lot dans les prochaines ventes ?

J’ai un peu la folie des grandeurs, je voudrais acheter un meuble confessionnal. Ce sont des meubles extraordinaires ! On en voit passer en vente régulièrement.

 

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