Le 17 mars 2021 | Mis à jour le 17 mars 2021

Expertise : des fauteuils de planteur du XIXe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

Découvert et importé en France lors de la période coloniale, le fauteuil de planteur dispose d’une structure particulièrement ingénieuse, adaptée à de multiples usages. Jacques Dubarry de Lassale dévoile les particularités de ce siège à travers l’expertise de deux modèles du XIXe siècle en palissandre de Madagascar.

 

Les sièges de planteur que nous allons examiner furent rapportés de l’Ile Maurice à la fin du XIXe siècle par un capitaine, navigateur au long cours. Ils sont caractéristiques des fabrications de cette région au XIXe siècle. Les bateaux de la Compagnie des Indes, lors du voyage de retour en rejoignant le Cap de Bonne Espérance, faisaient souvent halte aux Iles Maurice et à la Réunion où ils chargeaient ces fauteuils et les revendaient sur les escales de navigation. Nous trouvons les mêmes encore actuellement aux Antilles Françaises. Naturellement, ils sont dans la majorité des cas en palissandre de Madagascar. C’est le cas des deux fauteuils que nous vous présentons (photos 1 et 2, ci-dessous).

 

[Photo 1] Fauteuil de planteur rapporté de l’Ile Maurice à la fin du XIXe siècle. Remarquer l’absence de traverse entre l’assise et le dossier, pour améliorer le confort du siège compte tenu de l’inclinaison du dossier. [Photo 2] Autre siège de planteur. Sur ce siège, le palissandre a été teinté foncé et il manque le cannage. La structure et le décor sont identiques au précédent hormis quelques variantes de forme.

Une structure ingénieuse alliant confort et sens pratique

Les formes des fauteuils de planteur peuvent varier, mais les techniques de fabrication sont toujours les mêmes. Un fauteuil de planteur est un siège multi-usages, adapté au repas comme à la sieste. Compte tenu du climat, il est canné pour permettre une bonne aération du corps. Le fauteuil a le dossier renversé vers l’arrière pour permettre une position de repos. Aussi, la grande particularité de ce type de fauteuil est d’avoir le pied arrière réalisé en deux morceaux assemblés (photo 3). En effet, si le pied arrière était réalisé en un seul morceau, le pied serait pour l’essentiel en bois de travers ce qui le fragiliserait. Cet inconvénient a donc été évité en débitant le pied en deux morceaux dans le fil du bois, c’est à dire dans le sens le plus résistant. Une autre particularité à signaler, sans doute pour améliorer le confort du siège compte tenu de sa forme, est l’absence de traverse de fixation de la canne entre le dossier et l’assise (photo 4). L’assemblage des bois est entièrement fait à tenons et mortaises chevillés.

[Photos 3 et 3 bis] La forme du siège avec un dossier très incliné oblige, pour une bonne stabilité, à avoir des pieds postérieurs très décalés vers l’arrière. Pour éviter une fragilité excessive, cette forme de pied nécessite que celui-ci soit réalisé en deux morceaux assemblés.

 

Un soin apporté au décor  

Le décor sculpté des sièges est à rosace et motifs végétaux, évoquant ainsi les décors de l’art populaire français (photos 5, 6, 7, 8, 9). Cette sculpture est assez profonde.

 

[Photos 4 et 5] Décor des traverses avant à motif de rosace et de feuillages disposés en palmettes. [Photos 6 et 7] Les dossiers, soit à barrette droite, soit courbe, sont également décorés dans le même esprit.

[Photos 8 et 9] La forme des pieds antérieurs n’est pas sans rappeler les productions françaises sous Louis Philippe. Sur certains fauteuils, des pieds sont également sculptés de feuillages.

Le siège est muni de deux roulettes à l’avant (photo 10) et de deux autres à l’arrière (photo 11) identiques à celles que nous trouvons sur les guéridons à dessus de marbre ou sur les pianos du début du XIXe siècle.

 

[Photo 10] Roulette des pieds antérieurs. Photo 11] Roulette des pieds postérieurs.

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Deux fauteuils de planteur en bois exotique et palissandre. Epoque Louis Philippe, en provenance de la descendance du Contre-amiral Anne- Chrétien-Louis de Hell (1783-1864). Adjugé ) 4 000 euros par la maison de ventes Osenat le 19 novembre 2016 à Fontainebleau. 

 

 

 

 

 

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