Le 10 novembre 2020 | Mis à jour le 10 novembre 2020

Expertise : un bureau plat d’époque Louis XV prisé des amateurs de mobilier ancien

par Jacques Dubarry de Lassale

Le bureau est aujourd’hui l’un des meubles les plus communs, certains foyers lui consacrant même une pièce entière. Pourtant, cette table, destinée au travail et à l’écriture, n’est apparue qu’au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale dévoile les particularités de ce meuble populaire à travers l’expertise d’un bureau plat d’époque Louis XV, prisé des amateurs de mobilier ancien.

 

Le bureau, dans sa forme initiale, est une table de grandes dimensions qui sert à écrire et peut être utilisée simultanément par plusieurs personnes. Le plateau de bois est généralement couvert d’un drap, d’un velours ou d’un cuir, et son nom provient d’ailleurs de l’ancienne table couverte de bure qui servait à cet usage. Le bureau peut comporter des tiroirs et des tablettes coulissantes dans la ceinture. L’historien de l’art et ancien conservateur du Louvre, Daniel Alcouffe, signale que les premiers bureaux n’apparaissent pas avant 1668. En 1672-1673, on trouve ainsi un premier « bureau », pourvu d’un seul tiroir, dans l’inventaire du mobilier de Louis XIV. Nous allons examiner en détail un bureau estampillé de Galet (photo 1).

 

 

Photo 1. Bureau plat d’époque Louis XV estampillé de J.C. CALET. Dimensions : long. 145, prof. 74, haut. 78 cm.

 

La structure du meuble

De forme mouvementée, ce bureau ouvre à trois tiroirs en ceinture et repose sur des pieds cambrés. Son plateau est garni de cuir noir décoré au petit fer et ceinturé d’une lingotière de bronze. Son plateau est bien celui d’origine (des plateaux remplacés peuvent se rencontrer), il est d’ailleurs frappé de l’estampille de J.C. CALET, dans un angle sous le cuir, et une découpe a été pratiquée dans celui-ci pour rendre lisible l’estampille (photo 2). Cet ébéniste n’est pas répertorié dans les ouvrages de référence, il s’agit probablement d’un ébéniste de province peu connu.

 

Les bois

Le bâti et les tiroirs sont en chêne. Tout le bâti est plaqué de bois de violette en feuilles, de même que les tiroirs qui comportent des encadrements d’amarante séparés par un large filet de bois de rose en bois de travers (photo 3). Les chanfreins sont également en bois de rose. De même pour les côtés et la face arrière du bureau. Le chant des tiroirs est plaqué de palissandre de Rio en bois de travers (photo 4).

 

Les techniques de fabrication

Pour les deux petits tiroirs, il est intéressant de noter, car cela est très classique, que la façade a été épaissie par collage, afin d’obtenir une masse de bois plus épaisse pour débiter le galbe de façade (photos 5 et 6). Comme dans les commodes ou bureaux parisiens, les chants supérieurs des tiroirs ont été arrondis (photo 7).

 

 

Les fonds de tiroirs sont montés en feuillures, conformément aux fabrications d’époque Louis XV (voir croquis 1 et photo 8).

 

 

Ce qui est moins courant, mais indique une fabrication de qualité, dans les côtés de tiroirs, l’ébéniste a découpé une petite languette qui vient cacher l’orifice du bout de la feuillure de façade (photo 9). Les côtés de tiroirs sont montés à trois queues d’aronde à l’avant et à l’arrière. Enfin, les traces d’outils sont conformes aux techniques de débit de bois au XVIII, sciage manuel à l’intérieur du bâti (photo 10).

 

Les bronzes

Les bronzes sont bien ceux d’origine et n’ont pas été rapportés postérieurement. On constate les traces d’ébarbage à la grosse lime sous les poignées de tiroirs, ce qui est un très bon signe d’authenticité (photo 11). Par contre, tous les bronzes ont été redorés et aucune trace d’usure n’apparaît sur la dorure. Les sabots enveloppent bien les bouts de pieds conformément à ce qui se faisait au XVIIIe siècle. La lingotière qui entoure le plateau est constituée d’éléments soudés, comme cela se pratiquait à cette époque, et elle est fixée par des clous de laiton.

 

Les restaurations

Dans le fond du bâti, on peut remarquer la restauration d’une fente sur bois avec de la toile encollée, pratique très courante au XIXe siècle (photo 12). On peut considérer que ce bureau est un très beau modèle, avec d’excellentes proportions, bien équilibrées. Le galbe des pieds est très élégant. Ce genre de bureau est très recherché des amateurs d’art et fait toujours des prix élevés. A titre d’information, ce type de bureau peut parfois posséder un cartonnier, ce qui augmente notoirement sa valeur si le cartonnier est bien celui d’origine (photo 13).

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Bureau plat galbé en bois de placage ouvrant à trois tiroirs en ceinture, ornementation de bronzes ciselés et dorés. Plateau gainé d’un cuir et ceint d’une lingotière en bronze. Époque Louis XV. H. 74 cm – L. 142 cm – P. 76 cm. (Insolé, petits accidents et manques). Adjugé à 15 000 euros (hors frais) le 19 juin 2019 à Angers.

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