Le 5 juin 2020 | Mis à jour le 17 juin 2020

Kintsugi ou l’art de restaurer en beauté

par Alexandra Flory

Le 9 juin à Paris, les enchères se sont envolées lors de la vente d’arts asiatiques organisée par la maison Cornette de Saint Cyr à Paris. Parmi les pièces phares figuraient des céramiques restaurées à partir de la technique du Kintsugi.

 

La restauration Kintsugi, plus qu’une technique, une philosophie 

Le Kin-tsugi, littéralement « jointure en or », est une méthode de restauration des céramiques d’origine japonaise, apparue au XVe siècle, époque durant laquelle la céramique comptait parmi les objets d’art les plus précieux, étroitement liés à la cérémonie du thé traditionnelle. Les japonais ne maîtrisent alors pas encore la fabrication de la porcelaine qu’ils importent depuis la Chine. Aussi, lorsque l’une d’elles était cassée, elle était envoyée en Chine pour être réparée et revenait le plus souvent couverte d’agrafes métalliques, peu esthétiques. 

Mais très vite, les artisans japonais commencent à utiliser la laque, déjà employée pour l’urushi-e, ainsi que la poudre d’or pour réparer leurs céramiques : le Kintsugi était né.

Plus qu’une technique, le Kintsugi correspond au concept esthétique et spirituel Wabi-sabi. Dérivée des principes bouddhistes zen, cette philosophie rejette la quête incessante de la perfection et invite à apprécier la beauté du monde qui nous entoure, en acceptant ses imperfections et les altérations du temps. Ainsi le Kintsugi prend en compte le passé de l’objet en choisissant non pas de s’en débarrasser ou d’en dissimuler les fissures, mais en préférant au contraire les magnifier pour rendre la céramique plus esthétique encore, dans l’idée d’une renaissance

 

Chine, dynastie Yuan (1279-1368). Coupelle en grès émaillé de type Junyao. Restauration Kintsugi. D. 15,2 cm. Adjugé 3 042 euros.

 

Des pièces rares sur le marché

D’origine japonaise, la restauration Kintsugi est aujourd’hui apparente sur les céramiques tant chinoises que coréennes ou japonaises. Ces pièces, prisées des collectionneurs, sont particulièrement rares sur le marché. “Il est rare de voir autant de pièces de ce type dans une seule vente, habituellement nous en présentons une de temps en temps”, précisait ainsi l’expert en arts asiatiques Jean-Luc Estournel, à l’occasion de la vente exceptionnelle le 9 juin dernier de onze céramiques chinoises et coréennes restaurées selon la technique du Kintsugi. 

Cette technique de restauration, de par sa beauté et sa signification, constitue un atout considérable pour une céramique. “Une restauration Kintsugi peut valoriser avantageusement une céramique de qualité moyenne. Toutefois, pour ce qui est des pièces de très grande qualité, les collectionneurs auront tendance à privilégier une céramique qui ne présente aucune usure ou trace de restauration.” 

 

Chine, XIXe siècle. Bol en grès à couverte céladon. Restauration Kintsugi. D. 14,9 cm. Adjugé 1 774 euros.

 

La valeur de ces pièces restaurées est étroitement liée à la valeur de la céramique en elle-même, les pièces chinoise, plus épurées, étant ces dernières années plus recherchées que celles d’origine coréenne. Le 9 juin, ce sont ainsi deux céramiques chinoises qui ont enregistré les plus beaux résultats, avec une coupelle en grès émaillé de la dynastie Yuan (1279-1368) qui a doublé son estimation, trouvant preneur à 3 042 euros, et un bol de la même époque adjugé à 2 873 euros.

A noter qu’une restauration yobi-tsugi, variante du Kintsugi consistant à remplacer l’un des tessons par une pièce recueillie sur une autre céramique, constitue elle aussi un atout pour la vente, du fait de son originalité et de sa rareté. En témoigne l’adjudication à 1 859 euros d’une coupelle en grès coréenne issue de la dynastie Joseon (1392-1910). 

 

Corée, dynastie Joseon c. XVe siècle. Grès. Restauration Yobitsugi. D. 14 cm. Adjugé à 1 859 euros.

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