Le 10 mars 2021 | Mis à jour le 19 mars 2021

La bibliothèque du château de Barante dispersée à Clermont-Ferrand

par Clémentine Pomeau-Peyre

Si les livres racontent souvent des histoires, une bibliothèque peut parfois raconter l’Histoire, petite ou grande. Les 23, 24 et 25 mars, l’étude Vassy et Jalenques de Clermont-Ferrand disperse le contenu d’une bibliothèque familiale, dont la constitution a commencé au XVIIe siècle.

 

« Nous avons sélectionné environ 1 300 livres parmi les milliers qui se trouvent encore au château de Barante, s’émerveille l’expert Tristan Pimpaneau. L’ensemble a été choisi, relié, classé et conservé dans la même famille depuis trois siècles. Et pour aider les amateurs à s’y retrouver, nous avons divisé la vacation en chapitres thématiques ». 

 

Une collection constituée depuis le XVIIe siècle par la famille de Barante

Au premier, des ouvrages sur l’Auvergne, qui montrent l’ancrage de cette famille dans la région. « Au XVIIe et XVIIIe siècle, les Barante sont des juristes, ils ont conservé un certain nombre d’ouvrages de droit coutumier auvergnat, dont un exemplaire des Ordonnances de Louis XIV (estimé 600 – 800 euros) et un Coutumier d’Auvergne de 1695 (600-800 euros) entièrement annotés par l’auteur, le célèbre jurisconsulte auvergnat Claude-Ignace Prohet, parent des Barante », précise l’expert. 

Viennent ensuite les livres anciens, du XVIe au XVIIIe siècle, suivis des ouvrages des XIXe et XXe siècles. Sans doute l’une des périodes les plus intéressantes de cette collection, grâce notamment à Claude-Ignace de Barante, et à son fils Prosper. Le premier est préfet, notamment pendant la période révolutionnaire, et en grand passionné de bibliophilie, enrichit son fonds d’ouvrages d’histoire naturelle, de voyages, d’ethnographie. « Incarcéré à Thiers en 1793 avant d’être envoyé à Paris devant le tribunal Révolutionnaire, il écrit à sa femme pour lui indiquer les ouvrages à acheter, et les consignes à donner aux relieurs… Il sera heureusement libéré et pourra retrouver ses chers livres », s’amuse Tristan Pimpaneau, qui souligne ainsi l’une des caractéristiques de cette bibliothèque : la qualité des reliures, souvent réalisées par les plus grands artistes parisiens. Dans les apports de Claude-Ignace, notons une édition originale du Mariage de Figaro de Beaumarchais (500 – 600 euros), un exemplaire des œuvres de Thomas Hobbes, de 1750, illustré d’un frontispice de Leviathan (800 – 1 000 euros) ou encore un rare ensemble du Journal de Paris en 36 volumes, couvrant la période entre juillet 1779 et septembre 1801 (2 000 à 3 000 euros). Le Journal de Paris est le premier journal français quotidien, il se faisait l’écho des sorties théâtrales, des faits divers, des informations météo, etc.

 

 

 

C’est ensuite au tour de Prosper de diriger la bibliothèque familiale. Homme de lettres, homme politique, historien et diplomate, il fréquente les salons littéraires et noue des relations avec Benjamin Constant, Madame Récamier ou Madame de Staël. Il est également l’auteur des Mémoires de Madame la Marquise de La Rochejacquelin, certainement l’un des premiers romans historiques. Un exemplaire figure dans la vente, une sixième édition de 1848 (500 – 600 euros). Il n’est pas le seul à avoir eu des velléités d’écriture, puisqu’une section de la vente rassemble les manuscrits et imprimés de la famille elle-même. Prosper de Barante profite de ses voyages diplomatiques pour s’intéresser à la littérature étrangère. Sa collection autour des auteurs russes constitue l’un des chapitres prometteurs de la vente : Mémoires du Comte Orloff, 1819-1821, édition originale dédiée à l’empereur Alexandre 1er (500 – 600 euros) ou une première traduction française de la Dame de Pique de Pouchkine datée de 1843 (500 – 600 euros). 

 

Le fonds d’Auguste Laugel, l’homme de confiance du duc d’Aumale

Un autre chapitre de la vente est lui aussi directement lié à l’histoire de cette famille : le fonds Laugel acquis par Claude de Barante. Auguste Laugel, ami de la famille, a été au XIXe siècle l’homme de confiance du duc d’Aumale, et avait conservé de cette relation priviligiée de très nombreux documents, dont le testament olographe par lequel le Duc annonce ses intentions concernant le futur du domaine de Chantilly et ses collections de livres et d’œuvres d’art (6 000 – 8 000 euros). « De génération en génération, la bibliothèque s’est ainsi enrichie jusqu’à la Première Guerre mondiale, mais le château est désormais déserté par la famille qui souhaite le vendre », explique l’expert. Une première vente de livres avait déjà eu lieu en 2017, mais avec un nombre de lots plus réduits. L’estimation globale de celle-ci se situe autour de 600 000 euros. « Mais nous sommes restés très prudents sur nos estimations, surtout en tenant compte du fait que le marché des livres anciens, malgré de très importantes ventes en ce moment, se maintient bien. »

         Enchérir | Suivez les ventes de la bibliothèque du château de Barante les 23, 24 et 25 mars en live sur interencheres.com

 

 

Découvrez notre sélection de livres de la bibliothèque de Barante

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