Le 1 novembre 2016 | Mis à jour le 3 novembre 2016

La galerie de portraits du château de Villepreux

par Interencheres

20161025-villepreux-ban

Les 7 et 8 novembre 2016, la maison de ventes Lasseron & Associés dispersera le mobilier et les objets d’art d’un château proche de Paris, habité successivement par de grandes familles aristocratiques et fréquenté par de nombreux artistes et écrivains, dont Chateaubriand. Des tableaux d’Hubert Robert et de Girodet-Trioson aux sculptures de Tenerani, en passant par les meubles d’ébénistes tels que Molitor et Jacob, cette collection est certainement l’une des dernières aussi complète en mains privées. Un événement exceptionnel pour le marché de l’art.

.

En 1607, l’ingénieur fontainier du château de Saint-Germain-en-Laye Thomas de Francini achète le domaine de Villepreux, dans les Yvelines, et il y fait construire une propriété. D’héritages en mariages, le château fut habité par grandes familles aristocratiques françaises et fréquenté par de nombreux artistes et écrivains. Lundi 7 et mardi 8 novembre 2016, la maison de vente Lasseron & Associés dispersera à Paris les collections du château. La première vacation sera consacrée aux 2 500 volumes de la bibliothèque, comprenant des livres d’histoire, des mémoires, divers livres de voyage, quelques atlas… La seconde vente dévoilera aux amateurs une exceptionnelle collection constituée au cours du XIXe siècle par l’une des grandes familles françaises. De rares œuvres d’Hubert Robert, de Pierre Henri de Valenciennes et d’Anne Louis Girodet-Trioson côtoieront les sculptures de Pietro Tenerani et un très bel ensemble de mobilier allant de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle avec des ébénistes tels que Molitor et Jacob. La collection du château de Villepreux est certainement l’une des dernières aussi complète en mains privées.

.

.

Cette vacation proposera une galerie de portraits des familles qui résidèrent à Villepreux. Trois générations de propriétaires qui ont posé pour les plus grands artistes de leur temps, dont Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824). Elève de Jacques-Louis David (1748-1825), Girodet s’est toutefois efforcé de s’émanciper de l’influence de son maître en développant un style personnel, entre néoclassicisme et romantique, et jouant constamment sur les effets de lumière. L’artiste a réalisé le portrait de Madame Augustine Bertin de Veaux (née en 1780) [portrait au milieu ci-dessous] et propriétaire du château de Villepreux Girodet exposa ce portrait au Salon de 1809, en même temps que six autres portraits féminins et celui de Chateaubriand. La pose adoptée par Girodet pour ce portrait (bras gauche replié sur le dossier de la chaise sur laquelle elle est assise, le buste de trois quart, la jeune femme nous regarde en face) reprend celle de celui de « Madame de Verninac » par David et conservée au Louvre. « Mais si David s’inspire clairement de la représentation sculpturale des matrones romaines, chez Girodet, l’Antique n’est plus évoqué que par la frise de palmette sur le lambris du mur et la broderie de la robe. Augustine tient un livre à la main. Celui-ci évoque le rôle social réinvesti par les femmes à la Restauration », explique Maître Olivier Lasseron à propos de cette œuvre estimée de 400 000 à 600 000 euros.

.

.

Anne-Louis Girodet-Trioson immortalisa également le portrait de l’époux d’Augustine, Louis François Bertin de Veaux, figure emblématique de l’opposition royaliste à l’Empire, homme politique, journaliste et directeur de presse [portrait à gauche ci-dessus]. Au début du XIXe siècle, Louis François Bertin de Veaux dirige avec son frère une publication majeure de l’époque : « Le Journal des débats ». Si Napoléon Ier aura du mal à contraindre ce journal d’opposition, le retour du roi Louis-Philippe au pouvoir leur titre connaîtra un grand rayonnement, et d’éminents contributeurs écriront pour les frères Bertin, comme l’écrivain François René de Chateaubriand. Le portrait de Louis-François Bertin de Veaux par Girodet a été réalisé au crayon. « Ce dessin s’inscrit parmi le type de portrait dessiné mis au point par Anne-Louis Girodet dans les années 1810. L’artiste, qui correspondait à l’idéal esthétique et au raffinement des Bertin, fréquente la famille depuis le début de l’Empire. Intime du milieu monarchiste et des principaux organes de l’opposition, il dressa plusieurs portraits dessinés des propriétaires du Journal des débats. Girodet se trouvait sous le charme de l’homme d’esprit qu’était Louis-François Bertin de Veaux, pour lequel il éprouvait une grande sympathie. Il parvint à traduire, en plus de son statut social, la finesse d’esprit et le caractère de son modèle dans son profil », détaille le commissaire-priseur (estimation de 20 000 à 30 000 euros).

.

La vente présente également le portrait d’un descendant des frères Bertin, le comte Alphonse Gérard de Rayneval (1813-1858), réalisé par Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867) et estimé de 120 000 à 150 000 euros [portrait à droiteci-dessus]. Ingres a d’ailleurs peint le portrait du frère de Louis François Bertin de Veaux, qui s’appelait François Bertin l’Aîné. Conservé au musée du Louvre, ce « Portrait de Monsieur Bertin » est considéré comme l’archétype du portrait bourgeois et reste l’une des œuvres les plus célèbres de l’artiste. Pour mieux comprendre ce tableau, ainsi que l’art du portrait au XIXe siècle et toute l’histoire des collections privées, rendez-vous à la vente aux enchères du château de Villepreux.

Lien vers l’annonce de la vente aux enchères

Haut de page

Vous aimerez aussi

Expertise : un cartel d’époque Régence en marqueterie Boulle

Le 21 janvier 2021 | Mis à jour le 21 janvier 2021

Les cartels comptent parmi les rares objets encore fabriqués en marqueterie Boulle au milieu du XVIIIe siècle. Jacques Dubarry de Lassale décrypte ce travail d’une extrême minutie à travers l’expertise […]