L’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo ouvre sa saison estivale avec une sélection de tableaux anciens et du XIXe siècle, le 28 juin à Monaco. Focus sur trois peintures flamandes de styles et d’époques différentes.
Les primitifs flamands sont les peintres actifs aux Pays-Bas, et plus précisément dans les villes de Bruges, Gand, Tournai, Bruxelles ou Anvers entre le XVe et le XVIIe siècles. Dans cette période d’activité artistique très intense, ces peintres vont introduire deux innovations majeures pour l’histoire de l’art : la peinture à l’huile, qui permet d’obtenir une luminosité et un rendu des détails inédits, et le réalisme des représentations, des visages humains aux intérieurs et décors.
Parmi les grands noms de cette époque, Pieter Brueghel l’Ancien qui est également le chef de la dynastie familiale Brueghel. Dans la vente de l‘Hôtel des ventes de Monte-Carlo du 28 juin, la représentation du Massacre des innocents (scène biblique au cours de laquelle le roi Hérode ordonne le meurtre de tous les enfants de moins de 2 ans) « est une réinterprétation par Abel Grimmer de la peinture autour du même thème de Pieter Brueghel l’Ancien. Il a repris l’essentiel de la composition mais en réduisant le format de moitié et en ajoutant quelques variantes », analyse le cabinet Turquin chargé de l’expertise du tableau (estimé 60 000 à 80 000 euros). Artiste anversois, Abel Grimmer est classé dans les peintres flamands baroques, il a beaucoup représenté la vie quotidienne, le passage des saisons, avec souvent une note d’humour. Le sujet de ce tableau ne s’y prête pas, « il est souvent interprété comme une dénonciation des pillages que l’armée espagnole menait à l’époque dans les Flandres, et de la politique répressive des Habsbourg », indique le cabinet Turquin.
Par Hôtel des Ventes de Monte-Carlo à Monaco le 28/06/2025 : ABEL GRIMMER (ANVERS 1575 – 1619)
Le massacre des innocents
Panneau de chêne, deux planches, renforcé
40,5 x 59 cm
Au dos un cachet de cire armorié: «…CANDIDUS…»
Abel Grimmer réinterprète ici un tableau de Pieter Brueghel l’Ancien, Le Massacre des Innocents (vers 1565), conservé dans la Collection Royale anglaise au château de Windsor. Tout en reprenant l’essentiel de la composition, la disposition des personnages et le paysage; notre peintre réduit le format de moitié et y introduit quelques variantes, notamment dans les détails des branches des arbres. Il accentue également les contrastes chromatiques, enrichissant la scène de rouges plus éclatants. Comme Brueghel, Grimmer transpose la scène biblique dans un village flamand pittoresque, avec ses chaumières sous la neige et détaillant plusieurs épisodes du massacre commandé par le roi de Judée, Hérode. On interprète généralement ce sujet comme une dénonciation des pillages que l’armée espagnole menait à l’époque dans les Flandres et de la politique répressive des Habsbourg. La brutalité de la scène contraste avec la blancheur immaculée de la neige, symbole de l’innocence associée à l’enfance. Avec son style personnel, Abel Grimmer a beaucoup aimé peindre des paysages enneigés et se plaît à déployer de grandes étendues blanches abstraites contrastant avec des murs de briques rouges, sous l’implacable lumière hivernale.
Provenance :
Collection privée européenne Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Monte-Carlo à Monaco le 28/06/2025 : ECOLE DE BRUGES VERS 1500, Entourage de Jan Provost (C. 1465 – 1529)
Golgotha
Panneau de chêne, parqueté
84,5 x 54,5 cm
(Petits soulèvements)
Ce panneau de haute qualité appartient aux derniers feux de l’école de Bruges à la fin du Xvème siècle. On y perçoit l’influence de la grande tradition flamande gothique, notamment dans le groupe de la Vierge, saint Jean et le saintes femmes qui remonte à Rogier van der Weyden [1], mais aussi l’inflexion donnée dans cette ville par les premières œuvres de Gérard David [2] avant 1500, et celles d’Hans Memling [3]. On note leur influence dans les visages des figures, à droite au second plan, et dans celles des deux larrons, qui montrent un réel talent de portraitiste de la part de notre peintre. Les armures des trois soldats à droite montrent l’introduction encore timide de la Renaissance italienne, avec leur décor à l’Antique en spirale sur les armures, ou l’épaulette dorée, autant de détails «extravagants» au tournant des années 1500 et qu’adoptent à la même époque les artistes d’Anvers tels que Jan de Beer, le maître de l’Adoration d’Anvers, le maître de 1518 et les «maniéristes anversois».
Nous rapprochons notre panneau de la Crucifixion de grand format de Jan Provost vers 1505 (117 x 172,5 cm ; Bruges, Groeningemusuem, inv. GRO1661.I).
Les inscriptions brodées sur la cape du cavalier sont difficiles à interpréter, car une partie est cachée par l’arme pointue du soldat devant lui et les plis de l’étoffe verte. Sur le col, on peut lire Romano, peut-être pour «senatus romano». En bas, on déchiffre : «… RCVI 7», peut-être REAL ou un nombre, en redescendant «AEDREOM», puis un monogramme «ATC …AN … [4](une lettre cachée, un C : ?)MEROD..».
[1] par exemple, ses tableaux conservés au Musée du Prado à Madrid, ou au Kunsthistorisches Museum de Vienne.
[2] La Crucifixion du Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid.
[3] Memling, Triptyque de Greverade, Lübeck, St. Annen Museum, 1491.
[4] Le style du tableau diffère de celui du peintre de Bruges Albert Cornelis (avant 1513-avant 1531), par ailleurs très mal connu.
Provenance :
Collection privée européenne Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Monte-Carlo à Monaco le 28/06/2025 : ECOLE FLAMANDE DU XVIIÈME SIÈCLE, SUIVEUR DE MARCELLUS COFFERMANS (1520/30-C.1578)
Vierge à l’Enfant veillé par les anges
Panneau de chêne, une planche, non parqueté
36,5 x 27 cm
(Restaurations anciennes)
Provenance :
Collection privée européenne Voir le lot
Flamands baroques ou gothiques
Le second tableau est une représentation du Golgotha par un artiste de l’entourage de Jan Provost : « Ce tableau appartient aux derniers feux de l’école de Bruges à la fin du XVI siècle, on peut y percevoir l’influence de la grande tradition flamande gothique, mais aussi une inflexion alors en cours sous l’influence grandissante de la Renaissance italienne, et qui se sent sur les premières œuvres de Gérard David ou Hans Memling », analyse le cabinet Turquin (qui a estimé le tableau entre 60 000 et 80 000 euros). Pour exemple, les armures des trois soldats situés à droite du tableau sont inspirées de l’Antique, ornées de spirales et d’épaulettes dorées : autant de détails qui se retrouvent chez les « maniéristes anversois », au moment où leur ville prend l’ascendant d’un point de vue artistique sur Bruges.
Terminons avec un panneau plus tardif, daté du XVIIe siècle, par un suiveur de Marcellus Coffermans, artiste du XVIe siècle actif à Anvers. Ce tableau religieux comme la majorité des sujets de Coffermans représentent une Vierge à l’Enfant veillée par les anges (1 500 à 2 000 euros).