Le 2 juillet 2018 | Mis à jour le 3 juillet 2018

Une toile de Norbert Goeneutte illustrant les Halles de Paris adjugée plus de 57 000 euros en Live

par Diane Zorzi

Samedi 30 juin 2018 à Metz, Maître Laurent Thomas présentait aux enchères une toile de Norbert Goeneutte, entre impressionnisme et naturalisme. Estimée à plus de 8 000 euros, elle a été adjugée 57 152 euros (frais compris) en Live, acquise par un collectionneur étranger à l’issue d’une rude bataille entre des enchérisseurs au téléphone et connectés sur le Live d’Interencheres. Présentée au Salon de 1881, elle illustrait une criée dans l’enceinte des nouvelles Halles centrales de Baltard et témoignait d’un Paris en pleine expansion, prospère autant que destructeur.

 

Les Halles de Paris au XIXe siècle

Au milieu du XIXe siècle, un chantier de grande envergure est entrepris en plein cœur de Paris. A quelques encablures des boulevards haussmanniens, l’architecte Victor Baltard imagine les nouvelles Halles centrales. « Il s’agissait de régler les problèmes de circulation et d’hygiène de ce lieu connu pour être le quartier de commerce et d’échanges de la ville », détaille Maître Laurent Thomas. Entre 1854 et 1870, de monumentales arcades métalliques, encadrant de larges verrières, s’élancent sur la ville, à l’image du Crystal Palace qui arborait déjà outre-Manche une architecture de fonte et de verre. Dix pavillons sont construits accueillant les marchés de viande, de poisson, de fruits ou légumes. « Plusieurs artistes ont dépeint la frénésie des lieux : Léon Lhermitte, Jean Béraud, Victor-Gabriel Gilbert…». Parmi eux, Norbert Goeneutte (1854-1894) illustre en 1881 La criée, les Halles, une grande huile sur toile adjugée 57 152 euros (frais compris, soit 47 000 euros au marteau) en Live par Maître Laurent Thomas samedi 30 juin à Metz.

 

 

Une scène savamment composée

« Goeneutte réalise ici une scène de genre habilement structurée. » L’agitation des acheteurs contraste avec le statisme des crieurs qui mènent, impassibles, les enchères. « Le peintre utilise les colonnes en fer pour créer un réseau de verticales auquel fait écho, au milieu du tableau, une barre horizontale, séparant les acheteurs des crieurs. » De même, le tableau est animé par une diagonale qui s’ouvre avec une femme qui, tenant le livre des comptes, surplombe la foule du haut de son promontoire. « Les couleurs sont elles aussi particulièrement travaillées. En effet, le bleu et le rouge alternent au fil de la toile, entrecoupés par quelques touches de jaunes, un tablier, une cape, un jupon.» Des raies sanguinolentes jonchent le sol, répondant aux poissons morcelés qui attirent quelques acheteurs avides. « Le tableau est la transposition visuelle de quelques-unes des plus belles pages du Ventre de Paris qu’Emile Zola publia en 1873 ». Les denrées abondent dans ce Paris prospère, mais ne profitent pas à tous. C’est un Paris tentaculaire qui enrichit, autant qu’il engloutit.  

 

 

Une toile adjugée 57 152 euros en Live

Si Norbert Goeneutte est connu pour ses portraits d’élégantes, il n’en est pas à sa première représentation de Paris, comme en témoignent les nombreuses œuvres conservées dans les plus grands musées du monde : Le Pont de l’Europe et la gare Saint-Lazare (toile conservée au Musée d’art de Baltimore), les Serveuses du Bouillon Duval (gravure conservée à la Bibliothèque nationale de France à Paris) et Le Boulevard de Clichy, par un temps de neige (toile conservée à la Tate Britain). Exposée au Salon de paris de 1881, cette œuvre est digne elle aussi des plus grandes institutions. Estimée entre 8 000 et 12 000 euros, elle s’est envolée à 57 152 euros (frais compris) en Live sous le marteau de Maître Laurent Thomas, dépassant le Marché des Halles adjugé 39 000 euros à Londres en 2012. Elle a été acquise par un collectionneur étranger à l’issue d’une rude bataille entre des enchérisseurs au téléphone et connectés sur le Live d’Interencheres.

 

 

 

« A droite, à gauche, de tous côtés, des glapissements de criée mettaient des notes aiguës de petite flûte, au milieu des basses sourdes de la foule. C’était la marée, c’étaient les beurres, c’était la volaille, c’était la viande. Des volées de cloche passaient, secouant derrière elles le murmure des marchés qui s’ouvraient. Autour de lui, le soleil enflammait les légumes. Il ne reconnaissait plus l’aquarelle tendre des pâleurs de l’aube. Les cœurs élargis des salades brûlaient, la gamme du vert éclatait en vigueurs superbes, les carottes saignaient, les navets devenaient incandescents, dans ce brasier triomphal. A sa gauche, des tombereaux de choux s’éboulaient encore. Il tourna les yeux, il vit, au loin, des camions qui débouchaient toujours de la rue Turbigo. La mer continuait à monter. Il l’avait sentie à ses chevilles, puis à son ventre ; elle menaçait, à cette heure, de passer par-dessus sa tête. Aveuglé, noyé, les oreilles sonnantes, l’estomac écrasé par tout ce qu’il avait vu, devinant de nouvelles et incessantes profondeurs de nourriture, il demanda grâce, et une douleur folle le prit, de mourir ainsi de faim, dans Paris gorgé, dans ce réveil fulgurant des Halles. »

Emile Zola, Le Ventre de Paris, 1973

 

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