Le 13 novembre 2015 | Mis à jour le 13 novembre 2015

Un déjeuner du XVIIe qui donne l’eau à la bouche

par Interencheres

[Lot du jour] Des fruits pulpeux à souhait, une alléchante pièce de viande, des huîtres prêtes à être gobées… À l’heure où la peinture ancienne est encensée au Palais Brongniart qui accueille Paris Tableau pour la cinquième année consécutive, le marché de l’art dévoile un chef-d’œuvre de la nature morte du XVIIe siècle : une huile sur toile d’Abraham Mignon intitulée Le déjeuner, proposée aux enchères par Maître Delphine Bisman, le dimanche 22 novembre 2015 à Rouen et sur le Live d’Interencheres.
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« Le déjeuner porte bien son nom, car toutes les étapes d’un repas gastronomique sont représentées, explique Maître Bisman, de l’entrée – les huîtres – au dessert – les pommes cuites – en passant par le plat principal – la pièce de jambon centrale, le tout accompagné de vin blanc dans un verre Röemer. » Devenue genre à part entière au début du XVIIe siècle, la nature morte est un type de peinture dont le spectateur doit décrypter le sens caché : le citron symbolise l’écoulement du temps, la grenade promet la fortune, l’huître est un produit aphrodisiaque, etc.
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Cependant, l’expert de la vente René Millet estime que l’artiste « n’a pas choisi ces différents mets pour leur symbolique mais pour leur attachement à un certain niveau social. Il s’agirait donc d’une allégorie de la richesse mise en exergue par le luxe de certains aliments – la pièce de viande, par exemple, était un produit hors de prix à l’époque. » Le commanditaire serait ainsi un personnage important, peut-être un militaire dont les nombreuses victoires seraient célébrées par les feuilles de lauriers sur la gauche ainsi que par la présence en arrière-plan, au sommet de la pièce d’orfèvrerie ouvragée, de la déesse Athéna.
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« Composition, technique, exécution… Tout dans ce tableau témoigne de sa qualité muséale, s’enthousiasme Maître Bisman. Mignon, originaire d’Allemagne et figure emblématique du genre de la nature morte, représente toutes les matières avec une grande exactitude : la texture des aliments est rendue avec le plus grand soin et l’on distingue sans peine l’aspect rugueux du zeste de citron ou les traces de coups de couteaux donnés dans le jambon. Le rideau en arrière-plan, quant à lui, est caractéristique des fonds sombres fréquemment utilisés à cette époque pour mettre en valeur les objets placés devant. Il n’y qu’à regarder l’éclat de la grenade, le jeu de contraste est parfait ! »
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Redécouvert dans une petite maison de Normandie, ce tableau est répertorié dans plusieurs inventaires depuis le XVIIIe siècle. Présenté aux côtés de cinq autres œuvres de Mignon à Paris en 1867, dans le catalogue de la vente des collections du Comte de Schönborn, il remportera la plus haute adjudication. « Mignon est un peintre reconnu de natures mortes de fleurs et de fruits, plusieurs de ses œuvres se trouvent au Louvre et au Rijksmuseum, conclut l’expert. En très bel état et sur sa toile d’origine, ce tableau estimé 300 000 euros ne manquera pas d’intéresser les institutions muséales. »
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Notons également dans cette même vente une toile de Blanche Hoschedé-Monet (1865-1947), seule élève ayant bénéficié des conseils et de l’expérience de Claude Monet. Intitulée Peupliers des ajoux, cette huile sur toile est caractéristique de la première période impressionniste de l’artiste, pendant laquelle elle travaillait aux côtés du maître à Giverny. Estimation : 20 000 euros.
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Lien vers l’annonce de la vente aux enchères

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