Dans le cadre des ventes du Château de Sailhant, la maison Aguttes présente le 3 juillet une rare statue en bois de la Vierge, datée fin XIe ou début XIIe siècle.
Le directeur du département mobilier et sculptures chez Aguttes ne tarit pas d’éloges sur cette pièce : « C’est le lot le plus important des ventes consacrées à ce château, cette sculpture est extraordinaire à la fois par sa rareté, son histoire, sa qualité… Les Vierges comparables sont soit dans des églises soit déjà dans des collections internationales ».
Une rare Vierge auvergnate
En bois de noyer sculpté, cette statue appartient au corpus des vierges auvergnates : « A l’origine de cette iconographie, il y a la vision de l’abbé Robert de Mozac, dont la vie est assez mal documentée, mais il reçoit vers la fin du Xe siècle, une apparition de la Vierge Marie tenant Jesus dans ses bras, dans une position de trône de la sagesse ou Sedes Sapientiae », indique Grégoire de Thoury.
Suite à cette vision, l’évêque de Clermont, Etienne II fait concevoir la première Sedes Sapientiae, décorée d’or et de pierreries (elle sera détruite au moment de la Révolution). Et les artisans locaux s’emparent de ce modèle pour sculpter des Vierges, dont celle-ci, mais cette fois en bois afin d’orner les églises et chapelles locales. « Notre Vierge a été acquise en 1998 par Joseph Pell Lombardi pour la chapelle du château de Sailhant. Mais sa forme très intemporelle, ses traits épurés et son format restreint peuvent intéresser à la fois des collectionneurs de Haute époque et d’art contemporain », espère le directeur de département. Il a prudemment estimé cette statue entre 80 000 et 140 000 euros.
Par AGUTTES à Neuilly-sur-Seine le 03/07/2025 : RARE SAINTE VIERGE À L’ENFANT
EN MAJESTÉ « SEDES SAPIENTIAE »
en bois de noyer sculpté. Le dos creusé (fermé par une plaque
de bois). Notre Dame se tient assise, hiératique en majesté sur
un trône, les bras ouverts présentant son Divin Fils enfant assis
(amovible) revêtu d’une toge et présentant de sa main gauche
le livre ouvert des Saintes Ecritures. Sa main droite qui devait
bénir est manquante.
France, Auvergne, fin du XIe siècle, début du XIIe siècle.
Hauteur : 77,5 cm – Largeur : 36 cm – Profondeur : 17,5 cm
(traces de polychromie ancienne, accidents, manques visibles et
restaurations, nombreuses pointes de fer forgé, éléments rapportés)
PROVENANCE
– Réputée acquise en Auvergne vers 1930 par Madame Marais
[courrier de François Bigot en date du 18 janvier 1998].
– Acquise auprès des héritiers Marais par Madame Gabrielle
Laroche par l’intermédiaire de François Bigot.
– Acquise auprès de la précédente par Joseph Pell Lombardi
[facture en date du 8 décembre 1998]
– Collection particulière Joseph Pell Lombardi pour la chapelle de
son château du Sailhant (Cantal)
BIBLIOGRAPHIE
« La science au secours de l’expert : une sculpture bien authentique
», article de François Bigot publié dans l’ouvrage Vrai ou Faux,
l’expertise des Objets d’Art par l’Union Française des Experts,
Faton (1994). Pages 48 à 51 (reproduite).
On y joint le compte-rendu détaillé de l’examen tomographique
effectué par le laboratoire de Gilles Perrault en 1991 qui met en
évidence le fait que la tête de la Vierge a été sculptée en même
temps que le corps, dans la même masse de bois puis sciée
horizontalement. Une pièce moderne a ensuite été rajoutée pour
rallonger le cou, ainsi qu’une pièce placée devant le cou masquant
une fissure importante dans le bois d’origine en façade. L’analyse
prouve aussi que l’Enfant Jésus est bien originel et a été également
taillé dans la même essence et à la même époque que la Vierge
quoique dans une masse indépendante et fixé dans un second
temps. (Deux points de fixation anciens sont d’ailleurs rebouchés
sur le ventre de la Vierge).
Notre rarissime sculpture s’inscrit dans le corpus archétypal
des Sedes Sapientiae (« Trône de la Sagesse ») emblématique
de l’iconographie romane.
La profusion de ce type de sculpture en particulier en Auvergne
s’explique par l’origine auvergnate de son iconographie. C’est en
effet la vision de l’abbé Robert de Mozac au Xe siècle, rapportée
dans le Codex Claromontanus (ms. 145 de la Bibliothèque
du Patrimoine de Clermont-Ferrand) qui est à l’origine de ces
images pieuses.
Par ce long récit du diacre Arnaud à la fin du Xe siècle, nous
apprenons que l’abbé de Mozac près de Riom, reçut une
apparition de la Sainte Vierge Marie dans une lumière céleste,
trônant en majesté, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras assis
sur le giron de sa mère. Notre Dame s’adressa à Robert et lui
commanda à la fois la cathédrale et son image.
C’est ainsi que l’évêque de Clermont, Etienne II, fit concevoir
(surement sous la direction de Robert) la première Sedes
Sapientae : un trésor prototypique d’or et de pierreries qui fut
détruit par la Révolution.
La trace de cette oeuvre originelle est heureusement visible grâce
au dessin en marge à la plume du « Codex Claramontanus »
(Fig. 1). C’est cette première sculpture, conforme aux volontés
révélées mystiquement à Robert de Mozac, qui fut à l’origine
de toutes les Sedes Sapientiae du genre dans laquelle notre
exemplaire s’inscrit parfaitement.
La frontalité rigoureuse, l’absence d’interaction entre les figures
et la hiératisation marquée des corps sont autant de caractéristique
typique de l’art roman. Le siège, massif et cubique,
renforce la symbolique de la majesté divine inébranlable. Le
traitement des drapés, schématique mais rythmé, témoigne
d’une volonté d’ordonner les formes pour exprimer la stabilité
et la transcendance.
Le titre même de Sedes Sapientiae (« Trône de la Sagesse »)
pour désigner cette typologie d’oeuvre mystiquement révélée
emprunte directement un vocable marial. Ce titre désigne
ainsi littéralement la Sainte Vierge Marie se faisant elle même,
en toute sa personne, le trône de son Divin Fils dont elle est à
la fois mystiquement la Fille, l’Epouse et la Mère.
Notre Sedes Sapientiae est remarquable par sa coiffe presque
carolingienne qui présume d’une datation plus ancienne qu’à
l’ordinaire. Elle est plus particulièrement à mettre en rapport
avec la Vierge en majesté dite de Limay (Fig. 2) actuellement
conservée à la cathédrale Saint-Louis de Versailles [Référence
Mérimée : PM78000261] qui est elle aussi probablement originaire
d’Auvergne. Les Vierges d’Orcival (Fig. 3) et de Saint-Gervazy
(Fig. 4) étant aussi de bons comparatifs répertoriés.
Destinées à la dévotion dans les églises paroissiales ces sculptures
affirment la présence de la Sainte Vierge Marie comme
l’interlocutrice privilégiée des âmes qui veulent connaître, aimer
et servir son Divin Fils. Voir le lot
Par AGUTTES à Neuilly-sur-Seine le 03/07/2025 : ARBALÈTE À MOUFLE
Système de rechargement par guindeau.
Arbier droit à sabot avec attelles de renfort en
fer forgé et table en os. Crocs à quatre poulies
(cordage postérieur). Puissant arc en fer forgé
et étrier avant. Corde ancienne.
Travail du XVIIe siècle.
Arc : 68cm. – Longueur totale : 110 cm.
(Rare pièce complète et homogène. Quelques
oxydations, manques et mécanique à revoir) Voir le lot
Par AGUTTES à Neuilly-sur-Seine le 03/07/2025 : ARBALÈTE JALET
Arbier courbe décoré de plaques de laiton
découpé et crosse quadrillée et ciselée
à décor d’une tête d’homme barbu avec
des yeux en verre. Extrémité de l’arbier
doté d’un estoc en laiton et tête de fer.
Probable travail espagnol
du début du XIXe siècle.
Arc en fer forgé de 49 cm
Corde avec fronde ancienne.
Plaque de couche en laiton.
Arc : 68 cm – Longueur totale : 80 cm
(Mécanique à revoir) Voir le lot
Par AGUTTES à Neuilly-sur-Seine le 03/07/2025 : TRONC D’OFFRANDES
AUX ÂMES DU PURGATOIRE
pour faire dire des messes pour la libération
des âmes du Purgatoire en bois de chêne
polychromé. En partie basse le coffret
du tronc avec abattant à fente ferrure.
Dosseret supérieur sculpté d’un relief
à trois âmes priantes dans les flammes
du Purgatoire.
France, Auvergne, XVIIe siècle.
Hauteur : 37 cm – Largeur : 20,5 cm
Profondeur : 14,5 cm
(Petits accidents et manques visibles)
BIBLIOGRAPHIE
George Dubouchet , Du meuble de style au mobilier
usuel populaire du massif central, Amis des
Arts et Traditions Populaires du Massif Central
(2013). Reproduit.
PROVENANCE
– Chapelle du château de Saint-Christophe-sur-
Dolaizon (Auvergne)
– Collection Lionel Teissèdre
– Collection Alain Colomb
– Collection particulière Joseph Pell Lombardi
pour la chapelle de son château du Sailhant
(Cantal) Voir le lot
Par AGUTTES à Neuilly-sur-Seine le 03/07/2025 : BACINET À BEC DE PASSEREAU
Timbre forgé en deux parties,
bordé de neuf rivets sur la partie inférieure
et dix sur la partie recevant le mézail.
Les rivets intérieurs comportent des restes
de cuir fossilisé. Il est percé pour recevoir
une cote de maille additionnelle et ourlé
sur le pourtour. Mézail battu en une partie,
percé pour ventilation et vue. Il est monté
sur deux rivets en forme de toupies.
En partie du XVe siècle (mézail rapporté).
Hauteur : 23 cm – Largeur : 36 cm
PROVENANCE
Vente Tajan du 28 avril 2003,
couverture du catalogue.
Casque emblématique de la guerre de cent ans
et associé à l’image du Guesclin en particulier. Voir le lot
Libérer les âmes du purgatoire
A côté de la Vierge, dans la chapelle, le collectionneur new-yorkais avait placé une autre de ses acquisitions : un tronc d’offrande aux âmes du purgatoire (400 à 600 euros). « Cet objet daté du XVIIe siècle, en chêne polychrome, est un symbole de piété populaire puisqu’ils s’agissait de contribuer à libérer les âmes du purgatoire au travers de dons », précise Grégoire de Thoury.
Toujours issu des collections du château auvergnat, un casque bacinet à bec de passereau (3 000 à 5 000 euros) devrait également susciter quelques vocations. Il est en partie du XVe siècle, « et très caractéristique des casques utilisés durant la guerre de 100 ans, on peut l’associer à l’image de du Gesclin par exemple », ajoute Grégoire de Thoury. Il signale également deux arbalètes, la première du XIXe siècle (800 à 1 000 euros), et la seconde du XVIIe siècle (2 000 à 3 000 euros). Elles viennent également rappeler que les châteaux tels que celui de Sailhant étaient d’abord des constructions défensives bâties comme des forteresses, en hauteur.
Deux autres vacations vont être organisées par la maison Aguttes afin de disperser la collection de Joseph Pell Lombardi : Art impressionniste et moderne le 16 septembre à Neuilly, puis Auction & Motion le 11 octobre à Bruxelles.