Le 15 avril 2020 | Mis à jour le 20 avril 2020

Yves Cosquéric : « L’émission Affaire conclue dévoile notre quotidien de commissaire-priseur.»

par Diane Zorzi

Depuis 2018, Yves Cosquéric est l’un des experts vedettes de l’émission « Affaire conclue », diffusée chaque jour sur France 2. Alors que le programme enregistre des records d’audience en cette période de confinement, le commissaire-priseur se confie sur son parcours, de la maison de ventes de Brest au petit écran…

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir commissaire-priseur ?

C’est la curiosité et l’amour des objets qui m’ont poussé à faire ce métier. Je me souviens de mes grands-parents qui chinaient après-guerre pour meubler leur maison dans le Finistère. Ils avaient réuni un ensemble hétéroclite de meubles syriens, vases Art déco, peintures de Barbizon… Tout cela a aiguisé ma curiosité, de même que les voyages que j’ai eu la chance de faire avec mes parents. Durant mon enfance, nous allions visiter les musées, ainsi que de belles propriétés, notamment dans le Sud-Ouest de la France. J’avais toujours tendance à soulever les objets, à les scruter. J’ai alors suivi un parcours artistique aux Beaux-arts pendant un an, avant d’entrer en fac de droit, ne sachant pas encore vers quel métier je me dirigeais. A cette époque, je ne connaissais pas du tout la profession de commissaire-priseur. Après deux années de droit, j’ai contacté la maison de ventes de Brest pour y faire un stage. J’y travaillais alors l’été et lors de mon temps libre. Je me suis rapidement rendu compte que ce milieu des ventes aux enchères me plaisait.

 

C’est d’ailleurs au sein de cette maison de ventes de Brest que vous travaillez aujourd’hui…

Oui, mais je n’ai racheté l’étude brestoise d’Hubert Martin qu’en juin 2005. Avant cela, j’ai obtenu une maîtrise en droit privé et me suis installé à Paris pour y suivre une licence d’histoire de l’art et archéologie à la Sorbonne. J’ai obtenu l’examen d’accès au stage de commissaire-priseur et j’ai été diplômé en 1996, mais je voulais travailler dans le grand Ouest, où vit toute ma famille, et je n’ai pas trouvé tout de suite d’étude dans laquelle je pouvais m’associer. J’ai donc rejoint le marché de l’export. A cette époque, ce marché a connu un boom extraordinaire. Je travaillais en lien avec des marchands qui achetaient des œuvres et objets d’art pour les exporter ensuite, notamment aux Etats-Unis. Mon œil de commissaire-priseur les intéressaient. J’y suis resté cinq ans et cela m’a permis d’acquérir une connaissance technique des objets, des meubles et des tableaux. Et puis finalement, en 2003, mon ancien maître de stage Hubert Martin m’a contacté car il souhaitait céder son étude. Nous nous sommes associés pendant un an et j’ai finalement racheté l’étude. Aujourd’hui, j’y travaille avec quatre salariés et nous avons nos propres locaux dans le centre de Brest.

 

 

Une spécialité vous tient-elle particulièrement à cœur ?

Nous organisons des ventes aussi bien volontaires que judiciaires, avec des spécialités diverses. J’ai notamment développé les ventes « L’âme bretonne » dans lesquelles nous présentons des tableaux, textiles et objets d’art populaire qui évoquent l’identité culturelle de la région, mais aussi des ventes d’art asiatique. J’ai toujours été passionné par cet art et j’avais d’ailleurs suivi à la Sorbonne une spécialisation dans l’art chinois et indien. Nous avons ainsi organisé une première vente d’art vietnamien en 2005 et les poursuivons encore aujourd’hui.

 

En janvier 2018, vous avez rejoint l’équipe de l’émission « Affaire conclue », dans laquelle vous livrez vos conseils aux téléspectateurs. Qu’est-ce qui vous a incité à participer à l’émission ?

Lorsque la production m’a contacté en décembre 2017, je ne connaissais pas bien l’émission. Mais lorsque je l’ai regardé, j’ai trouvé que c’était une manière intéressante de populariser notre profession et de démocratiser le monde des enchères. Elle permet de nous rendre plus accessibles et sympathiques, alors que beaucoup ont encore l’image de commissaires-priseurs coincés dans leurs études, comme dans des tours d’ivoire. J’ai donc accepté de passer un casting par Skype avec les producteurs. Il a fallu ensuite que France TV valide mon image afin de s’assurer que je correspondais à leurs attentes. Puis ils m’ont invité à venir faire un tournage à Paris à la fin du mois de janvier 2018. Je pensais qu’il s’agissait d’un essai, mais en fait ils ont tourné une émission complète et m’ont dit : « ok, on garde tout ! »

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« L’émission a instauré un rapport de proximité et de confiance avec les gens. Ils viennent me voir désormais plus facilement et ne sont plus intimidés par les salles de ventes. »

 

Comment se déroulent les tournages ?

Il y a une ambiance formidable. Nous étions d’abord quatre commissaires-priseurs, nous sommes aujourd’hui huit et nous nous entendons tous particulièrement bien. Je tourne deux à trois fois par mois, et je prends toujours beaucoup de plaisir à faire cette émission. Finalement, « Affaire conclue » dévoile notre quotidien de commissaire-priseur, car nous sommes chaque jour sollicités au sein de notre maison de ventes pour estimer des objets. Nous recevons une fiche la veille au soir du tournage avec quelques éléments succincts sur les objets, mais l’expertise ne commence réellement qu’une fois sur place, lorsque nous sommes face aux personnes et aux objets. Nous ne jouons pas de rôle, nous nous contentons de faire le travaillons que nous faisons chaque jour au sein de notre étude. C’est d’ailleurs un exercice complexe car ce sont souvent des objets qui ont été transmis de génération en génération et qui véhiculent des légendes familiales. J’ai par exemple rencontré une personne qui était persuadée d’apporter un meuble provençal du XVIIIe siècle. C’est en tout cas ce que lui avait dit son arrière-grand-mère, alors qu’il s’agissait en fait d’un meuble du début du XXe siècle. Notre rôle est alors de raconter la réalité de l’objet, de le démystifier en quelque sorte. Mais il y a aussi parfois de très belles surprises, comme le surtout de table que l’un de mes confrères a expertisé lors d’une émission et qui a été vendu autour de 7 000 euros, alors que la personne pensait qu’il valait à peine 1 000 euros. C’est exactement comme dans notre salle des ventes : il y a des déceptions et parfois de très belles surprises !

 

Depuis son lancement l’émission bat des records d’audience. Comment expliquez-vous ce succès ?

L’émission réunit plusieurs choses : la générosité, le professionnalisme et le divertissement. Elle est ludique, tout le monde s’y amuse et cela se ressent. Mais elle est également très enrichissante culturellement car on y apprend l’histoire d’objets méconnus, les styles artistiques etc. Nous essayons de donner les clés aux spectateurs pour apprendre à analyser un objet, car bien souvent nous ne regardons pas attentivement les objets qui nous entourent. D’ailleurs, l’animatrice Sophie Davant, qui au début était néophyte, connaît de mieux en mieux les objets. Et évidement l’émission est très divertissante, notamment avec le show des acheteurs qui ont tous de vraies personnalités. La production a réussi à mélanger les profils, avec des hommes et des femmes de toutes les générations, originaires de Paris ou installés en région. C’est certainement pour cela que le programme séduit aussi bien les jeunes adolescents ou actifs que les retraités. 

 

 

L’émission a-t-elle eu un impact sur la fréquentation de votre salle de ventes ?

Plusieurs personnes m’ont contacté pour des estimations parce qu’ils m’avaient vu dans « Affaire conclue ». L’émission a instauré un rapport de proximité et de confiance avec les gens. Ils viennent me voir désormais plus facilement et ne sont plus intimidés par les salles de ventes. Cela permet véritablement de faire tomber les barrières.

 

Le 13 avril dernier, l’animatrice Sophie Davant a lancé une nouvelle version spéciale confinement. Elle tourne désormais « Affaire conclue » depuis sa maison en Normandie et les commissaires-priseurs estiment les objets à distance, via l’application Skype. Allez-vous prendre part à ce nouveau format ?

Oui, je vais y participer dans les prochains jours. Depuis le début du confinement, l’émission a enregistré des pics d’audience impressionnants à plus de 2,5 millions de spectateurs par jour. C’est un véritable rendez-vous quotidien pour un grand nombre de téléspectateurs, il aurait été dommage d’arrêter faute de tournage. Bien sûr, ça n’est pas la même chose d’estimer un objet à distance, mais nous pourrons émettre des réserves et les acheteurs pourront se rétracter si l’objet ne correspond pas à la description qui en a été faite.

 

 

Du côté de votre maison de ventes, comment vous adaptez-vous aux mesures de confinement ?

La maison de ventes est fermée depuis le 16 mars et le personnel est aujourd’hui en chômage partiel, mais, pour ma part, je continue à travailler à l’étude et j’organise mes ventes seul, à huis clos, sans public, et en direct sur interencheres.com. Nous avons la chance de pouvoir organiser des ventes en live et elles ont du succès. Le 8 mars, j’organisais une vente d’objets de charme et les internautes étaient nombreux et dynamiques. Bien sûr, au début, c’est un peu perturbant, car nous avons l’habitude d’organiser des ventes avec un public. J’ai essayé d’aménager ma salle de telle sorte que je puisse voir les enchères se jouer en direct, tout en montrant ponctuellement les objets, afin de rendre la vente plus vivante. Ce sont des ventes qui demandent un peu plus de temps, mais les retours sont très positifs et j’organiserai une deuxième vente en « live confiné » le 22 avril. Ces ventes dématérialisées vont probablement s’intensifier dans les semaines, mois et années à venir. C’est un moyen efficace d’attirer un plus large public. D’ailleurs, durant le confinement, j’ai moi-même poussé les enchères sur Interencheres lors de la vente organisée par l’un de mes confrères ! Malheureusement, les prix se sont envolés et je n’ai pas remporté le lot.

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