Le 6 juin 2024 | Mis à jour le 6 juin 2024

Expertise : la garniture des sièges au XVIIe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

La garniture d’un siège comprend à la fois la garniture en tapisserie, soit l’ensemble des matériaux utilisés pour garnir un siège, et la couverture, soit le revêtement d’étoffe qui recouvre la garniture et participe au décor du siège. Le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale décrypte pour Le magazine des enchères la garniture en tapisserie à travers l’expertise de plusieurs modèles du XVIIe siècle.

 

Le début de l’époque Louis XIII correspond à une période de transition durant laquelle le support d’assise en bois disparaît pour être remplacé progressivement par des sangles. Il est extrêmement difficile de situer avec exactitude la date de fabrication d’un siège du XVIIe siècle, particulièrement avec les sièges provinciaux, à cause du décalage observé entre Paris et la province pour la mise en pratique des nouvelles techniques. Seule la production de la vallée du Rhône paraît faire exception à cette règle. Je précise que toutes les descriptions et les photos de cet article ont été réalisées à partir de sièges du XVIIe qui n’avaient jamais été dégarnis depuis l’origine. Il m’a été donné de voir dans un grenier de château, quatre fauteuils d’époque Louis XIV en « os de mouton » qui n’avaient jamais été tapissés ; leurs frères se trouvant dans le vestibule du même château. Dernièrement, j’ai également découvert dans un grenier un lit à la Turque d’époque Louis XV qui n’avait jamais été tapissé !

 

Les garnitures sous Louis XIII

Au début de l’époque Louis XIII, les garnitures étaient fixées sur des assises en bois [photo 1], cette planche étant maintenue dans la ceinture du siège au moyen de rainures pratiquées soit dans deux traverses opposées de la ceinture du siège, soit sur les quatre traverses [photo 2]. Dès le règne de Louis XIII, on peut considérer que la plupart des fonds de sièges sont réalisés au moyen de sangles fixées sur le dessus de la ceinture. Le matériau de rembourrage est disposé sur le sanglage et le tout est maintenu par une toile de lin grossière [photos 7 et 8]. Celle-ci est fixée sur le pourtour de la ceinture. Le rembourrage forme une pelote, de faible épaisseur de garniture venant mourir sur le bord du bois formant la ceinture. La garniture est très rustique, mais les matériaux utilisés se rencontrent encore fréquemment dans les productions du début du XXe siècle.

Les toiles et les sangles sont à base de lin ou de chanvre et le tissage en est grossier [photos 3, 4, 5]. Les matières de rembourrage – terme utilisé à l’époque, aujourd’hui on dit plus volontiers garnissage – sont constituées par du crin animal. J’ai détapissé un fauteuil Louis XIV entièrement garni de poils de vache, un autre de foin de luzerne. Certains tapissiers ont également utilisé la laine, l’étoupe [photo 6], la bourre de soie, l’herbe et même les feuilles.

Quant au dossier, les montants et les traverses sont couverts d’une première toile, opération dénommée « entoilage », qui apparaît à l’arrière du dossier. Une seconde toile plus résistante est placée par-dessus pour recevoir le rembourrage. Par-dessus le rembourrage est fixé une toile de lin ou de chanvre pour maintenir la pelote. A cette période, de nombreux sièges simples étaient entièrement recouverts d’étoffe, ne laissant pas de bois apparent.

 

 

Les garnitures sous Louis XIV

Entre Louis XIII et Louis XIV, la garniture n’évolue que très peu, les assises sont garnies de sangles fixées sur la ceinture. Une couche de crin, légèrement plus épaisse, est emprisonnée par une toile de lin grossière qui restera en usage jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La ceinture sera toujours entièrement recouverte par le tissu et ce n’est qu’à partir de la Régence qu’on laissera apparaître le bois de la ceinture qui est très souvent sculpté.

 

L’authenticité des garnitures

Pour s’assurer de l’authenticité d’un tissu ou d’une sangle, la première précaution à observer est de s’assurer que le siège est bien du XVIIe siècle. Ensuite, bien vérifier qu’il n’y ait pas d’autres traces de clous que celles fixant les sangles ou les toiles. Les clous doivent être forgés à la main [photo 9] et ce jusqu’au début du XIXe siècle. Les clous de tapissier qui fixent le galon ou les franges doivent avoir la tête et la pointe en bronze fondu d’une pièce [photo 10 et croquis]. Ces clous de tapissier ont également été en usage jusqu’au début du XIXe siècle. Toutes les coutures de toiles doivent être faites à la main [photo 11 et 12], la machine à coudre n’ayant fait son apparition qu’aux alentours de 1820.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo de Une : Rare suite de six fauteuils à dossier plat en noyer mouluré et sculpté, accotoirs à enroulements feuillagés, piétements torsadés et entretoisés. Epoque Louis XIII. Belle garniture de tapisserie au point à motif feuillagé. Adjugée 10 500 euros le 10 juin 2018 chez Mercier à Lille.

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