Le 14 mars 2024 | Mis à jour le 14 mars 2024

Juliette Jourdan : « La mode m’a permis d’attirer un nouveau public, encore peu familier des ventes aux enchères.»

par Diane Zorzi

Lorsqu’elle prend place derrière la tribune, Juliette Jourdan est dans son élément. La commissaire-priseur de la maison Ouest Enchères Publiques prend autant de plaisir à diriger une vente de matériel professionnel que de mode. Une manière pour elle de se confronter à chaque fois à un nouveau public.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir commissaire-priseur ?

Alors que j’étais jeune bachelière, j’ai assisté à ma première vente aux enchères et j’ai compris que ce métier était fait pour moi. Je m’imaginais déjà derrière la tribune, en train d’interagir avec les acheteurs. J’avais l’impression que si le commissaire-priseur me le demandait, j’aurais pu le remplacer au pied levé. C’était une véritable révélation, car je cherchais depuis longtemps un moyen de concilier mes études d’histoire de l’art et de droit. Je l’avais enfin trouvé. Le métier de commissaire-priseur est très riche et diversifié. Nous sommes des généralistes. Aujourd’hui, j’ai autant de plaisir à diriger une vente judiciaire de matériel professionnel, qu’une vente de mode. Chaque domaine a ses propres codes et bien qu’il y ait une préparation différente, il s’agit à chaque fois d’attirer les enchérisseurs par le biais d’un produit, du tracteur à la montre Rolex.

 

Vous avez particulièrement développé les ventes aux enchères de mode. Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir cette spécialité ?

Lorsque j’étais étudiante, je préférais acheter des pièces de couture d’occasion ou du prêt-à-porter français, plutôt que d’aller dans les grandes enseignes. Une fois devenue commissaire-priseur, la mode m’a permis d’attirer un nouveau public, encore peu familier des ventes aux enchères. Il faut dire que ce domaine est plus accessible. Il ne demande pas la même initiation que la peinture ou la sculpture. Il permet véritablement de démocratiser l’accès aux salles des ventes.

 

« Les modeuses, nombreuses dans les ventes aux enchères, sont là aussi pour dénicher des accessoires ou vêtements, et relancer les tendances. »

 

 

Quel type de public s’intéresse aux ventes aux enchères de mode ?

C’est un public varié, composé aussi bien de femmes que d’hommes. Ce sont des étudiants attirés par des pièces de luxe à prix accessibles, telles qu’une écharpe Burberry ou un sac Louis Vuitton. Un sac de voyage « Keepall » de Louis Vuitton peut se vendre par exemple aux enchères deux à trois fois moins cher selon l’état qu’une pièce neuve dans le commerce. Ce sont également des collectionneurs avisés, à la recherche d’un bijou ou d’un vêtement rare, tel qu’un bracelet Hermès en or des années 1950.

 

Qu’est-ce qui se vend le mieux en matière de mode ?

La maroquinerie est particulièrement bien cotée, avec en tête les marques Hermès, Chanel et Louis Vuitton. Dès lors qu’un objet provient de l’une de ces enseignes, il trouve preneur à un bon prix. A titre d’exemple, une paire de clips à oreilles Chanel s’adjuge deux à trois fois plus cher qu’une autre similaire de la même époque, mais siglée Yves Saint Laurent. Par ailleurs, de façon générale, plus un modèle est récent, mieux il se vend. La marché de la mode vintage reste quant à lui légèrement moins soutenu et dépend de l’âge de chacun. Les clients d’une vingtaine d’années se tournent vers des modèles des années 1990 qui leur évoquent leur petite enfance, de la même façon qu’un quadragénaire se tournera vers les années 1970. Mais les modeuses, nombreuses dans les ventes aux enchères, sont là aussi pour dénicher des accessoires ou vêtements, et relancer les tendances. Le marché de la mode évolue rapidement et il est encore très jeune. Il y a une quinzaine d’années, lorsqu’une valise en toile monogrammée Dior était présentée au commissaire-priseur, celui-ci l’intégrait dans une vente courante et en obtenait 20 ou 30 euros maximum. Aujourd’hui, elle est placée dans une vente dédiée et trouve preneur autour de 200 ou 300 euros, en fonction de son état.

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Crédit photo : Portrait Juliette Jourdan © Sébastien Siraudeau

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