Le 26 août 2020 | Mis à jour le 26 août 2020

Comment expertiser une table de port en gaïac ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Fabriqués entre le XIIIe et le XIXe siècle, les meubles de port sont le plus souvent confectionnés de bois exotiques en provenance des colonies françaises. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile ici comment en distinguer les éléments, essences et origines…

 

Bien qu’ayant fait l’objet d’une production abondante, les meubles de port laissent souvent perplexe lorsqu’il s’agit d’en situer la provenance et d’en identifier le bois. De nombreux bois exotiques ont été utilisés pour la fabrication de ces meubles de port. Florence et Dominique Chaussat, dans leur ouvrage Les meubles de port rochelais paru en 2000 aux éditions Etre et Connaitre, et Louis Malfroy dans son ouvrage Le meuble de port paru en 2000 aux Editions de l’Amateur, en dressent un inventaire exhaustif.

 

Les essences de bois 

Concernant la table que nous vous présentons cette fois-ci, nous avons identifié deux bois exotiques, le gaïac et le satiné. Le gaïac (guaiacum sanctum), bois très dur, d’essence à croissance lente ne donnant que de petites billes, est essentiellement utilisé en tournage. Ce bois bicolore (marron et jaune) sera employé à Nantes et à La Rochelle pour faire des pieds de table et de petits meubles (photo 1). Le satiné (brosimum paraense), bois dur originaire de Guyane et du Brésil, est souvent rubané rouge, rouge et jaune ou jaune.

 

Photo 1. Table d’époque Louis XIV en gaïac à un tiroir en ceinture. Plateau de 65,5 x 48,5 cm, hauteur de 73 cm.

 

Le piétement

Les quatre pieds, tournés en balustre (photo 2) dans une pièce en gaïac de section de 52 mm x 52 mm, sont reliés à la base par une entretoise en H, tournée dans le même bois et qui supporte en son centre une toupie également en gaïac (photo 3).

La ceinture, d’une épaisseur de 22 mm et d’une hauteur de 95 mm, comprend trois travers reliant les têtes de pieds entre elles. Les traverses sont bordées d’une petite moulure en doucine (photo 4). Les deux traverses des côtés sont en bois de satiné rubané, la traverse arrière est en chêne.

 

 

La façade du tiroir est à recouvrement seulement aux deux extrémités des côtés qui viennent buter sur les masses de pieds (photo 1 et 2). La ceinture de façade ne comporte pas de traverse basse pour soutenir le tiroir, car le soutien et le coulissage de ce dernier sont assurés par deux rainures dans les côtés des tiroirs (photo 6) et deux carrelets fixés dans les masses de pieds avant et arrière (photo 7).

 

 

Le tiroir

La façade du tiroir est également en satiné rubané (photo 5), les côtés sont en chêne (photo 6), l’arrière en peuplier et le fond en conifère. Ce dernier est embrevé dans les quatre côtés par des mollets dans des rainures (photo 8). La façade du tiroir comporte un bouton de tirage en bois tourné et teinté noir (photo 5). Les côtés du tiroir sont assemblés à la façade et à la traverse arrière par une seule queue d’aronde (photo 6).

 

 

Le plateau

Le plateau à pans coupés (photo 1), est très débordant, 13 cm de chaque côté. il est réalisé avec du peuplier ceinturé d’une bordure de 38 mm de large en satiné mouluré en doucine et embrevé dans le plateau par une rainure et huit coupes à angles de 22,5° (photo 9). Le canevas qui recouvre actuellement le centre du plateau est postérieur ainsi que les clous de tapissier (photo 10).

Si la couverture d’origine du plateau a disparu, tous les éléments constitutifs de la table sont quant à eux d’époque, sauf un carrelet de coulissage du tiroir.

Il est très difficile de localiser exactement le lieu de production des meubles de port, sauf s’ils présentent des formes ou des décors particuliers. Dans notre cas, on peut raisonnablement penser que cette table est nantaise ou rochelaise.

De toute façon, cette table de type Louis XIV est de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle.

 

 

 

Photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

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