Le 13 janvier 2021 | Mis à jour le 14 janvier 2021

Comment expertiser une table en cabaret ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Désignant à l’origine un plateau, le terme cabaret est employé dès le XVIIe siècle pour décrire une table ronde, ovale, chantournée, triangulaire ou rectangulaire, comportant un plateau supérieur dont le rebord incurvé permet de recevoir des boissons telles que le thé ou le café. Jacques Dubarry de Lassale dévoile les particularités de ce meuble décoratif, apprécié pour son élégance et sa fonctionnalité, à travers l’expertise d’un modèle en cerisier, pourvu de deux plateaux à caisson et d’un tiroir.

 

La table que nous allons examiner (photo 1) a été construite en cerisier en ce qui concerne les trois pieds et la tablette d’entrejambe. Le caisson supérieur est en sapin plaqué de noyer. Le tiroir est en noyer plaqué de noyer. Cette particularité s’explique par le fait que la façade du tiroir en noyer massif est forcément en bois de fil alors que le placage du caisson est en bois de travers. L’ébéniste a été obligé, pour conserver une certaine unité d’aspect, de plaquer également la façade du tiroir en bois de travers (photo 1).

 

[Photo 1] Petite table « en cabaret » à deux plateaux à caisson et un tiroir.

 

Le caisson inférieur est en hêtre massif (photo 2) et n’a probablement jamais été plaqué. En effet, aucune trace de rabot à dents n’est visible en surface, aucune trace de galerie de vers n’est apparente, ce qui serait caractéristique d’un meuble déplaqué. Seuls existent quelques trous de vers. Le caisson supérieur est bâti en sapin à partir de petites pièces verticales collées ensemble, selon le même principe que la table bouillotte (photo 3 et croquis 1). Sur ce caisson ont été collés un plateau supérieur et un plateau inférieur qui donnent toute sa rigidité à l’ensemble. Le tout a été ensuite plaqué de noyer en bois de travers avec un placage épais scié à la main. Une autre planche sur laquelle est collé le marbre a probablement été rapportée postérieurement, car elle ne se justifie pas dans la construction.

 

[Photo 2] Le caisson inférieur est constitué de trois éléments assemblés. [Photo 3] Le caisson supérieur est bâti en sapin à partir de petites pièces de bois collées verticalement. [Photo 4] La galerie de laiton du plateau supérieur est fixée sur le chant du marbre à partir de chevilles de plomb introduites dans le marbre au moyen de trous préalablement percés et de clous.

En effet, normalement le marbre est posé sur le haut du caisson supérieur et il est maintenu en place par la galerie de laiton (croquis 2). Dans le cas présent, la galerie est fixée directement sur le marbre, méthode classique sous Louis XVI. De petits trous étaient percés dans le chant du plateau de marbre, dans lesquels on introduisait soit une petite cheville de bois, soit une petite feuille de plomb roulée (photo 4). Ensuite, la galerie était clouée sur le marbre.

 

 

 

Bien entendu, dans ce cas le marbre était préalablement collé sur le dessus du meuble. Le tiroir est monté à queues d’aronde à l’avant et à l’arrière (photo 5). Le fond, dont on aperçoit très nettement les traces de sciage à la main, est monté à mollet (photo 6), technique apparue à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle. Le caisson inférieur en trois éléments assemblés, laisse également apparaître un sciage manuel mais d’une grande régularité (photos 2 et 7).

 

[Photo 5] Le tiroir est monté à queues d’aronde à l’avant et à l’arrière. [Photo 6] Le fond du tiroir présente très nettement des traces de sciage à la main. [Photo 7] Le caisson inférieur laisse également apparaître des traces de sciage manuel.

 

Le bouton de tirage du tiroir est d’époque. Le filetage est d’une exécution manuelle à la queue de rat, modèle de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle (photo 8). La galerie ajourée est en laiton étiré avec une seule soudure, ce qui indique une fabrication du XIXe ou du XXe siècle (photo 9), comme pour les autres ceintures de laiton. Deux petits bronzes décoratifs d’ameublement ont été fixés à droite et à gauche du tiroir (photos 1 et 10). Ils représentent un Zéphir, symbole du lever du jour, caractérisé par ses ailes de libellule ou parfois de papillon, devant un cadran solaire. Son voile est légèrement gonflé par la brise du matin, une torche à ses pieds symbolise la nuit qui vient de disparaître. Enfin, les quatre sabots sont neufs.

[Photo 8] Le bouton du tiroir est d’époque, le filetage est visiblement une exécution manuelle à la queue de rat. [Photo 9] La galerie ajourée est manifestement postérieure, en laiton étiré à une seule soudure. [Photo 10] Deux petits bronzes décoratifs symbolisant Zéphir garnissent le tiroir.

Cette table a subi de nombreuses restaurations, ce qui porte atteinte considérablement à sa valeur. Cependant, ce meuble est très commercial car il s’agit d’un petit meuble élégant, très pratique et décoratif.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Grande table cabaret, milieu du XVIIe siècle. 73 x 97 x 74 cm. Adjugé à 3 350 euros par Briscadieu le 31 octobre 2020 à Bordeaux. 

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