Le 3 décembre 2020 | Mis à jour le 3 décembre 2020

Comment reconnaître une barbière transformée en bureau ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, de nombreuses barbières des XVIIIe et XIXe siècles furent transformées en bureaux, afin de donner un nouvel attrait à ce meuble délaissé à l’ère du rasoir électrique. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile ses techniques pour déceler ces transformations, parfois habilement dissimulées.

 

Une barbière ou table à raser, d’époque Restauration, transformée en table à écrire et vendue comme telle, voilà un piège, qu’il est préférable d’éviter. Ces transformations ont été très courantes dans les années 1960 et 1970. Elles permettaient de donner de l’attrait et une fonction à un meuble qui n’en avait plus : vendre une barbière à l’époque du rasoir électrique n’est pas aussi aisé que de vendre un petit meuble pratique qui se loge partout. Ainsi peut-on trouver sur le marché des meubles de ce type, très usuels, mais dont la transformation est peu ou pas évidente à déceler. Le propos de cet article, entre autres, est d’apprendre à reconnaître les transformations éventuelles subies par un meuble.

 

Qu’est-ce qu’une barbière ?

Pour commencer, voici la définition que donne de ce meuble Nicolas de Reyniès dans Le mobilier domestique (éditions Imprimerie Nationale) : « petit meuble trois-quarts comportant un dessus fixe de bois ou de marbre surmonté d’un tiroir mobile, servant à se raser debout […] Ce meuble est toujours combiné ».

Photo 1. Petit bureau réalisé à partir de la transformation d’une barbière d’époque Restauration.

 

Les transformations

Le meuble que nous allons examiner (photo 1) était à l’origine une barbière et comprenait, avant sa transformation, une glace basculante située entre les deux montants arrière. Ces montants ont été sciés à la hauteur de la traverse supérieure du dos et des petites plaquettes de bois ont été clouées sur la tranche, pour cacher les traits de scie (photo 2). Cette modification est d’ailleurs peu soignée et de piètre facture. Le petit marbre blanc qui servait de plateau à la barbière a été supprimé (photo 3). Il a été remplacé par une tablette coulissante neuve (photo 4), plaquée en bois de travers d’un placage d’acajou Sapelli tranché. Sous la Restauration, on ne connaissait pas la technique du bois tranché. Cette innovation n’est apparue que vers 1865. L’artisan, s’il avait été soigneux, aurait dû prendre un acajou de Cuba, scié au bois montant, utilisé à cette époque. Cette tablette a ensuite été gainée d’un cuir beige avec une vignette de style Restauration. Une feutrine rouge, sans doute récupérée dans le fond du tiroir, a été recollée sous la tablette (photo 3).

 

Photos 2 à 4 : Les montants arrières, qui tenaient une glace pivotante, ont été sciés et la tranche du bois a été couverte d’une petite plaquette de bois. Le petit marbre blanc qui servait de plateau a été supprimé et les rainures dans lesquelles il était encastré servent actuellement au coulissement d’une tablette à écrire. La tablette à écrire coulissante a été gainée d’un cuir beige décoré d’une vignette dorée d’esprit Restauration.

 

Le tiroir n’a pas été modifié, ni en largeur ni en profondeur. Son assemblage, à trois queues d’aronde, est typique des productions de cette époque (photo 5). Il est en hêtre, avec la planche de fond en peuplier montée « à mollet », comme on le faisait à l’époque, c’est-à-dire dans une rainure sur trois côtés (photo 6). La façade du tiroir est en sapin plaquée de ronce d’acajou. Les deux petites étagères positionnées en gradin dans la partie supérieure du meuble, au-dessus du plateau (photo 1), ont été rapportées au moment de la transformation. Sur le côté, nous apercevons deux trous symétriques rebouchés (photos 7 et 8). Ces trous qui existent des deux côtés du meuble correspondent à la fixation de barres porte-serviette, qui ont été supprimées. La photo 9 permet d’apercevoir ces trous sur la face intérieure de la planche. Les photos 7 et 8 montrent également une vilaine réparation sur le placage (placage de fil dans une ronce).

 

Photos 5 à 8 : L’assemblage des tiroirs présente des queues d’aronde conformes aux techniques de l’époque. Le fond du tiroir en peuplier est monté selon les techniques de l’époque Restauration : dans une rainure sur trois côtés. De chaque côté du meuble, on aperçoit deux trous bouchés, ils correspondent à la fixation initiale de barres porte serviette. Par ailleurs, on distingue également une restauration mal réussie sur le placage.

 

La partie supérieure des côtés a une découpe assez curieuse, mais n’a pas subi de modification (photos 3 et 7). La forme en console des pieds antérieurs est tout à fait conforme au style Restauration (photos 1 et 7). Le meuble est équipé d’un socle en partie basse (photo 10). Dès le Consulat, on a commencé à mettre des socles aux meubles et notamment aux consoles. Cependant ici le socle a été refait. En effet, la hauteur du meuble a été diminuée pour pouvoir écrire assis alors qu’on se rasait debout. Par ailleurs, l’usager devait pouvoir loger ses pieds sans difficultés dans l’échancrure, il fallait donc creuser d’une manière plus importante le socle. Celui-ci a été refait en conformité avec le nouvel usage et fabriqué dans un acajou Sapelli. Enfin, le bâti du meuble est en peuplier et en sapin (photo 11), le tiroir et la tablette sont en peuplier.

Photos 9 à 11 : La face intérieure des traverses de côté présente également les trous de fixation des barres porte-serviette. Le meuble présente un socle traditionnel dans le style Restauration, mais celui-ci a été refait, car l’utilisateur du meuble doit pouvoir y loger ses pieds et l’échancrure a donc été exagérée. Le bâti du meuble est en peuplier et en sapin.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Barbière formant un bureau en acajou et placage filets, époque Louis XVI. 125 x 39 x 46 cm. Adjugée à 800 euros (hors frais) par le 3 octobre 2020 à l’Hôtel des ventes d’Avignon.

 

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