Le 18 novembre 2020 | Mis à jour le 18 novembre 2020

Comment reconnaître une fausse commode Directoire ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Synonyme de sobriété, le style Directoire s’est épanoui entre 1795 et 1803, marquant la transition entre les styles Louis XVI et Empire. Elégants, les meubles Directoire ont été abondamment copiés au fil du temps, affichant parfois une ressemblance déroutante avec les originaux. A travers l’expertise d’une commode, Dubarry de Lassale nous dévoile ses techniques pour démêler le vrai du faux.

 

Nous analyserons ici une fausse commode Directoire à deux tiroirs dite « sauteuse » faite pour tromper. Pour cette réalisation, l’ébéniste est parti d’une commode plaquée de ronce achetée dans une brocante (photo 1), pour en faire une commode Directoire (photo 2).

 

[Photo 1 à gauche] Carcasse d’une commode du XIXe siècle dont certains éléments vont servir à la construction d’une fausse commode Directoire. [Photo 2 à droite] Sur cette commode Directoire, les quatre pieds et les traverses de façade et des côtés sont neufs. Tout le reste est en bois de récupération.

Examen de la commode Directoire

Les quatre pieds sont en bois neuf, ornés en façade de trois cannelures et taillés en gaine dans leur partie inférieure. Les traverses de la façade et des côtés sont également réalisées en bois neuf (photo 2). Tout le reste du bois a été récupéré sur la vieille caisse. Les côtés en noyer massif ont été retaillés dans les côtés de l’ancienne commode (photo 2). Le dos (photo 3), le dessous, le dessus (photo 4), les planches intermédiaires et les coulisseaux de tiroirs ont été récupérés sur la vieille carcasse. Les dés de raccordement de bas de caisse sont recouverts de petites plaques de noyer embrevées dans les pieds, ce qui permet de dissimuler les têtes de chevilles (photo 2).

[Photos 3 et 4] Le dos et le dessus ont également été récupérés sur la vieille carcasse.

Un faussaire évite de fabriquer des tiroirs, car il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de dissimuler la fraude. Aussi, l’ébéniste a conservé les deux tiroirs du milieu de l’ancienne commode (photo 1) qui sont d’égale dimension. Après avoir ôté le placage de ronce de noyer, il a replaqué la façade des tiroirs avec du noyer tranché en fil (photo 2), puis il a entouré ces tiroirs de baguettes moulurées d’un cavé (photo 5), comme sur beaucoup de meubles de la fin du XVIIIe siècle. Les entrées de serrures et les poignées de tirage des tiroirs en laiton sont neuves mais bien patinées (photo 5). Les deux serrures ont été conservées, elles sont typiquement XIXe, avec le palâtre en fer et la têtière en laiton rivé. Concernant le bois des tiroirs, la façade est en châtaignier plaqué de noyer (photos 5 et 14), les côtés sont en hêtre (photos 6 et 7), le dos (photo 8) et le fond (photo 9) sont en peuplier.

 

[Photo 5 à gauche] Les entrées de serrures et les poignées de tirage 5 en laiton sont neuves mais bien patinées. [Photo 6 au milieu] Le montage des tiroirs est typiquement du XIXe siècle, avec quatre queues d’aronde en façade, deux à l’arrière, les côtés des tiroirs se rallongent vers l’arrière pour servir de butée aux tiroirs. [Photo 7 à droite] Le montage des tiroirs est typiquement du XIXe siècle, avec quatre queues d’aronde en façade, deux à l’arrière, les côtés des tiroirs se rallongent vers l’arrière pour servir de butée aux tiroirs.

Le montage des tiroirs

Le montage des tiroirs est typiquement du XIXe siècle. A l’avant, les côtés sont embrevés dans la façade par quatre queues d’aronde, et les interqueues sont très pointues, comme il est d’usage de le trouver dans les productions du XIXe siècle (photo 6). A l’arrière, les côtés sont montés à deux grosses queues d’aronde qui se prolongent pour servir de butée de profondeur (photos 7 et 8), puisque la façade du tiroir n’est pas à recouvrement (technique utilisée au XIXe). L’arrière du tiroir est beaucoup plus bas que les trois autres côtés, ce qui est également caractéristique des productions du XIXe siècle (photo 8). Enfin, le fond est embrevé sur trois côtés, façade et côtés, avec un mollet dans une rainure (photo 9), le quatrième côté est cloué.

 

[Photo 8 à gauche] Le montage des tiroirs est typiquement du XIXe siècle, avec quatre queues d’aronde en façade, deux à l’arrière, les côtés des tiroirs se rallongent vers l’arrière pour servir de butée aux tiroirs. [Photo 9 à droite] Le fond des tiroirs est embrevé sur trois côtés.

Le marbre

Le marbre, d’époque Directoire, a été chiné chez un brocanteur. C’est un « bleu venato » (photo 10), de la même carrière que le bleu turquin. Ce marbre a été très utilisé à la fin du XVIIIe siècle. L’épaisseur de ce marbre est de 25 mm, donc conforme à ceux de l’époque. Il a été raccourci sur un côté et sur la façade afin de conserver les traces de grenadine du chant arrière, qui sont caractéristiques du XIXe siècle (photo 11).

 

[Photo 10 à gauche] Le marbre d’époque Directoire, acheté séparément, a été retaillé sur un côté et en façade pour préserver les traces de taille de l’arrière. [Photo 11 à droite] Le marbre d’époque Directoire, acheté séparément, a été retaillé sur un côté et en façade pour préserver les traces de taille de l’arrière.

Les détails qui trompent

L’ébéniste s’est intéressé aux détails. Il a collé sur le dos de la commode une étiquette de chemin de fer récupérée sur un meuble ancien qui avait voyagé avant la Seconde Guerre mondiale et qui porte les mentions « PLM » pour Paris-Lyon-Marseille, et « PV » pour petite vitesse. Cette étiquette, qui conforte l’impression d’ancienneté du meuble, rappelle qu’à cette époque on pouvait faire voyager des meubles par chemin de fer sans emballage. L’ébéniste a également utilisé de la sanguine sur le tiroir pour le repérage des planches (photo 13).

 

[Photo 12 à gauche] Le souci des détails du faussaire est allé jusqu’à coller des étiquettes anciennes sur le dos. [Photo 13 à droite] L’ébéniste a utilisé de la sanguine pour le repérage des planches comme sous l’époque Directoire.

La sanguine était encore utilisée à l’époque du Directoire. Ce meuble (photo 14) peut être classé dans la catégorie des faux faits pour tromper un acheteur peu averti…

 

[Photo 14] La commode achevée.

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Commode époque Directoire, noyer et dessus en marbre gris Sainte-Anne. 83,5 x 84 x 50. Adjugée à 1 900 euros par Guizetti-Collet le 29 janvier 2006.

 

 

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